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Cash, le nouveau film d’Eric Besnard aprĂ©s huit ans d’absence.

ca$hCash, un film d’ERIC BESNARD avec
JEAN DUJARDINJEAN RENO – VALERIA GOLINO – ALICE TAGLIONI

Cash est un arnaqueur.

Charme, élégance, audace, il a tout… y compris le sens de la famille. Aussi quand son frère est assassiné par un mauvais perdant, il décide de le venger à sa manière. Sans arme ni violence, mais avec panache. Pourtant, la période ne se prête pas à monter un coup.

Cash est sur le point d’être présenté à son futur beau père et son équipe est dans le collimateur de la police.

Il va donc lui falloir jouer les “gendres modèles” et monter une arnaque de haut vol, tout en déjouant la surveillance policière. D’autant qu’un arnaqueur, quel que soit son talent, finit toujours par trouver plus fort que lui.

Dans une telle aventure, chacun ment, bluffe et prétend être un autre. Les complices se révèlent parfois des traîtres et les traîtres des complices. Les alliances ne durent qu’un temps et, pour gagner, il faut être prêt à tout perdre.

Une seule chose est sûre : à la fin de la partie, il y a toujours un pigeon…

CASH, par Jean Dujardin

ca$h : Jean Dujardin

Jean Dujardin

Je connaissais Eric Besnard depuis LE CONVOYEUR, dont il était coscénariste. Quand il m’a donné ce scénario, je me suis d’abord dit que CASH était un excellent titre. On imagine beaucoup de choses et ça donne envie de lire. J’ai embarqué le script au Venezuela où je terminais 99 FRANCS et je l’ai lu d’une traite. Je me suis laissé prendre, en me faisant avoir toutes les dix pages ! Je lis toujours les scénarios en spectateur, sans penser que je vais faire le film. Quand ça sent aussi bon dès les premières pages, on espère juste que ça va se tenir jusqu’à la fin. Et là, ça tient ! Tout collait bien, l’histoire et l’homme, Eric Besnard. Il est important de partir avec un réalisateur qui sait ce qu’il veut, qui tient son film, et Eric le fait avec une élégance flegmatique très british.

CASH est d’un genre rare en France, assez ambitieux. L’idée de faire un film champagne, charme et sans violence était très intéressante. J’avais aussi envie de ne pas avoir le rôle-titre, de partager l’affiche avec des partenaires, et j’ai été remarquablement servi : Jean, Valeria, Alice et tous les autres… Que des acteurs que j’aime !

Ce rôle était très nouveau pour moi parce que pour la première fois, je jouais un personnage qui n’est pas dans l’ironie mais dans le charme au premier degré. Assumer d’être “le beau gosse” a été très difficile pour moi. D’abord, il faut laisser la scène se développer, savoir ce que l’on veut y dire pour que le spectateur entre dans le scénario, et ensuite travailler sur la malice, sur le regard, les détails, se prendre soi, se regarder et se comprendre. Quand on fait ce métier, le public vous renvoie une image de vous, on en joue et c’est ensuite une question de degré. Mais j’aurais difficilement joué un rôle comme celui de Cash il y a encore deux ans. Je crois aussi que le succès conforte l’image du charme. En tout cas, c’est ce que ma pudeur me souffle. D’autant que ce rôle était tout sauf un numéro de frime, il fallait trouver le bon dosage. Eric a lui aussi du charme. Il dégage quelque chose de très mec, à la fois doux et viril. Il y a souvent un rapport entre le scénariste – et réalisateur – et le personnage qu’il a écrit.

En jouant Cash, je devais oublier qui il était réellement et quels étaient ses secrets, à la fois pour tromper les autres personnages dans le film et les spectateurs. Entre comédiens, nous nous demandions souvent comment nous positionner. Qu’est-ce qu’on joue ? Qui est-on à cet instant-là ? Il était d’autant plus intéressant d’avoir le scénariste sur le plateau.

