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Simon Werner a disparu… mais pas son r√©alisateur! Interview de Fabrice Gobert

A l’occasion de la sortie en DVD* le 2 f√©vrier dernier de son premier long-m√©trage, Simon Werner a disparu… (lire la critique du film), Fabrice Gobert s’est pr√™t√© longuement au jeu des questions/r√©ponses avec beaucoup de sympathie et en toute d√©contraction… Rencontre:

Fan-de-cin√©ma: On a un point commun assez √©tonnant, c’est qu’on est tous les deux dipl√īm√©s de l’Edhec (NDLR: c’est une √©cole de ¬Ö commerce!)

Fabrice Gobert: C’est pas vrai? Ah l√† l√† l√†, Pauvre de nous! (rires)

Fabrice Gobert

Fabrice Gobert

F-d-c: Comment est-ce qu’on passe d’une voie finalement assez classique au cin√©ma?

FG: D√©j√†, on met 15 ans! C’est sur que ce n’est pas automatique et qu’a priori, il n’y a pas de passerelles. En fait, √† 18 ans, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire donc j’ai fait une pr√©pa HEC ¬Ė fortement incit√© par mes parents. J’ai commenc√© √† m’int√©resser au cin√©ma √† peu pr√®s √† cette √©poque l√†, comme un exutoire √† tous les cours d’histoire et de math qu’on m’infligeait. Quand je me suis retrouv√© √† l’√©cole, √† 20 ans, je me suis rendu compte que produire des films me permettrait de concilier mes √©tudes et le cin√©ma. Donc j’ai fait des stages en production, plut√īt dans des chaines de t√©l√© qui √©taient plus faciles d’acc√®s. J’ai aussi travaill√© 5 mois pour une boite de production de documentaires et j’ai r√©alis√© que la production m’int√©ressait mais ce que je pr√©f√©rais, c’√©tait √™tre sur le terrain. J’ai eu la chance de faire un court-m√©trage : j’ai gagn√© un concours de sc√©nario et le prix, c’√©tait de se faire produire son court. Quand je me suis retrouv√© sur le plateau, j’ai su que c’√©tait √ßa que j’avais vraiment envie de faire. M√™me si je ne tenais pas directement pas la cam√©ra et que le court-m√©trage n’√©tait pas bien, √ßa a quand m√™me √©t√© une sorte de grande r√©v√©lation, de confirmation. Je me suis aussi dit ¬ę¬†si je veux faire √ßa, il faut que je travaille¬†¬Ľ. Donc j’ai essay√© de passer des concours mais j’ai surtout appris sur le terrain, sur le tas, souvent sur des programmes t√©l√©vis√©s.

F-d-c: Et donc 15 ans plus tard, le premier long qui s’inspire je crois d’un souvenir personnel, d’un adolescent qui avait disparu dans votre lyc√©e…

FG: Exactement. Quand j’avais 18 ans, il a disparu du jour au lendemain. C’est un peu comme dans le film, on ne savait pas du tout ce qui lui √©tait arriv√©. Il y avait des rumeurs sordides qui circulaient, des histoires avec son chef-scout qui √©tait amoureux de lui, qu’il avait fugu√© au Maroc, qu’il avait √©t√© victime de trafiquants d’organes,… Quand j’y ai repens√©, je me suis rendu compte que je ne savais plus ce qui lui √©tait r√©ellement arriv√©, j’avais m√©lang√© la r√©alit√© et les fantasmes. C’est le point de d√©part du film et ce qui m’int√©ressait vraiment, ces personnages qui confondent la r√©alit√© avec leurs projections imaginaires.

F-d-c: Vous avez d’ailleurs choisi de situer l’action du film dans les ann√©es 90 qui est une d√©cennie qui n’a pas un int√©r√™t ph√©nom√©nal, qui est une transition entre les ann√©es 80 et le 21eme si√®cle…

