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Festival de Brive, Nos fiançailles avec Boro, c’est ca la vie parisienne !

Comme ce n’est jamais facile de savoir par où commencer le dernier compte-rendu d’un Festival, autant débuter par la fin et le palmarès de ce 9eme Festival de Brive remis au cours d’une cérémonie de clôture qui avait encore attiré la grande foule au cinéma Le Rex, Sébastien Bailly, le délégué général du Festival se félicitant d’ailleurs d’une hausse de la fréquentation par rapport à l’an dernier.

  • Grand Prix Europe 2012 : Boro in the box de Bertrand Mandico
  • Grand Prix France 2012: Nos fiancailles de Lila Pinell et Chloé Mahieu
  • Prix du Jury Jeune (bravo les jeunes qui priment deux de mes films préférés de la semaine): Boro in the box de Bertrand Mandico – Mention à Glorious Accidents de Mauro Andrizzi et Marcus Lindeen
  • Prix du Public: La vie parisienne de Vincent Dietschy
  • Prix Ciné + : Ce qu’il restera de nous de Vincent Macaigne / Vilaine fille, mauvais garçon de Justine Triet

C’est incontestablement un beau palmarès. Mais avant d’en arriver là, il s’était encore passé bien des choses durant le dernier WE du Festival. Il y avait notamment encore à mon programme 6 films de la compétition dont 3 allait se retrouver primés. Retour donc sur ces derniers films à passer sous le grill du jury et des spectateurs :

La Vie ParisienneLa vie parisienne

Synopsis : Pierre et Marion, un couple d’enseignants parisiens, ont une existence bien réglée. Quand ils rencontrent l’amoureux d’enfance de Marion, Rémi, leur vie s’éclaire d’un jour nouveau.

Une évidence : au moment où les lumières se sont rallumées, ma voisine de droite et moi nous sommes regardées et avons dit dans le même souffle : « On vient de voir le futur prix du public ». Ma voisine de gauche, plus dubitative : « Mais enfin, comment pouvez-vous dire ça, on n’a pas encore vu tous les films ». Peut-être mais la vie parisienne est le genre de film que le public s’approprie et apprécie, un film léger, pop et drôle (et bien bobo aussi, il faut l’avouer !) qui dénotait dans une compétition tout de même assez sombre avec des films pas forcément faciles d’accès au premier abord. Au-delà de ce que ça raconte sur le couple et le désir, du discours politique (si, si) et des bulles de musique, l’élément moteur du film tient dans l’acteur qui incarne Rémi, un certain Esteban à la personnalité atypique et au phrasé totalement improbable. Il emmène le film vers le burlesque et vous ne jouerez plus jamais au ping-pong de la même façon… Ma note : 4,5/5

Nos FiançaillesNos fiançailles

Synopsis : La vie de quelques jeunes gens au sein de la communauté catholique intégriste de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et leur apprentissage spirituel, social et… amoureux.

Quand le jury a remis le prix à Nos fiançailles, Pierre Barouh s’est fendu d’un petit discours pour évoquer le film. Il y a eu un vrai moment de gêne et de flottement dans la salle tant ses mots (Un film « qui parle de racines d’une France qu’on occulte » et qui exhale « un parfum d’exotisme dans cette France profonde ») allaient à l’encontre du discours du film. Car ce que les deux jeunes coréalisatrices montrent est assez terrifiant, un repli identitaire absolu par des jeunes ouvertement fiers d’être nationalistes (pour ne pas dire racistes), une idéologie chrétienne extrémiste où malgré les références constantes à Dieu, la foi semble totalement absente. Sans aucune voix-off mais avec un art affirmé du montage dans un dispositif qui n’est pas sans rappeler les grandes heures de Strip-Tease, cette plongée asphyxiante au cœur de la communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet est aussi passionnante que flippante. Et recèle quelques moments de drôlerie involontaire par un aspirant-prêtre qui a l’art de la formule qui tue (« Chez une fille, le plus important, c’est la vertu. Mais si on peut avoir un combo vertu-apparence, c’est le mieux » ou « Il n’y a que des volontaires en enfer »). Ma note : 4/5

ce qu'il restera de nousCe qu’il restera de nous

Synopsis : Une histoire tragique, celle de deux frères qui font face à la mort de leur père. L’un a été aimé et l’autre injustement délaissé par un père qui ne lui laisse rien. Le favori, celui qui en a le moins besoin et qui est le plus désintéressé par l’argent, hérite de tout.