Je ne l’ai pas travaillé comme les précédents personnages que j’ai incarnés. J’avais juste à être là pour raconter l’histoire. Si je prenais trop de place, si j’en faisais trop, non seulement je ne jouais pas avec mes camarades, mais je ne rendais pas service à l’histoire. C’est le genre de rôle où il faut en faire le moins possible, en se conformant à ce que veut le réalisateur. Le premier degré est dans le récit mais il y a des moments de pause, de relâche, de faille et d’amour. On se rend compte très vite que tout est pipé, même si on ne sait pas dans quel sens… Je pense par exemple à la scène de dîner avec Alice sur les toits de Paris, lorsqu’elle me dit que son père souhaiterait me rencontrer. On est bien plus que dans le double jeu. Là se joue une histoire d’amour, une demande en mariage, mais c’est potentiellement elle le pigeon, ou elle est peut-être simplement le passeport pour que mon personnage approche celui de Jean Reno. Tout est possible ! Il ne fallait pas être trop l’amoureux, pas trop l’escroc… Il fallait faire l’anguille, en laissant la place aux doutes des spectateurs.

ca$hNous avons fait des lectures avec les comédiens. L’enjeu était d’entendre et de comprendre les mots d’Eric et ses références. C’était plus dans la sensation. On essaie davantage de saisir sa façon d’écrire le scénario que le scénario lui-même. On travaille pour l’histoire mais aussi pour lui. J’essaie de me rapprocher de lui, comme il essaie de se rapprocher de moi. Nous devons faire un chemin ensemble pour finalement tomber d’accord sur le personnage. Cela passe par le choix des vêtements, sa façon de me regarder, le timbre de voix que je dois utiliser, les attitudes, l’ironie, la légèreté. J’aime bien offrir des nuances parmi lesquelles le réalisateur peut choisir. Eric a beaucoup de talent et il est bon dans ce qui fait le plus souvent défaut aux films : le scénario. Il a de l’expérience et cela se sent. Il ne sous-estime jamais le public.

D’une semaine à l’autre, j’avais un, deux ou trois jours de tournage. Je croisais mes partenaires et Eric était le chef d’orchestre. Je ne suis pas de tous les plans et cela m’a permis de découvrir et d’apprécier le travail de mes camarades. Nous étions tous vraiment dépendants les uns des autres. Jean Reno est très simple et très classe. Il ne vous fait jamais sentir qu’il est une star internationale. Il n’arrive pas avec ses médailles.

Valeria Golino est pleine de charme, passionnée, avec de la personnalité. Elle conjugue la séduction italienne et un véritable sens de l’humour. C’est très agréable, cela rend les plateaux joyeux et ça nous rapproche sur les scènes. Ce fut une très belle rencontre. Je connaissais Alice Taglioni, la très belle fiancée de Jocelyn. Que je la courtise était assez surréaliste ! J’avais déjà tourné avec François Berléand sur LE CONVOYEUR et c’est un excellent camarade. J’étais aussi content de croiser Caroline Proust, et Roger Dumas qui est une figure.

Je n’ai pas encore une énorme carrière et je veux explorer le plus de genres possible, savoir si je peux être un bon flic, un bon agent secret, un bon cow-boy… Mon métier est là. Je n’ai pas de “registre”. J’essaie d’installer cette liberté depuis deux ans et j’ai l’impression que cela commence à être compris et accepté. Je trouve réducteur de comparer ce film à OCEAN’S ELEVEN car on est d’abord sur un scénario, sur une histoire. Je pense davantage à des films comme LE CASSE de Verneuil, mais dans un style très actuel, un cinéma soigné comme on n’en fait plus beaucoup en France. CASH a une dimension humaine réelle. Tous les personnages existent et chacun d’entre eux pourrait presque faire l’objet d’un film. Même s’ils sont très lumineux, chacun a des failles…

Je n’aurais pas pu être un arnaqueur. J’ai un mal fou à baratiner les gens, je ne suis pas menteur et je suis même incapable de faire un canular à quelqu’un. Mentir me perturbe. Je n’aime pas non plus les jeux de société et je n’arrive pas à associer argent et jeu. Je suis comme un enfant à table, j’ai besoin de me lever. Je ne peux jouer que dans mon métier. Prendre un personnage et jouer, oui ! Je suis un acteur d’extérieur. Je peux m’embarquer n’importe où, courir, sauter, jouer, comme dans la scène du canal Saint-Martin. Courir sur le quai Valmy m’éclate parce qu’on est vraiment dans

l’enfance, “On dirait que tu serais le flic et moi je te poursuivrais”… J’aime beaucoup rêver et je suis souvent dans cet imaginaire-là. Même dans la vie. C’est ainsi que je voyage et que je m’amuse.