FG: Je suis content de vous entendre dire √ßa parce que je pense exactement la m√™me chose. On me dit souvent ¬ę¬† non, mais tu verras, dans 10 ans, on verra autrement ces ann√©es 90¬†¬Ľ. Moi, je n’en suis vraiment pas convaincu. C’est peut √™tre parce qu’on les a v√©cu personnellement aussi! Mais je trouve que les ann√©es 90 sont un passage entre deux √©poques tr√®s marqu√©es et paradoxalement, c’est peut √™tre justement √ßa qui leur donne de l’int√©r√™t. Spontan√©ment, j’ai situ√© l’action du film en 1992 comme dans la r√©alit√©. Du coup les personnages je les connaissais, il y avait quelque chose d’assez commode. Par la suite, je me suis rendu compte que c’√©tait int√©ressant parce qu’ils sont dans une √©poque qui n’est pas du tout marqu√©, ils sont dans un endroit qui ressemble un peu √† un no man’s land, qui pourrait presque √™tre n’importe o√Ļ, tr√®s ordinaire. On sait que l’action du film ne se passe pas aujourd’hui mais on ne sait pas exactement pr√©cis√©ment quand √ßa se d√©roule non plus. Et c’est d’ailleurs ce qui m’avait plus dans les Beaux Gosse de Riad Sattouf, cette temporalit√© un peu √©trange et floue.

F-d-c: Est-ce que le film a imm√©diatement √©t√© pens√© comme un seul long-m√©trage? Parce qu’avec ses trois points de vue dans des genres un peu diff√©rents, on pouvait pourquoi pas envisager une trilogie dans le style de celle qu’avait r√©alis√© Lucas Belvaux (Un couple √©patant, Cavale, Apr√®s la vie).

FG: Cette trilogie est une vraie r√©f√©rence pour moi, j’ai beaucoup aim√© ces trois films. Et ce que j’aimais bien, c’√©tait √† la fois qu’une m√™me histoire puisse √™tre vue d’un point de vue comique et d’un point de vue dramatique et l’id√©e que les personnages secondaires passaient au premier plan dans le film suivant. Mais pour Simon Werner…, je voulais vraiment faire un seul film, je ne trouvais pas qu’il y avait forc√©ment mati√®re √† plus ¬Ė m√™me si j’avais rencontr√© un producteur qui m’avait effectivement propos√© d’en faire une s√©rie dont le principe se serait un peu rapproch√© de Skins avec un personnage diff√©rent mis en avant √† chaque √©pisode. Mas j’avais vraiment √©crit le sc√©nario dans l’optique d’en faire un long m√©trage de cin√©ma.

F-d-c: (ATTENTION SPOILER) La fin du film a d√©contenanc√© plus d’un spectateur par sa tragique banalit√©. Est-ce qu’elle a toujours √©t√© pens√© comme √ßa?

FG: Oui. J’ai m√™me rencontr√© des producteurs qui m’ont dit que le sc√©nario √©tait tr√®s bien √©crit mais que la fin n’allait pas du tout. Selon eux, il aurait fallu plus de logique, plus de suspense presque mais je trouve qu’il y a d√©j√† beaucoup de films qui sont fait comme √ßa et je ne voulais pas faire un film d’enqu√™te de plus. En plus ce que je trouvais int√©ressant, c’est qu’√† la fin, on est un peu √† la place des personnages du film qui auraient tous, eux aussi, trouv√© plus int√©ressant que Simon soit mort parce qu’il l’avait bien cherch√©, qu’il y ait un lien avec son assassin, que √ßa soit effectivement pour une histoire de drogue ou un r√®glement de compte ou une histoire d’amour qui finit mal. Mais le fait qu’il se soit simplement retrouv√© au mauvais endroit au mauvais moment est extr√™mement effrayant parce que √ßa aurait pu arriver √† n’importe lequel d’entre eux et parce que le fait qu’il n’y ait aucune logique ni aucune raison signifie aussi qu’il n’y a pas de r√®gles. Et pour un ado, c’est d√©stabilisant de d√©couvrir cette r√©alit√© puisqu’√† cet √Ęge-l√†, il y a des r√®gles √† suivre aussi bien au lyc√©e qu’√† la maison. On se dit que tant qu’on respecte les r√®gles, il ne peut rien nous arriver. Or, ce qui arrive √† Simon contredit totalement cet √©tat de fait. A la fin du film, les personnages vont devoir vivre avec cette id√©e angoissante qu’il n’y a pas forc√©ment toujours une logique et une raison aux choses qui arrivent. Mais √ßa leur permet aussi de ne plus vivre dans le fantasme mais dans la r√©alit√©. C’est ce que j’ai essay√© d’illustrer dans la sc√®ne du caf√© qui est √† la fois banal et tr√®s r√©v√©latrice. Ils sont presque devenus adultes dans cette √©preuve et ils se sont tous rapproch√©s

F-d-c: Et est-ce que l’id√©e vous a travers√© l’esprit de faire une fin beaucoup plus ouverte comme le sugg√©rerait presque les points de suspension du titre?