C’est peu de dire que j’attendais avec impatience de découvrir le film de Vincent Macaigne, l’acteur principal du délicieux Un monde sans femmes, primé ici-même l’an dernier. Et pour ne pas être déçu, je n’ai pas été déçu. Mais pas vraiment dans le sens dans lequel vous l’entendez. Caricature du théâtre contemporain, ça crie, ça se met a poil (et ça pisse même), ça improvise pendant 40 minutes… Le film commence sur une scène très drôle (où il est question d’art et de Renault R5) et bifurque très vite vers le drame familial et conjugal. Personnellement, je suis resté très dubitatif devant un film qui semble pourtant avoir plein de choses à dire sur la transmission, la famille et le couple, qui peut être volontairement perturbant et dérangeant par moment (le long, très long plan séquence de Laure Calamy hurlant sur son compagnon après s’être barbouillé le visage de rouge à lèvres, référence à Pierrot le Fou – il serait peut être temps que le cinéma français s’affranchisse de la Nouvelle Vague et de Godard, non ?) mais qui assène son discours avec trop de véhémence. Ma note : 2/5

Palacios de pena

Synopsis : Angoissées par des vies dont elles cherchent le sens, deux pré-adolescentes se retrouvent lors d’une visite chez leur grand-mère souffrante. Plongées dans les fantasmes médiévaux de la vieille femme – fantasmes en partie rongés par la peur et le désir – les deux jeunes filles se transforment, confrontées à un héritage d’oppression.

Peut-on avouer que l’on s’est gagné par une douce somnolence (il fait vraiment toujours aussi chaud dans la petite salle 3 du Rex) après avoir abandonné l’idée de suivre un film qui, après avoir donné dans le tourment adolescent (again !), soudain, sans préavis, vous impose la vue de deux hommes habillés en costumes grecs traditionnels en train de se caresser les boules (excusez ma crudité !) ? J’ai doucement mais surement décroché du film mais étant donné les commentaires à la sortie, je ne suis pas persuadé d’avoir eu tort (même si j’ai honte…). Ma note : zzzzzzz

PapaPapa

Synopsis : Papa s’énerve vite, et la colère bout souvent en lui, un peu comme le fait le lait qu’il fait aujourd’hui chauffer pour son bébé. Papa est un jeune homme qui doit préserver une certaine image de lui-même. C’est un rapper, un macho. Et sa vision des choses, sa manière de s’exprimer, cadrent mal avec le soin qu’il doit apporter à des enfants en bas âge.

Voilà un film qui aurait vraiment gagné à être plus court. Pourquoi ? Parce que c’est assez pénible d’entendre pleurer des enfants pendant plus de trente minutes presque sans discontinuer. Mais ce papa joue plutôt bien, le propos n’est pas inintéressant même si l’originalité n’est pas au rendez-vous, ça se laisse donc tout à fait regarder. Ma note : 2,5/5.

Les Llunes de Galileu

Synopsis : L’important est de réussir à faire bouger la Terre sans en subir des milliers de conséquences.

Vous ne comprenez rien au synopsis ? Rassurez-vous, vous ne comprendrez rien au film non plus. Pas sur d’ailleurs qu’il y ait grand-chose à tirer de cette interminable songe en noir et blanc sans personnages principaux, sans fil conducteur, sans rien qui permette au spectateur de lui donner l’impression d’assister à autre chose qu’à un long rêve cotonneux. Impossible de noter un tel OFNI.