J’avais juste envie que ce film existe et d’y contribuer, en espérant surprendre les gens comme je l’ai été moi-même. C’est cela qui m’intéresse. La vraie jouissance vient quand on regarde le film, le reste n’est que préliminaires. Je suis un petit soldat qui arrive, pose sa pierre, construit en essayant d’aller dans le sens du réalisateur, de jouer avec les autres, en pensant surtout à l’objet fini.

Eric a tellement travaillĂ© pour tout le monde que je serais vraiment content pour lui – et pour nous ! le film marche.

MAXIME, par Jean Reno

ca$h : Jean Reno

Jean Reno

Pour moi c’est toujours pareil, il existe des projets mais il faut d’abord sentir ceux avec qui on va s’embarquer. D’une part, j’avais cette fidélité avec Patrice Ledoux, le producteur, et ensuite j’ai rencontré Eric Besnard et le courant est passé. Il est l’inverse de ses scénarios, c’est un homme discret, qui ne parle pas trop alors que ses histoires sont extrêmement riches, foisonnantes, pétillantes. Je me suis aussi rendu compte qu’il avait un vrai rapport avec ceux avec qui il travaille. L’amitié est quelque chose qui compte pour lui ; il est proche de François Berléand, il a un lien avec Jean Dujardin, avec Valeria, Clovis, et il aime bien Alice et Jocelyn. Il associe un côté jeune à une vraie sagesse. C’est quelqu’un qui aime les comédiens et ça donne envie de partir avec lui.

En lisant le scénario, je me suis dit que le terme “intrigue” avait été inventé pour ce genre d’histoire parce qu’on est effectivement intrigué. On a envie de savoir, de comprendre. C’était déjà passionnant sur le papier, mais c’est en commençant à le jouer avec mes partenaires que j’en ai saisi toute l’ampleur et la malice. Eric a tissé une histoire précise, et il ne dit que ce qui est nécessaire pour que les spectateurs se sentent concernés, embarqués. En découvrant le film, j’y ai encore trouvé une autre dimension, tout ce qu’Eric y a mis en termes de rythme, d’habillage, et j’ai beaucoup aimé. Je redoute toujours un peu de voir le film achevé parce que j’ai peur qu’il ne soit pas au niveau de la promesse. Quand j’apprécie quelqu’un, je ne veux pas avoir à lui dire que j’ai été déçu mais en l’occurrence, il n’y a eu aucun problème. J’ai même été spectateur, ce qui est assez rare sur des films dans lesquels je joue, car je doute toujours beaucoup en me voyant. Le film m’a procuré un tel plaisir que j’ai eu beaucoup moins de questionnement que d’habitude. CASH donne de la bonne humeur, de l’énergie, de belles choses à voir et il associe le spectateur à sa mécanique. C’est un plaisir pour les yeux et l’esprit, sur la forme et sur le fond.

Certains rôles sont l’occasion de redéfinir un comédien, parce qu’ils intègrent le temps qui passe et les films qui ont été faits avant. Vous arrivez à chaque fois avec votre histoire, votre image, peut-être une maturité, un recul. Dans un film comme celui-ci, il est difficile de définir mon personnage uniquement par rapport à lui-même parce qu’il existe aussi beaucoup dans son rapport aux autres. Maxime est un peu une légende dans le milieu de l’arnaque. Il est un maître, il inspire. Il a commencé jeune et il a mis de l’argent de côté dans tous les paradis fiscaux, histoire de pouvoir faire du tango à Buenos Aires tous les lundis ! Il sait qu’il peut aller en prison, il court le risque mais il ne sait faire que ça et je crois qu’il aime l’esprit de ce qu’il fait, ce mélange de jeu, de danger et d’absence de violence. C’est un esthète de l’arnaque. Maxime semble un peu plus solide, un peu plus mystérieux que les autres simplement parce que ses histoires d’amour ne sont pas soulignées. Une histoire d’amour humanise et affaiblit. On ne sait rien de sa vie affective et cela le place un peu à part.