FG: Non, √ßa, je n’y ai jamais vraiment pens√© parce que j’aurais trouv√© √ßa tr√®s gonfl√© qu’on ne sache pas ce qui lui est arriv√©. M√™me si je suis d’accord que l’id√©e du film, c’est de dire que les questions soulev√©es par la disparition de Simon √©taient finalement plus int√©ressantes que la r√©ponse et qu’il y avait quelque chose d’assez d√©cevant dans la brutalit√© et l’absurdit√© de la r√©alit√©. En fait, les jeunes s’imaginent quelque chose d’extraordinaire, se font des films et puis finalement, c’est Faites entrer l’accus√©, c’est un fait-divers aussi banal que sordide (FIN DU SPOILER)

F-d-c: Pour revenir sur la notion de r√®gles et donc d’√©ducation, il y a tr√®s peu de relations adultes-enfants dans le film. Finalement, il n’y a que le professeur de physique-chimie et l’entraineur de foot, un peu √©trange…

FG: Pour l’entraineur de foot, moi, je n’ai pas tellement de doute que c’est quelqu’un d’assez toxique, qui peut √™tre nuisible dans son rapport qu’il a avec les ados sur qui il n’a pas forc√©ment une bonne influence. Je pense qu’il aime bien √™tre avec eux mais pas que pour des raisons avouables. Apr√®s, dans le film, ce n’est que de la suggestion, je ne dis ni qu’il est d√©j√† pass√© √† l’acte, ni que tous ceux qui s’occupent d’adolescents sont des p√©dophiles notoires. Mais je suis rest√© volontairement flou dans le film, je pense que √ßa n’√©tait pas la peine d’√™tre plus pr√©cis que √ßa, chacun le verra comme il veut. Sur les relations parents-enfants, l’id√©e √©tait vraiment de se mettre dans la peau d’adolescents pour qui le rapport aux adultes est finalement un peu limit√©. J√©r√©mie, il n’a pas de rapport avec son p√®re donc dans le film, il n’existe pas. Apr√®s, c’est peut √™tre aussi personnel mais, en ce qui me concerne, je me souviens que quand j’avais 18 ans, je ne parlais pas avec mon p√®re, je communique beaucoup plus avec lui aujourd’hui. La seule exception, c’est Jean-Baptiste Rabier, le plus mur des ados, qui a un dialogue assez riche avec son p√®re qui peut s’expliquer par la perte de sa m√®re. Et c’est vrai que le film se concentre surtout sur les rapports entre adolescents.

F-d-c: Le film est √† la fois typiquement fran√ßais et tr√®s am√©ricain ¬Ė on pense notamment √† Gus Van Sant et aux figures un peu st√©r√©otyp√©es des teen-movies US. Quelles ont √©t√© vos influences?

FG: Il y a un peu de tout √ßa, effectivement. En fait, plus jeune, j’ai vu beaucoup de films fran√ßais et am√©ricains. Il y avait la volont√© de ne pas aller contre ces r√©f√©rences-l√†, de les embrasser toutes les deux, de les r√©concilier peut-√™tre. Je trouvais √ßa int√©ressant de commencer comme un film √† l’am√©ricaine, comme un teen-movie voire un thriller mais sans le rythme propre √† ce genre-l√†. Et de basculer d’un film d’histoire √† un film de personnages, peut √™tre plus typiquement fran√ßais. Il y autant d’influences venant de Rohmer que de Wes Craven, de T√©chin√© que de Gus Van Sant. Et concernant Elefant, il y a bien des points communs (la structure, le lieu,…) mais dans le film de Gus Van Sant, ce sont des gens √† qui il est arriv√© un truc incroyable mais qui le vivent de fa√ßon extr√™mement ordinaires alors que dans Simon Werner, c’est l’inverse finalement. J’ai aussi beaucoup aim√© Paranoid Park et je me suis rendu compte une fois le film termin√© que la sc√®ne o√Ļ Simon et Alice discutent derri√®re la vitre ressemble fortement √† une sc√®ne de Paranoid Park. J’ai r√©alis√© l√† que c’est √©tonnant √† quel point les films qu’on a vu peuvent nous influencer m√™me inconsciemment.