Hors compétition, Peter Watkins m’a asséné une deuxième gifle avec sa Bomb qui, sous forme de docu-fiction hyper réaliste, imagine les impacts d’une attaque nucléaire sur la Grande-Bretagne. Ca date de 1965 et c’est totalement irrespirable. Quand les lumières se sont rallumés, les courageux spectateurs sont restés un certain moment prostrés sur leur fauteuil. Impressionnant !

J’ai aussi poussé la porte de la salle 2 du Rex (j’aime bien faire toutes les salles d’un cinéma, j’ai l’impression de passer à côté de quelque chose sinon !) pour partir à la découverte du jeune cinéma portugais. La responsable du court-métrage lusitanien a tenu un discours avant la projection très pessimiste à cause des manques de moyens financiers criants pour développer l’expression artistique dans son pays. Et c’est dommage au vu des films projetés, surtout le premier, l’excellent Acordar où la frontière entre le rêve et la réalité n’est pas clairement délimité dans une histoire d’amour que l’on devine finir mal. Respirar est une romance adolescente plus classique mais bien joué et à la perversité indéniable. Quand à Voodoo, le film est plus hermétique mais a quelque chose d’hypnotisant, on se laisse prendre à des petits riens que l’on s’amuse à raccrocher pour se raconter notre propre scénario.

J’aurais donc finalement vu 27 moyens-métrages à Brive dont 21 de la compétition (bonne nouvelle, j’ai appris que La maladie blanche était visible sur Internet – la nuit seulement attention, c’est concept – jusqu’à fin mai sur http://la-maladie-blanche.com/). Dans l’ensemble, j’ai été surpris par la qualité des films proposés, des films qui ont le seul tort d’être trop long pour des courts et trop courts pour des longs. Derrière ce format un peu bâtard se cache en réalité une richesse extrêmement intéressante et un terreau d’expérimentations dont le cinéma aura toujours et encore besoin. Mes regrets si j’en ai : ne pas avoir pu voir la version interminable de Versailles Chantiers, le premier épisode m’ayant enchanté et avoir raté la rencontre Catherine Breillat – Luc Moullet dont tout le monde m’a dit le plus grand bien. Mais comme toujours en Festival, on ne peut pas tout faire !

Pour finir, une dernière anecdote sur les à-côtés du Festival. Samedi soir, le Maryland va fermer ses portes mais la joyeuse compagnie ne veut pas s’arrêter là. Direction donc le Cardinal, la boite de nuit de Brive et où la légende raconte que c’est là que se sont rencontrés Christine Angot et Doc Gyneco à l’occasion d’une foire du livre (la vraie question est évidemment : mais que faisait donc Doc Gyneco à une foire du livre mais passons). Et à l’entrée, l’ambiance est très étrange avec une violence diffuse, je me suis cru dans un film de Gaspard Noé ou de Nicolas Winding Refn : un russe saoul se prétend videur et nous interdit l’accès à la boite en criant « la police arrive ». Une fois que les vrais videurs aient refait leur apparition, on rentre dans un long couloir sombre et étroit qui donne sur une petite porte fermée qui s’ouvre presque sur mon nez, juste le temps de s’entendre dire « c’est complet ». Après dures négociations, on rentre finalement dans un espace beaucoup plus grand que ce que laissait supposer l’extérieur avec une salle techno très stroboscopique et une autre plus classique où le DJ parvient sans sourciller à enchainer les Forbans et Cabrel version Shakira. Totalement surréaliste !

Emmanuel Pujol

PS : Merci encore à Karine Durance, Sébastien Bailly et toute l’équipe du Festival qui a été d’une grande gentillesse tout au long de cette semaine passionnante et parfaitement organisée!

avatar A propos de l'auteur : Emmanuel Pujol (218 Posts)

Fou de cinéma et fou tout court, Emmanuel écrit pour Fan-de-cinema.com, se fait filmer dans Après la Séance et mange, dort, vit cinéma 24 heures/24! De films en festivals, il ne rate rien de l'actu ciné pour vous faire partager ses coups de coeur et ses coups de gueule...


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