Si le cinéma est un art, c’est de toute façon un art de groupe. Parfois, on a presque toute la mélodie à jouer, et parfois on est dans l’orchestre pour trois coups de triangle. En l’occurrence, j’aimais la musique qui se jouait et même pour trois jours de tournage, j’aurais dit oui. Le fait d’avoir seulement une partie à jouer ne simplifie pas pour autant le jeu. Ce que vous avez à jouer doit être en phase avec ce qu’interprètent les autres, chaque pièce doit être à sa place dans le puzzle. Maxime est toujours en train de manipuler. Pour ne pas mentir, il faut jouer sans tenir compte de ce que sera le dénouement final. D’action en action, de réplique en réplique, le personnage avance dans l’intrigue et il faut aller d’une étape à l’autre en essayant d’oublier la totalité du chemin. C’est le seul moyen de jouer vrai tout en construisant un mensonge.

ca$hL’histoire se déroule dans un milieu où les gens agissent souvent en groupe mais sans en constituer un. On n’est pas dans la Mafia. Tous les protagonistes sont associés pour ce coup-là mais ils ne travaillent pas toujours ensemble. Le fait que les premiers et les seconds couteaux soient joués de la même façon brouille encore un peu plus les cartes. On ignore quel sont les liens personnels qui existent entre eux, on ne sait rien de leurs véritables motivations. Tout cela se révèle au fur et à mesure et le découvrir accélère et reteinte à chaque fois l’histoire.

Pour définir la silhouette de Maxime, nous avons bien sûr travaillé les costumes, le bouc, les lunettes, mais Eric m’a aussi demandé de penser à Robert De Niro parce qu’il sait que je le connais bien. J’ai intégré cette piste au personnage écrit. Le fait de jouer dans des décors superbes, avec des voitures de rêve, face à des gens très élégants vous inspire également. Le personnage naît à la fois de ce que vous dit le metteur en scène et de la réflexion que génère la lecture du scénario. On y pense et il existe une sorte d’alchimie que le metteur en scène affine en fonction de l’ensemble de sa vision. Un des premiers axes de réflexion pour moi était d’imaginer mon rapport avec la “victime” de l’arnaque. Il ne faut surtout pas déflorer l’histoire, mais ce rapport-là conditionnait beaucoup de choses. Comment allait-on s’approcher ? Il y avait quelque chose du fauve. Comme souvent dans le film, les gens se jaugent, se sentent, on ne sait pas toujours qui sera la proie et qui le prédateur…

Ce film a aussi été l’occasion de jouer quelque chose d’assez nouveau pour moi. Je crois que c’est la première fois que j’ai une scène de séduction de ce type. Le décor était étonnant, sur un bateau-mouche qui glisse sur fond de Paris illuminé, j’étais avec Valeria Golino, magnifique. C’était une partie subtile à jouer. Ce fut un vrai plaisir. L’un des bonheurs de ce film, en tant que comédien et en tant que spectateur, je l’espère, c’est la variété des confrontations et des rencontres. Aucune scène n’est anodine, toutes contiennent des clefs et reposent sur des situations fortes à jouer. Me retrouver face à Jean Dujardin était un plaisir. Pour les scènes sur le golf par exemple, on a beaucoup joué l’un avec l’autre. Il y avait de la malice et de l’envie dans le jeu. C’est un bûcheur. Aussi haut soit-il aujourd’hui, il n’a pas encore fini de monter, sa trajectoire est magnifique.

L’une des qualités du film est aussi d’associer des comédiens connus, mais pas seulement pour rendre l’affiche attractive. Nous sommes tous là pour servir l’histoire.

Ce film reste comme une excellente expérience, c’est aussi une étape de plus dans ma relation avec Patrice Ledoux. Il est arrivé avec ce film comme avec un bouquet de fleurs ! Je sais que c’est un film important pour lui et il l’est donc encore un peu plus pour moi. J’aime le cinéma qui dépasse les frontières, les genres. Je suis heureux de tourner dans ce type de film, ici ou aux Etats-Unis. Je suis impatient de revoir CASH, pour apprécier en connaissance de cause les magnifiques tours de passe-passe auxquels Eric convie le public !

JULIA par Valeria Golino

ca$h : Valeria Golino

Valeria Golino

Il y a environ trois ans, Eric Besnard m’avait proposé un projet de film qui n’a malheureusement pas abouti. J’avais pu apprécier sa façon de penser et lorsqu’il est revenu avec CASH, nous nous connaissions déjà. C’était la première fois que l’on me proposait un tel scénario. Tout était original, il y avait du rythme et l’histoire était remarquablement prenante. Pour moi, c’était aussi l’occasion de jouer un rôle d’un nouveau genre. Mon personnage est ambigu, à la fois séduisant et dangereux. Je joue très souvent des rôles de femmes plus douces, et d’une certaine manière, ingénues. Julia, mon personnage, est plus dure, solitaire comme un loup.