F-d-c: Il y a dans le film un sens du d√©tail tr√®s pouss√©, le film est sem√© d’indices et de clins d’oeil (NDLR: un exemple? un des ados √† la boum porte un t-shirt de Sonic Youth, le groupe qui a compos√© la BO du film). Et notamment dans la reconstitution de l’√©poque tr√®s soign√©e…

FG: En fait, on a plus enlev√© de choses qu’on en a rajout√©. L’id√©e, ce n’√©tait pas de mettre un Minitel dans un coin mais plut√īt de remplacer les √©crans plats par des vieilles t√©l√©s. Ce sont dans les v√™tements qu’il y a le plus de recherche en fait, on a beaucoup travaill√© l√† dessus. Et c’est un travail tr√®s ludique, la reconstitution! Avec les d√©corateurs et la costumi√®re du film, c’√©tait dr√īle parce qu’on a ressortis nos vieilles photos de ces ann√©es-l√†. Et c’est vrai que d’une mani√®re g√©n√©rale, j’aime bien les d√©tails au cin√©ma, d√©j√† en tant que spectateur, en d√©couvrir de nouveaux en revoyant un film.

F-d-c: Il y a m√™me une sc√®ne qui revient deux fois dans le film o√Ļ vous avez modifi√© juste un mot entre les deux versions et √ßa lui donne un sens compl√®tement diff√©rent!

FG: En remarquant ce changement, certaines personnes pensent que c’est une erreur mais pas du tout puisque le principe du film, c’est qu’une m√™me sc√®ne est vue par des points de vue diff√©rents. Cette sc√®ne, c’est quand la maman de J√©r√©mie le d√©pose devant le coll√®ge en voiture apr√®s son accident et qu’il croise Jean-Baptiste. J√©r√©mie entend Jean-Baptiste lui dire ¬ę¬†Oh ta m√®re elle est bonne¬†¬Ľ, J√©r√©mie le vit comme √ßa en pensant que cet abruti de Jean-Baptiste est juste vulgaire alors que dans la partie de Jean-Baptiste, en d√©couvrant le personnage, on comprend qu’il est incapable de dire une telle phrase et donc on entend ¬ę¬†Oh ta m√®re elle est belle¬†¬Ľ. Chacun a sa vision de la r√©alit√©, comme dans Rashomon.

F-d-c: C’est votre premier long-m√©trage et, √† part Serge Riaboukine, vous n’avez choisi que des acteurs d√©butants. Est-ce que ce n’√©tait pas une difficult√© suppl√©mentaire?

FC: Moi, je trouve que c’est plus facile en fait, plus rassurant de faire un premier film avec des com√©diens tr√®s jeunes et inexp√©riment√©s parce qu’au moins comme √ßa on √©tait tous dans la m√™me gal√®re, on se serrait les coudes, on avait le m√™me objectif. Je pense que √ßa aurait √©t√© plus difficile de diriger des acteurs avec une longue carri√®re derri√®re eux et qui auraient peut √™tre eu tendance √† ne pas forc√©ment m’√©couter (m√™me si maintenant, en ayant gagn√© un peu en confiance en moi, j’ai tr√®s envie de travailler avec des acteurs plus exp√©riment√©s qui m’apprendraient beaucoup de choses). L√†, au moins les com√©diens, ils m’√©coutaient, je n’avais pas √† me battre pour qu’ils fassent ce que je leur demande! C’√©tait agr√©able, on n’√©tait pas tr√®s √©loign√©s en √Ęge donc on pouvait se parler et se comprendre facilement. En plus, √† la t√©l√©vision, j’avais travaill√© sur des s√©ries avec des jeunes com√©diens donc j’avais d√©j√† commenc√© √† voir comment il fallait travailler avec eux. Et surtout, il y a en fait autant de mani√®re de travailler avec un com√©dien qu’il y a de com√©diens! Ils ont tous leur mani√®re bien sp√©cifique de fonctionner. Je me suis aussi rendu compte que la plupart des choses se jouent d√®s le casting. Il faut avoir un coup de coeur, une √©vidence sur les com√©diens au moment o√Ļ on les voit, m√™me film√©s au cam√©scope avec en fond un mur pourri!

F-d-c: Il faut aussi que le groupe fonctionne, que l’alchimie se cr√©e entre eux…

FG: Alors, √ßa c’est le plus difficile. On a fait beaucoup d’essais √† 2, √† 3 pour voir comment les uns et les autres pouvaient fonctionner ensemble mais on a jamais pu faire r√©unir tout le groupe. Il se trouve qu’heureusement ils se sont tous tr√®s bien entendus et qu’aujourd’hui, ils continuent √† se voir, ils sont devenus tr√®s potes.

