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Teeth, un premier film écrit et réalisé par MITCHELL LICHTENSTEIN

L’HISTOIRE

TeethDawn, lycéenne sans histoire, redouble d’efforts pour refouler tout désir sexuel. Elle milite d’ailleurs activement dans un groupe prônant la chasteté jusqu’au mariage. Mais, cette abstinence est de plus en plus mise à rude épreuve.

D’abord, par le séduisant Tobey, dont elle tombe amoureuse. Ensuite, par les provocations à répétition de Brad, son demi-frère à la sexualité très extravertie.

La vie de Dawn va brutalement basculer le jour où elle découvre avec effroi qu’en cas d’agression, son vagin peut devenir une arme de défense grâce aux nombreuses dents dont il est tapissé ! Ce que la jeune castratrice prenait d’abord pour une damnation va en fait s’avérer très vite être un pouvoir particulièrement incisif…

LA FIN DE L’INNOCENCE

TeethLorsque j’ai envisagé de m’intéresser à un cas réel de vagin denté, j’ai réalisé qu’il y avait un certain nombre de choses à considérer ainsi qu’un grand nombre de choix à effectuer.

Par exemple il n’était pas question pour moi de monter Dawn sous les traits d’une créature monstrueuse. Je savais aussi que je voulais mettre en avant son parcours initiatique, la façon dont elle allait découvrir qui elle est réellement. C’est sur cette dimension du récit que je voulais vraiment mettre l’accent.

La virginité de Dawn devait être au coeur de cette histoire, car d’elle découlait une grande partie de ce qui allait arriver. Faire de Dawn un membre d’un groupe de chasteté permettait au personnage de reculer le moment où elle découvrirait la vérité sur son anatomie hors du commun. Dawn – que ce soit par ses professeurs, ses pairs, la société mais également par elle-même – a été tenue jusque-là à l’écart de son propre corps.

LES STICKERS DORES

TeethJe me souviens avoir lu un article concernant l’école de Lynchburg en Virginie où le conseil d’administration avait censuré les illustrations des livres de biologie concernant les planches anatomiques de l’appareil génital féminin. D’un côté ils laissaient intactes les reproductions du pénis masculin, et de l’autre ils faisaient disparaître toute évocation du vagin, arguant qu’il s’agissait là d’une violation de la pudeur naturelle des femmes. Le plus choquant dans cette histoire est qu’elle s’est déroulée en 2000. J’ai l’impression qu’entretenir vis-à-vis de l’anatomie féminine un tel climat de crainte, de dégoût et d’indisposition renvoie directement au Moyen-âge.

Depuis 25 ans, de nombreuses institutions ou associations essaient de plus en plus d’entraver ou d’empêcher toute forme d’éducation sexuelle. Le résultat de tout cela est l’ignorance dans laquelle sont maintenues les jeunes générations. Dans l’une des scènes de classe de TEETH, j’ai également souhaité faire allusion au débat qui a lieu actuellement aux Etats-Unis concernant l’évolution et le déni des théories de Darwin, encore une autre façon de menacer l’épanouissement des jeunes adolescents.

AVANT LA CHUTE

TeethLorsqu’elle tombe amoureuse du séduisant Tobey, Dawn arrive à un carrefour déterminant de sa vie, découvrant les limites de sa conviction en l’abstinence. C’est pour cela qu’une partie du film se focalise sur cette romance, quintessence du premier amour qui va finalement mener Dawn à prendre conscience de sa sexualité, de sa féminité et de la spécificité de son anatomie.

Décider de rester seule avec Tobey pour la toute première fois et à l’abri de cette caverne entourée d’eau, est pour cette jeune fille timorée un moment capital de son existence. Une notion qui peut certes sembler particulièrement vieux jeu. Dawn et Tobey apparaissent encore plus gauches et maladroits lorsqu’ils se découvrent pour la première fois en maillots de bain. J’ai intentionnellement choisi un environnement à la fois naturel et idyllique pour cette scène à la ‘Adam et Eve’ où les deux jeunes gens s’apprêtent à perdre leur innocence.

LA FORCE QUI EST EN TOI !

Dans les nombreuses cultures où apparaît le mythe du vagin denté, l’histoire se déroule toujours à peu près de la même manière : un homme, c’est-à-dire le héros, doit conquérir la femme possédant ce vagin. J’ai tout de suite voulu inverser le principe du récit et faire de la jeune femme l’héroïne. D’une certaine manière, TEETH est un fantasme de revanche pour les femmes.

Dawn est une jeune fille comme toutes les autres qui va découvrir à un moment donné qu’elle possède une sorte de super pouvoir. Le principe est d’ailleurs assez semblable à celui qui régit les films de super-héros : Dawn va utiliser son pouvoir sur de méchants garçons qui n’auront au bout du compte que ce qu’ils méritent. Au début, elle traverse une phase de déni et de peur éprouvée à l’encontre de ce qu’elle possède entre les jambes. Puis, elle accepte peu à peu l’idée de ce pouvoir qui est désormais le sien et qui va l’aider à grandir.