Elle est enquêtrice au sein d’Europol, une structure de police européenne où elle côtoie des Anglais, des Allemands lancés à la poursuite d’escrocs internationaux. Elle y suit ses propres règles. Intelligente, elle est admirée mais aussi redoutée dans son service. Elle n’hésite jamais. Pour elle, la fin justifie les moyens. Comme tous les protagonistes du film, elle a un complexe de supériorité. Italienne de la bonne bourgeoisie, elle a un besoin de conquête. Pour elle, la séduction est un jeu d’intelligence et elle sait utiliser sa féminité. A force de pourchasser des arnaqueurs, Maxime en particulier, elle a fini par s’approcher de près de la mince frontière qui sépare les deux univers quand ils s’affrontent à si haut niveau.

La plus grande difficulté pour moi était de parler ce français cultivé, sophistiqué. J’ai beaucoup travaillé sur la langue avec ma coach, Armelle, une femme très douée. Il a fallu que je me concentre pour arriver à donner un ton naturel à ce que je disais. Eric lui-même avait des doutes. Il me voulait mais je pense qu’il avait en même temps peur de se tromper. La première audition n’a pas été bonne. Peut-être n’étais-je pas assez préparée. Je suis retournée en Italie persuadée que je ne serais pas choisie. Quelques jours après, il m’a rappelée, me demandant de venir à Paris le jour même pour me parler ! Nous avons dîné ensemble et beaucoup parlé. Il souhaitait vraiment faire le film avec moi. Deux jours après, je commençais à travailler avec ma coach. Tout s’est éclairci. En travaillant, en tournant avec Eric, je l’ai découvert très fin, capable d’avoir des rapports incroyables avec les acteurs.

Je m’investis autant que possible dans la définition visuelle de mon personnage, mais c’est le réalisateur qui décide. C’est Eric qui a proposé cette coiffure très inhabituelle pour moi. Cette coupe me durcit mais correspond bien au personnage. J’ai travaillé mes tenues et mes attitudes avec lui et Armelle. Nous avons beaucoup parlé. Lorsque le tournage s’est approché, j’ai aussi découvert des copains de travail exceptionnels, très humains. Les deux Jean me font penser à ces immenses acteurs américains qu’Hitchcock choisissait pour ses films les plus légers. Ils ont quelque chose de LA MAIN AU COLLET ou de LA MORT AUX TROUSSES. Alice, François, Clovis, Jocelyn et tous les autres ont été fantastiques. Ils se connaissaient déjà et j’étais une étrangère, mais ils m’ont accueillie à bras ouverts et nous nous sommes bien amusés. Nous étions une véritable troupe ; le soir, nous dînions ensemble.

Ma première scène se déroulait dans un couloir d’hôtel, c’est une confrontation avec François Berléand. C’était idéal parce que je n’avais pas trop de texte, mais c’était assez physique. J’étais d’emblée dans le côté le plus extrême de mon personnage. Avant de commencer à tourner, j’ai pensé à la place qu’occupait Julia dans l’histoire, mais pas pendant le tournage. Il ne le fallait pas.

ca$hLorsque je joue, je suis Julia, c’est donc moi qui ai raison et je ne peux plus juger mon personnage d’un point de vue moral. Julia a tout le temps la maîtrise de la situation et souvent, elle domine les autres. Parfois, pourtant, elle dévoile d’autres facettes, comme lors de la scène avec Jean Reno sur le bateau-mouche ou lorsqu’elle se rend compte que Cash s’est fait avoir à la garden party.

Elle est effectivement dépassée, mais déjà en train d’apprendre. Comme un animal, elle analyse la situation et sait déterminer où se trouve le pouvoir pour s’en approcher.

Dans la scène avec Alice Taglioni, les deux femmes sont à la fois dans la rivalité et dans le désir de complicité. Jean Dujardin arrive et modifie l’équilibre de leurs rapports. C’était assez fin à jouer et passionnant. Cette scène est emblématique de l’univers du film, de l’équilibre sans cesse mouvant qui lie les protagonistes. Dans le jeu de nos personnages, Jean Dujardin se conduisait comme si nous étions frère et soeur. Avec Jean Reno, nous étions beaucoup plus dans un rapport de séduction. Parce que le pouvoir est une chose fondamentale pour Julia, elle n’est pas aussi fascinée par Cash que par Maxime. Cela se traduisait dans notre jeu. Jean Dujardin et moi étions plus à l’aise, plus libres lorsque nos rôles se confrontaient. Alors qu’avec Jean Reno, il y avait plus de distance, un côté plus formel. Chacun des personnages se sert du registre et de l’image de celui qui l’incarne, et Eric a su jouer là-dessus avec une grande habileté.