F-d-c: A propos de groupe de potes, Sophie Letourneur avait, elle, pris le parti pris pour La vie au Ranch de choisir une bande de copines qui se connaissaient d√©j√†! Est ce que c’est quelque chose √† laquelle vous avez aussi song√© pour Simon Werner… ?

FG: Je n’ai pas encore vu La vie au ranch mais j’ai tr√®s envie de le voir, notamment parce que je trouve que le concept du film est une d√©marche artistique extr√™mement int√©ressante. Mais pour Simon Werner a disparu…, l’id√©e n’√©tait pas d’adapter le sc√©nario aux com√©diens et de r√©√©crire les sc√®nes en fonction de telle ou telle qualit√© des com√©diens. Il me fallait des com√©diens qui √©taient capables de jouer des personnages tr√®s d√©finis, tr√®s √©crits. Donc, je ne pouvais pas forc√©ment prendre des gens qui se connaissaient d√©j√†, √ßa aurait pu jouer en d√©faveur du film qui √©tait tr√®s cadr√©.

F-d-c: Quelles ont été la ou les scènes les plus difficiles à tourner?

FG: Probablement, les deux sc√®nes o√Ļ j’ai du demander √† mes com√©diens de se d√©shabiller. Selma El Mouissi, qui joue L√¶titia, avait fait d’autres films avant mais elle n’avait encore jamais embrass√© un autre com√©dien. Elle √©tait d√©j√† intimid√©e par √ßa donc lui demander de se mettre nue, je pensais que √ßa allait √™tre difficile. Et finalement, √ßa s’est bien pass√©e. Elle raconte elle m√™me en interview ¬Ė parce qu’on lui pose souvent la question ¬Ė qu’elle avait √©t√© assez peu g√™n√©e parce qu’on en avait beaucoup parl√© avant et qu’on √©tait tr√®s peu dans la cabane. En plus, la chef op√©ratrice √©tait une femme, son assistante aussi. La seule chose dont elle ne s’est heureusement pas rendu compte, c’est qu’√† l’ext√©rieur de la cabane, il y avait un retour image et donc tout le reste de l’√©quipe pouvait voir la sc√®ne. Donc elle √©tait plut√īt √† l’aise et c’est d’ailleurs √ßa le secret, c’est de r√©ussir √† √™tre totalement investi dans la sc√®ne, √† s’oublier, √† oublier que l’on est en train de faire quelque chose d’impudique. Et m√™me pour moi c’√©tait impudique de d√©crire ce que j’imaginais, de leur expliquer ce que je voulais faire sans avoir l’air d’un vieux vicieux qui les mettait dans une situation embarrassante. Pour √©viter cela, il faut rester technique. Je me souviens que C√©dric Kahn disait que sur l’Ennui, il donnait des indications tr√®s pr√©cises √† Charles Berling et Sophie Guillemin comme pour des sc√®nes de bataille. J’ai essay√© d’appliquer cela m√™me si j’√©tais tout de m√™me tr√®s mal √† l’aise et je pense que mes com√©diens l’ont vu d’ailleurs. Au final, on est, je crois, tous contents d’y √™tre arriv√©s.

F-d-c: Pourquoi le film a chang√© de titre puisqu’√† l’origine, il s’appelait Love like blood?

FG: Je l’aimais bien mais il √©tait pas forc√©ment assez parlant ou vendeur donc je ne m’y suis pas accroch√©. Mais c’est vrai qu’on s’y √©tait habitu√©s. En plus, c’est le titre de la chanson qui ouvre le film et qui revient trois, quatre fois. Et les gens qui s’occupaient de la distribution √† l’international du film nous ont dit qu’ils allaient changer le titre parce que √ßa sonnait trop comme un film de vampires. √áa nous a mis la puce √† l’oreille et donc on a chang√©.

F-d-c: Le film a re√ßu un bon accueil √† Cannes (NDLR: il √©tait pr√©sent√© dans la section Un Certain Regard dont la pr√©sidente du jury √©tait Claire Denis qui a souvent travaill√© avec la directrice photo de Simon Werner…, Agn√®s Godard), de bonnes critiques lors de sa sortie en salles en septembre mais n’a pourtant attir√© qu’un peu plus de 80.000 spectateurs. Comment vous avez v√©cu √ßa? Est-ce que vous suiviez le nombre d’entr√©es?