BRAD

TeethBrad est obsédé par sa demi-soeur depuis leur petite enfance. La morsure de son doigt peut d’ailleurs être envisagée comme sa toute première expérience sexuelle, et donc celle qui a déterminé le reste de son existence. La douleur fait depuis lors partie de son langage érotique, qu’il exerce à l’encontre de sa petite amie Mélanie ou même vis-à-vis de lui-même comme le suggèrent ses nombreux tatouages ou piercings.

Sa prédilection pour une sexualité anale est également la conséquence directe de son premier contact vaginal avec un organe qui s’avéra denté. Brad est de plus en plus frustré par son incapacité à posséder physiquement Dawn. Une obnubilation maladive intensifiée par la question qui le taraude depuis l’enfance : mais que possède-t-elle entre les jambes ?

LA PROMISE

TeethIl me semblait logique que Dawn fasse partie d’un groupe prônant la chasteté comme celui que j’ai inventé pour les besoins du film et que j’ai nommé ‘La Promise’, car cela l’aide à dénier de manière inconsciente la réalité et en particulier le fait de posséder un vagin denté. Grandir auprès de son demi-frère Brad et de sa sexualité extravertie et menaçante l’a certainement aussi conduite à mettre de côté sa propre sexualité. Du coup, Dawn trouve à l’intérieur de ce groupe une sorte de sécurité et d’apaisement face à ses problèmes personnels, y compris ceux qu’elle rencontre auprès de sa mère malade. C’est aussi un lieu où elle brille, sorte de vedette de cette lutte contre toute forme de prosélytisme de la sexualité. Mon intention n’est pas de me moquer de ces groupes de pensée, même si le zèle et l’engagement de Dawn et de ses camarades peut apparaître comme amusant à ceux qui sont non-croyants.

Je n’ai personnellement rien contre ces associations à condition qu’elles n’interfèrent pas dans le parcours personnel et initiatique des jeunes gens. Mais d’autre part, il est un peu attesté que les adolescents participant aux réunions de ce genre de groupe s’abstiennent plus longtemps que les autres.

Aux Etats-unis, de nombreux établissements scolaires accueillent des réunions similaires à celles que montre TEETH.

Le gouvernement américain dépense chaque année une somme estimée à près de 100 millions de dollars pour des programmes défendant les mérites de l’abstinence.

Une conséquence directe du mouvement pour les valeurs familiales, initié au début des années 80 lorsque le congrès promulgua l’Adolescent Family life Act, basé sur les mérites de l’abstinence sexuelle.

L’HUMOUR

Même dans ses moments les plus terrifiants et horrifiques, j’espère que TEETH provoquera chez le spectateur de nombreux éclats de rire. Et si l’idée du vagin denté reste l’une des notions les plus misogynes et les plus ‘gynécologicophobiques’ que l’on puisse imaginer, j’espère que chacun comprendra que je me suis amusé avec ce mythe sans jamais le prendre au sérieux.

Rita Ryack, costumière de talent, a d’ailleurs travaillé dans ce sens, accentuant avec humour le côté moraliste et rigoriste de Dawn et de ses amis à travers les vêtements qu’ils portent. J’ai également souhaité que l’ensemble du film, de l’image à la musique, ponctuent le plus souvent possible la nature lunatique des personnages et l’étrangeté des situations qu’ils traversent.

De leur côté, les acteurs ont su rester véridiques et crédibles sur le plan émotionnel, même dans les moments les plus exagérés, ce qui rendait selon moi cette histoire encore plus drôle.

HORREUR ET GORE

TeethLes films d’horreur travaillant de plus en plus nos peurs les plus primaires, certains pourront voir en TEETH un film de genre quelque peu perverti. Mais je n’ai pas souhaité travailler dans ce sens. D’ailleurs les premiers scripts que j’ai rédigés autour de cette idée étaient très éloignés de ce type cinéma.

Enfant, j’adorais les films de science-fiction ayant trait à la menace radioactive. En revanche, je détestais les films où les femmes n’étaient que de pauvres victimes. J’ai délibérément tenu Dawn à l’écart de tout élément sanguin. Elle reste pure, jamais réellement violentée ou déshonorée par ses assaillants. Ceci dit, les fans du gore trouveront toutefois quelques scènes susceptibles de satisfaire leur penchant pour l’hémoglobine.

Et si vous ne vous cachez pas les yeux durant ces séquences, vous aurez l’opportunité de voir quelques pénis amputés.