Pour moi, ce film restera comme une expérience de travail intense et une période de tension créative. Ce n’était pas facile parce que je me suis mis une vraie pression. Nous n’avions absolument pas le droit de rater ces personnages. Mais c’était un bon moment, dans des lieux magnifiques, avec des amis. Je trouve qu’Eric a fait un travail extraordinaire et en découvrant le film terminé, je l’ai adoré. D’habitude, je suis la première à trouver ce qui ne va pas et je ne suis pas toujours tendre, mais CASH m’a procuré énormément de plaisir. On ne s’ennuie jamais, tout est beau, malin. Ce film est une fête. Tout y contribue, la musique, les décors, les costumes, les mouvements de caméra et nous aussi, je crois ! Pour moi, il fait partie des films trop rares qui m’ont plu quand je les ai vus pour la première fois – sans réserve ni restriction !

GARANCE par Alice Taglioni

ca$h : Alice Taglioni

Alice Taglioni

J’avais tout de suite accroché sur le scénario et je suis restée attachée au projet tout au long de son évolution. C’est le rôle de Garance qui m’intéressait le plus et d’une certaine façon, je l’ai choisi. Je n’avais jamais interprété un personnage comme cette jeune fille de bonne famille, pure et innocente, à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession. J’avais envie de jouer un rôle de jeune première. Mais malgré sa fraîcheur, c’est aussi un personnage à tiroirs qui cache quelques secrets…

Le scénario était écrit de façon très claire et très vivante. Sa mécanique fine amenait à cette fin surprenante avec un côté jubilatoire qui donnait aussitôt envie de se replonger dans les premières pages. Après l’avoir découvert, j’ai eu envie de le relire, tout comme j’ai envie maintenant de revoir le film. Ce que je trouve fort, c’est que tout est cohérent. Les solutions ne sont pas cachées, il faut juste savoir les voir !

Garance me faisait peur car elle est très présente mais ne parle pas beaucoup. Je venais d’achever NOTRE UNIVERS IMPITOYABLE où tout passe par la parole, avec énormément de dialogues écrits et des personnages très bavards. L’écrit est alors un support auquel on se raccroche. Les choses muettes, qui font appel à l’expression, sont peut-être ce qu’il y a de plus difficile à jouer. En plus, Garance n’est pas double, mais triple, voire plus ! Je ne devais donc absolument pas me tromper. Je suis même allée voir Eric à plusieurs reprises pour lui demander de me préciser le parcours de Garance. Il voulait qu’elle s’approche de Cash de façon assez féline, que leur chorégraphie soit animale, qu’ils se touchent, se frôlent, se regardent comme des fauves qui se font face. Il souhaitait également ce rapport de jeu que l’on voit entre eux au début du film quand il lui offre des fleurs. Tout devait être léger, mais on ne devait cependant pas perdre de vue que leur vie était en jeu. Par exemple, quand je vais l’embrasser dans le lit au petit matin, il est important que j’aie dans l’idée que l’on se dirige vers un avenir qui peut être formidable mais aussi catastrophique. Cette angoisse avec laquelle vivent les arnaqueurs devait être perceptible en permanence. Eric voulait garder ce côté bande joyeuse constamment allié à l’idée de danger.

Je partage un trait précis avec mon personnage. J’adore le jeu, j’adore jouer au poker et le sachant, Eric m’avait demandé d’animer la table au moment de la partie. J’ai donc répété les gestes et les manipulations avec un magicien. Je ne suis pas doublée. J’aime tellement cela que j’avais envie de le faire pour le film. Ce qui me séduit dans le poker, c’est la dimension humaine, le fait que des personnes qui ne se connaissent pas se retrouvent autour d’une table pour apprendre à se connaître avec une rare intensité. Il y a le bluff, l’expérience, beaucoup des composantes que l’on peut aussi trouver dans le métier d’acteur !

