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64eme festival de Cannes, objectif 6 films

Bon, les soir√©es c’est bien beau mais √† Cannes, je suis aussi l√† pour voir des films et vous donner mon avis.¬†Reprise en main s√©rieuse donc en ce mardi 17¬†mai¬†avec un objectif assez utopique: 6 films…

The BeaverEt premier contre temps: je suis raisonnable et d√©cide de ne pas aller √† la projection du Havre d’Aki Kaurismaki √† 8h30 du matin sachant pertinemment que je ne profiterais pas du film – que¬†je tiens √† voir dans de bonnes conditions –¬†apr√®s trop peu d’heures de sommeil. Ma journ√©e marathon devait donc commencer √† 11h pour la projection hors¬†comp√©tition du nouveau film de Jodie Foster, Le complexe du castor avec¬†Mel Gibson dans un r√īle qui semblait bien devoir lui apporter une certaine r√©demption artistique apr√®s de nombreux d√©boires dans sa vie priv√©e. En effet, il joue le r√īle d’un p√®re¬†de famille en pleine d√©pression, l√©g√®rement schizophr√®ne dont la femme (Jodie Foster) va le mettre √† la porte.¬†Au bord du gouffre, il va trouver sa r√©demption par une voie des plus originales √† l’aide d’un castor en peluche.¬†Potentiellement casse-gueule et particuli√®rement facile de tomber dans un pathos d√©goulinant, le complexe du castor √©vite ces pi√®ges et offre une chronique douce-am√®re sur les dysfonctionnements familiaux, la folie ordinaire et les moyens de surmonter les difficult√©s d’une vie.¬†En disant cela, on a presque tout dit: le film est tr√®s plaisant, assez mignon en somme¬†mais on a l’impression de l’avoir d√©j√† vu des dizaines de fois.¬†Dans le genre ¬ę¬†rise and fall and born again¬†¬Ľ, il n’est ni pire ni moins bon que la plupart de ses pr√©d√©cesseurs.¬†Toutefois, il b√©n√©ficie d’un casting solide avec un Mel Gibson assez bluffant et une Jennifer Lawrence vue dans Winter’s Bone¬†encore √† son avantage dans un tout autre registre…¬†En somme, une¬†respiration agr√©able dans une s√©lection pas toujours joyeuse (mais c’est g√©n√©ralement la r√®gle i√ßi √† Cannes)

Et Maintenant on va o√Ļ ?Le 2eme film de la journ√©e est probablement l’un de ceux que j’attends le plus de la Quinzaine.¬†Et maintenant on va o√Ļ? (un titre qui prend tout son sens √† l’ultime seconde du film) est en effet la seconde r√©alisation de Nadine Labaki, celle qui nous avait offert il y a quelques ann√©es le lumineux Caramel.¬†Et c’est peu de dire que la belle Libanaise n’a rien perdu de son talent et offre un film f√©ministe et r√©solument optimiste¬† – on a presque envie d’√©crire qu’il est par instant na√Įf et ce sans¬†sous-entendu p√©joratif.¬†L’histoire?¬†Dans un village perdu, musulmans et chr√©tiens tentent de cohabiter en paix malgr√© les soubresauts religieux qui secouent le pays.¬†Les femmes surtout font tout pour √©viter que les provocations et les rodomontades des hommes ne se transforment en conflit arm√© et que la vie quotidienne ne se transforme en drame meurtrier. C’est souvent dr√īle, parfois tragique, jamais mis√©rabiliste.¬†Et m√™me si le film souffre d’une s√©rieuse baisse de rythme √† l’approche de sa derni√®re bobine¬†– il aurait peut-√™tre fallu couper 10 minutes – il emporte l’adh√©sion par sa g√©n√©rosit√© et sa sinc√©rit√©.¬†On en ressort le coeur gros et le sourire aux l√®vres.¬†Imparable!

Presque pas le temps de souffler, juste d’avaler un petit panini et place √† la projection unique et officielle de Pater en comp√©tition en pr√©sence d’Alain Cavalier et de Vincent Lindon. Inclassable, le¬†film est un m√©lange de fiction et de¬†documentaire d’une libert√©¬†folle¬†et au discours politique¬†aiguis√©.¬†Pater, c’est la rencontre d’Alain Cavalier¬†et de Vincent¬†Lindon.¬†Dans le style tr√®s particulier¬†du r√©alisateur qui ne d√©roge pas √† son style¬†¬ę¬†carnets intimes¬†¬Ľ film√©s directement cam√©ras √† l’√©paule et en mettant sa propre vie en sc√®ne, Alain Cavalier propose √† l’acteur un jeu d’enfants espi√®gles: ¬ę¬†Et si on disait que j’√©tais Pr√©sident de la R√©publique et que je te proposais le poste de Premier Ministre, il se passerait quoi, tu penses¬†¬Ľ?¬†Commence alors un √©change de libres penseurs entre deux artistes engag√©s, deux hommes dans la soci√©t√©, dans leur temps.¬†OFNI¬†comme on n’en voit que trop rarement, Pater est un film brillant et malicieux qui a la politesse de prendre son spectateur pour un citoyen intelligent √† qui il offre de vraies¬†pistes de r√©flexion et de d√©bat.¬†Il serait √©tonnant de ne pas retrouver ce film au palmar√®s dimanche.¬†En tout cas, le public du Th√©√Ętre Lumi√®res ne s’y est pas tromp√©, r√©servant une standing ovation de plus de 10¬†minutes √©mouvant aux larmes Cavalier et Lindon.¬†Un beau moment de cin√©ma et de partage.