FG: Oui, bien sur et il y a vos producteurs qui vous aident √† √™tre sur le coup, qui vous appellent tous les jours! Mais j’avais envie de savoir aussi… Je dois bien avouer que j’√©tais d√©j√† tellement heureux d’avoir la chance de pouvoir r√©aliser mon premier long m√©trage, content qu’√† la fin du montage le film existe. En plus, que le film soit √† Cannes, c’√©tait compl√®tement inattendu. On ne s’attend pas non plus √† ce que le film plaise √† la presse ¬Ė en plus, √† des journaux que je lis comme Lib√©ration ou Les Inrocks. Au moment de la sortie, il y a une esp√®ce d’emballement du distributeur et du producteur avec les retours presse et des avants premi√®res qui s’√©taient tr√®s bien pass√©es. Ils me disaient que le film allait faire 200.000 entr√©es. Donc, alors qu’on √©tait parti dans cette optique l√†, oui, on est forc√©ment d√©√ßu d’apprendre d√®s le premier soir ¬Ė puisque √ßa se joue d√®s le mercredi de la sortie ¬Ė qu’on n’atteindra pas ce nombre d’entr√©es. La d√©ception a √©t√© cr√©e par un engouement un peu artificiel qui ne se base pas forc√©ment sur grand chose. Apr√®s, 85.000 entr√©es, ce n’est pas d√©shonorant non plus, surtout quand je vois qu’un film comme Belle √Čpine, que j’ai trouv√© tr√®s int√©ressant, fait √† peine 30.000 entr√©es. Il y a beaucoup de films qui malheureusement ne trouvent pas du tout leur public (NDLR: 40% des films sortant en salles en France font moins de 20.000 entr√©es!). Apr√®s, Simon Werner reste un premier film, un peu singulier, pas forc√©ment facile √† vendre, avec des com√©diens inconnus donc forc√©ment, en ne restant exploit√© v√©ritablement que deux semaines, ce n’√©tait pas √©vident qu’il trouve sa place parmi les tr√®s nombreuses sorties. Mais pour r√©pondre sinc√®rement √† la question, d√©ception oui parce qu’on a forc√©ment envie que le film soit vu par le plus grand nombre de gens possibles mais il y a eu tellement d’autres satisfactions qui ont largement contribu√© √† compenser. Et c’est vrai que la r√©action positive de la presse et des professionnels est une vraie source de confiance pour continuer et en faire un autre!

F-d-c: Au moment de la sortie du film, vous disiez que vous travailliez d√©j√† sur un nouveau projet, vous en √™tes o√Ļ?

FG: J’ai pris du retard sur le sc√©nario de mon 2eme long ¬Ė qui est sign√© et pour lequel je me documente – parce qu’en parall√®le j’√©cris une s√©rie pour Canal +. La chaine m’a contact√© pour reprendre un projet qui s’appelle Les Revenants, bas√© sur un long m√©trage qui racontait l’histoire de gens morts qui r√©apparaissent en √©tant extr√™mement normaux et inchang√©s ¬Ė on est plus dans l’intime que dans le spectaculaire. Il y a un m√©lange entre r√©alisme et fantastique qui, moi, me plait beaucoup. J’ai d√©j√† √©crit les deux premiers √©pisodes, il y en aura huit en tout. Je r√©aliserais au moins les quatre premiers que j’esp√®re pouvoir tourner d’ici la fin de l’ann√©e.

Propos recueillis par Emmanuel Pujol

*Le DVD, √©dit√© par Diaphana et dans les bacs depuis le 2 f√©vrier, est propos√© en √©dition limit√© DVD+CD. Il contient le film en VF st√©r√©o et D.D. 5.1, un making of plut√īt int√©ressant d’une petite demi-heure, les bandes annonces du film ainsi qu’un CD 5 titres avec des versions in√©dites des morceaux de la bande originale sign√©e Sonic Youth. Le prix public conseill√© est de 22,99¬Ä

avatar A propos de l'auteur : Emmanuel Pujol (218 Posts)

Fou de cinéma et fou tout court, Emmanuel écrit pour Fan-de-cinema.com, se fait filmer dans Après la Séance et mange, dort, vit cinéma 24 heures/24! De films en festivals, il ne rate rien de l'actu ciné pour vous faire partager ses coups de coeur et ses coups de gueule...


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