Le premier jour de tournage, Jean et moi devions marcher dans le couloir de l’hôtel de luxe. La veille et le lendemain, j’étais sur le tournage de NOTRE UNIVERS IMPITOYABLE. Passer d’une toute petite équipe à un plateau avec deux caméras, une équipe de soixante-dix personnes et des stars pour partenaires, c’était vraiment évoluer dans deux univers différents. Je me retrouvais comme une gamine avec un trac absolument monstrueux. Il m’a fallu un temps d’adaptation. J’ai tourné avec de nombreux réalisateurs mais je garde un peu mon regard de midinette. Je suis encore un peu impressionnée d’être là où je suis, entourée de tels acteurs.

ca$hJ’ai commencé à jouer avec Jean Dujardin. Il venait de tourner un film avec Jocelyn Quivrin et ils s’entendent tellement bien que je connaissais l’un par l’intermédiaire de l’autre. J’avais déjà tourné avec Jean Reno sur le film de Danièle Thompson DECALAGE HORAIRE. Il avait été adorable. Valeria fait partie des belles rencontres. Elle dégage quelque chose de magnétique. Nous avons beaucoup parlé, et nous étions heureuses de rire ensemble même si nous n’avons pas beaucoup de scènes en commun. Elle a fait un travail remarquable. Autant Garance parle peu, autant Julia/Valeria parle tout le temps. C’est d’autant plus difficile pour quelqu’un dont le français n’est pas la langue maternelle. Eric ne nous a jamais fait sentir que c’était une grosse machine. Le montage, toutes les contraintes techniques qui contribuent au luxe de la réalisation, nous, comédiens, ne les sentions pas. Il venait à chaque fois nous voir pour resituer nos personnages dans l’instant à jouer. Nous étions parfois un peu hésitants sur notre rôle et que des comédiens comme Jean Dujardin et Jean Reno soient dans les mêmes doutes que moi me rassurait. Nous avions envie de faire quelque chose de bien à partir de ce bon scénario.

Sans jamais perdre le fond de son récit, Eric nous promène dans beaucoup de genres. J’aime particulièrement la séquence qui explique ce que devrait être le casse idéal. J’adore la scène de petit-déjeuner où Julia et Garance échangent leurs places face à Cash. Les baffes pleuvent ! C’est de l’improvisation, du burlesque, et on peut se lâcher. Malgré cela, on ne perd pas l’intrigue d’un pouce. J’aime aussi la scène où nous partons tous sur les deux bateaux ultra rapides. Il y avait énormément de choses ludiques à jouer. Nous avons tourné dans de très beaux endroits et faire partie d’un tel projet était très agréable.

Le tournage a été plutôt dense. La relation avec toute l’équipe, les rencontres avec les deux Jean et Valeria sont elles aussi inoubliables. Je ne suis pas près d’oublier cette nuit à la lueur des bougies sur la terrasse qui surplombe Paris. J’avais une robe légère, nous étions censés être en été et nous dire des mots doux alors qu’il faisait bien en-dessous de 0°C ! C’était horrible !

J’étais impatiente de découvrir le film complètement terminé. Du fait même du scénario, le montage, les effets spéciaux et la musique entrent tellement en ligne de compte que je ne savais pas du tout ce que j’allais voir. Ce fut un vrai choc. Au-delà du fait que la première fois, je me regarde toujours un peu, j’ai été spectatrice. Que l’on ait pu penser à moi pour un film doté d’un budget aussi important, joué par des stars comme Jean Reno et Jean Dujardin me permet de constater que je n’en suis plus au tout début. C’est une étape importante. Sentir que l’on peut intéresser pour ce genre de gros projets est extrêmement flatteur. Je trouve aussi que dans le paysage du film français, CASH place la barre assez haut.

J’aime que la promesse du casting, avec ses stars à l’affiche, soit tenue. Chacun était très impliqué dans son personnage. La relation que j’ai avec Jean Dujardin est très jolie et fonctionne très bien. Le couple Jean Dujardin/Valeria fonctionne également. Jean Reno est impressionnant, il a de la prestance, il est beau, il y a sa voix grave, son humour, une légèreté, un perpétuel petit sourire en coin. Il a un air de s’amuser qui fait plaisir. François Berléand est grandiose, il m’a fait énormément rire. J’adore les apparitions de Jocelyn. Elles sont toutes drôles. Je trouve que ce film est une belle conjonction de plein de choses, de tout ce qui fait le bon cinéma !