LES DEUX TOURS

TEETH a été filmé à Austin et ses alentours entre mars et avril 2006. L’idée était de trouver une ville et un environnement symptomatiques des petites bourgades américaines et de leurs banlieues.

Je voulais que Dawn évolue dans ce décor spécifique – et pour tout dire assez déprimant – où vivent les gens de la classe moyenne. Les deux tours de l’usine nucléaire ont, en revanche, été ajoutées par l’intermédiaire du numérique.

LES ORIGINES DU MAL

TeethLa première fois que j’ai entendu parler du mythe du vagin denté, c’était en cours de lettres, à l’époque où j’étais lycéen.

Depuis, je me suis aperçu que de nombreuses variations de ce mythe étaient utilisées de façon métaphorique dans la plupart des films d’horreur et de science-fiction. Par exemple la plupart des monstres marins peuvent se concevoir comme des représentations de ce vagin denté, lui-même métaphore de la peur des hommes vis-à-vis des femmes.

Ce qui me dérange le plus, c’est non seulement que ce mythe masque une peur originelle et ancestrale, mais surtout qu’il insinue l’idée que la résolution de cette crainte est impossible, tout en perpétuant une imagerie monstrueuse liée aux femmes.

J’espère que TEETH dépassera tout cela, en s’attaquant frontalement au mythe tout en jouant avec ces tabous d’un autre temps, absurdes mais malheureusement persistants.

VAGIN ? VOUS AVEZ DIT VAGIN ?

Je ne pense pas qu’il y a encore dix ans, il ait été possible de faire un film focalisé à ce point sur le vagin.

Nous parlons là d’un mot qu’aujourd’hui encore, certaines personnes hésitent à prononcer. En plus, dans cette industrie cinématographique dominée essentiellement par les hommes, je doute que beaucoup de réalisateurs ait été enthousiastes à l’idée de s’attaquer au concept d’un vagin denté. Un thème pour le moins sournois, souvent mal interprété et trop couramment significatif de misogynie et de sexisme.

DAWN, PREMIÈRE DU NOM…

TeethLa plus grande difficulté du processus créatif du personnage de Dawn fut sans doute de répondre à la question de l’origine de sa spécificité anatomique.

J’ai finalement décidé que ce n’était pas vraiment à moi de trancher, tout en ouvrant la porte à diverses possibilités.

En hommage aux films de SF influencés par la menace radioactive qui fleurissaient dans les années 50, je suggère au début du film que la singularité de Dawn est la conséquence des deux tours géantes de l’usine nucléaire située à proximité de la maison où elle a grandi. Mais j’aime aussi l’hypothèse selon laquelle les femmes ont finalement réussi à s’adapter anatomiquement à leur environnement après des millénaires de répression, d’oppression et autres formes d’agressions.

Malgré de nombreuses avancées, la violence à l’encontre des femmes perdure. Les femmes sont encore et toujours victimes de viol, d’excision… Dawn est, d’une certaine manière, l’exemple d’une nature qui se serait adaptée à la domination masculine et patriarcale. Et si jamais cela arrivait, Dawn en serait le précurseur.

MYTHE OU REALITE

Vagina dentata est le nom latin désignant le vagin denté. Un symbole classique illustrant la peur inconsciente des hommes qu’une femme ait le pouvoir de trancher leur pénis. Le Vagina dentata apparaît dans les mythes de presque toutes les cultures, anciennes ou plus récentes, et quelle que soit la religion dominante. Ce mythe s’ancre sur la menace implicitement liée au rapport sexuel où l’homme, s’il effectue une pénétration toujours victorieuse, connaît invariablement une sortie nettement moins triomphante.

Mais ce mythe repose également sur une origine médicale. En effet, il existe des kystes dermoïdes, issus des cellules embryonnaires contenues dans les couches les plus profondes de l’épiderme. A de très rares occasions, ces cellules sont susceptibles de se transformer en matière osseuse, capillaire ou dentaire. Et ce dans n’importe quelle zone du revêtement épidermique, y compris celui du vagin.

En 2005, Sonette Ehlers, chercheuse d’origine sud-africaine a mis au point le ‘rapex’, un préservatif féminin conçu contre les tentatives de viol grâce à une revêtement interne constitué de nombreuses piques microscopiques capables de s’agripper au pénis et uniquement extractibles par voie chirurgicale.

Dans un article consacré au ‘rapex’, Ehlers déclarait avoir eu l’idée de cet appareil après avoir rencontré une femme victime d’un viol lui ayant déclaré avoir regretté ne pas posséder de dents au niveau du vagin…

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Ciné Blog. Passionné de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai créé en 2005 le site Fan de Cinéma. J'aime le cinéma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en général plutôt bon public et je ne m'attache pas tant à la facture des films qu'a l'histoire qui m'est contée. En dehors de ma passion pour le cinéma, je dirige une petite Web Agency.


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