Bonne nouvelle en sortant du 4eme et dernier (d√©j√†!) film fran√ßais en lice pour la Palme d’Or: je me voyais proposer une place pour la mont√©e des marches pour la projection du Havre √† 22h. L’occasion et de rattraper le film du finlandais qui suscitait depuis le d√©but de la journ√©e des retours tr√®s positifs et d’enfiler mon smoking pour la premi√®re fois de la Quinzaine – histoire de dire que je ne l’ai pas descendu de Paris pour rien! Par contre, cela signifiait aussi que mon objectif initial de 6¬†films tombait √† l’eau puisque je ne pouvais pas aller voir le documentaire The Big Fix √† 20h, devant aller me changer et me pr√©parer pour la s√©ance de 22h.

Le Havre de Aki KaurismaskiApr√®s une pause m√©rit√©e au studio, une petite douche pour me r√©veiller, un habillage express en pingouin – il faut bien avouer que l’ambiance sur les marches est tr√®s diff√©rente le soir, beaucoup plus glamour et solennelle, je les montais d’ailleurs en compagnie d’Emir¬†Kusturica flanqu√©e de deux superbes cr√©atures¬†-, me voil√† √† nouveau dans le Th√©√Ętre Lumi√®res qui √©tait d√©cid√©ment mon lieu de r√©sidence privil√©gi√© en ce mardi.¬†Et apr√®s la F√©e des belges Abel, Gordon et R√©my¬†en ouverture de la Quinzaine des R√©alisateurs, voici le 2eme film qui prend comme d√©cor principal la pourtant bien tristoune et assez grise ville du Havre.¬†Et l√†, pas de risque de confondre, puisque la ville donne son nom au film du r√©alisateur finlandais.¬†Le Havre est un joli conte positif et po√©tique¬†tourn√© √† la mani√®re d’un film des ann√©es 40-50 avec couleurs surann√©es et acteurs (g√©nial¬†Andr√© Wilms, doucereux Jean-Pierre Darroussin)¬†au jeu tr√®s th√©√Ętral film√©s dans des cadres travaill√©s et originaux. C’est l’histoire de la rencontre entre un vieil homme cireur de chaussures – profession port√©e disparue en France en 2011 et qui renforce encore le c√īt√© pastel et d√©cal√© de l’ensemble – et un jeune clandestin africain.¬†Le Havre est un film politique qui d√©nonce, sans avoir l’air d’y toucher, la politique d’immigration fran√ßaise et qui remet au coeur de son propos la fraternit√© et l’entraide.¬†D√©licieusement r√©tro et d’une humanit√© rare.¬†L√† encore, le public r√©serve un accueil chaleureux et enthousiaste √† l’ami Aki qui, visiblement timide derri√®re une carapace d’ours grognon, s’√©chappe rapidement de la salle sous les vivats du public pendant que ses acteurs profitent plus longuement des applaudissements.

Derni√®re √©tape de ma folle journ√©e,¬†lors des¬†fameuses projections de minuit du Festival et¬†toujours au Lumi√®re, Dias de Gracia, un thriller mexicain muscl√© se d√©roulant lors de 3 √©t√©s caniculaires berc√©s par les coupes du monde 2002, 2006 et 2010.¬†Malheureusement, la fatigue, le froid et l’air conditionn√© provoquant un ass√®chement terrible de mes yeux (lentilles obligent) me poussent √† quitter la salle au bout d’une heure de film.¬†Il faut parfois savoir renoncer.¬†Toutefois, ce que j’ai pu voir du film avait l’air √† la fois assez prometteur (premiers plans vertigineux avec photographies superbes) et bancal (le sc√©nario alambiqu√© √† outrance tient-il ses promesses sur 2 heures ou le tout se d√©gonfle-t-il comme une vulgaire baudruche).¬†R√©ponse probable lors d’une projection de presse du film √† Paris.

Bilan de la journ√©e qui allait s’achever de fa√ßon totalement glam¬†en smoking¬†au fast food am√©ricain dont je n’ai pas besoin de citer le nom (ce qui n’emp√™chait pas une conversation pro¬†passionnante en d√©vorant un hamburger bien gras): 4,5 films vus, deux excellents films en comp√©tition qui se¬†positionnent¬†incontestablement pour¬†figurer au¬†palmar√®s dimanche¬†et la confirmation du talent de Nadine Labaki.¬†En somme, une tr√®s bonne journ√©e au Festival de Cannes.

Et sans r√©elle surprise, √©tant donn√© le d√©roulement du Festival depuis le d√©but des hostilit√©s, mon mercredi allait se r√©v√©ler plus calme au niveau cin√©ma.¬†Rendez-vous rapidement pour en savoir plus… Cin√©matographiquement v√ītre

Emmanuel Pujol

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Fou de cinéma et fou tout court, Emmanuel écrit pour Fan-de-cinema.com, se fait filmer dans Après la Séance et mange, dort, vit cinéma 24 heures/24! De films en festivals, il ne rate rien de l'actu ciné pour vous faire partager ses coups de coeur et ses coups de gueule...


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