FRANCOIS par François Berléand

ca$h : François Berléand

François Berléand

Je connais Eric depuis ses tout débuts dans la production. Il avait produit un court métrage de Laurent Heynemann auquel j’avais participé. Il m’a parlé de CASH avant même que le scénario ne soit écrit. Son idée de base m’intéressait vraiment et lorsque j’ai découvert le script achevé quelques mois plus tard, je l’ai trouvé formidable. Impossible de s’arrêter, on veut aller à la page d’après pour savoir. Beaucoup d’images de grands classiques me revenaient, L’ARNAQUE, même USUAL SUSPECTS ou OCEAN’S ELEVEN, mais CASH avait pour moi une dimension en plus : l’humanité et quelque chose d’authentique.

On ne se contente pas d’admirer les protagonistes, on vit l’histoire avec eux. Bien que connaissant l’histoire, le film achevé m’a encore procuré une excellente surprise. On est face à un bel objet, tout est soigné, la musique, le cadre, les décors, les costumes. Tout est haut de gamme avec du rythme, du brio. Jean Dujardin a quelque chose de Belmondo en héros viril, sympathique, positif.

Il est difficile de communiquer sur ce film sans tout dévoiler et ce serait vraiment dommage pour le public. Chaque élément prend sa place à la toute fin et pourtant, il n’y a aucun mensonge pendant le film. C’est la lecture des faits qui se modifie au fil des informations. Eric réussit à tout nous montrer mais on se fait avoir quand même !

Mon personnage, François, est une espèce de maître artisan, un faussaire. Il me fait penser à ces personnages des années cinquante incarnés par Jean Gabin ou Paul Frankeur, avec quelque chose de parisien, de concret, à l’aise dans un atelier avec les lunettes sur le bout du nez. D’ailleurs, beaucoup de personnages du film ont ce côté parisien au sens classique du terme. Le scénario est conçu autour d’une bande de petits futés avec un parfum Ménilmontant ou gamins de Montmartre. Je suis le plus vieux, avec Roger Dumas qui a lui aussi son côté titi parisien. C’est pourquoi j’ai l’accent de Paris, laissant à Jean Reno le côté bande internationale. Le film est jubilatoire. En le voyant, j’ai été soufflé par le jeu de tous les comédiens, qui sont tous au mieux de leur forme.

Le rôle de François n’était pas simple parce que c’était le seul personnage à avoir des moments de vérité. Par moments, lui n’est plus dans la manipulation. Il est le seul qui veut vraiment arrêter le casse, s’en éloigner. Cela apportait une autre couleur au film mais ce n’était pas facile à jouer dans l’ambiance globale. C’est le personnage qui amène des moments de panique et de danger. Il donne au spectateur le sentiment d’authenticité : celui-ci ne peut plus douter. L’autre point qui le caractérise, c’est que je l’ai toujours imaginé dans la plainte. Nous en avons parlé dès le départ avec Eric. François geint en permanence ! C’est sûrement pénible pour ses comparses mais c’est assez joyeux pour le spectateur ! Je ne suis pas du tout directif sur le domaine de l’apparence. Ma seule exigence était d’avoir le crâne rasé. Je laissais tout le reste à l’appréciation de la costumière. Elle a fait un boulot admirable – j’ai bien fait de ne pas y mettre mon grain de sel !

J’aime beaucoup les scènes dans la salle de billard. Je les trouve jolies et elles renvoient à un imaginaire cinéma qui rappelle bon nombre de classiques. Il y a une atmosphère. Là encore, Eric a su jouer avec l’image que l’on a des choses pour mieux nous balader. Certaines scènes, comme celle où je joue les milliardaires dans un palace en pédalant sur mon vélo avec mon coach, étaient très drôles à tourner.

Le tournage a été idyllique. Travailler avec Eric et tous ces acteurs qui avaient une vraie complicité était un pur bonheur. Eric a su, par son calme olympien, son sang-froid absolument extraordinaire, créer une ambiance sur le plateau où tout le monde était détendu, sympathique. Je crois que nous étions tous heureux de jouer un bon tour aux spectateurs. Nous savions quel plaisir ils prendraient à découvrir l’histoire et je crois que cela nous motivait dans notre fonction de comédiens. Le fait est que même en connaissant l’histoire, j’ai vraiment été bluffé par ce film. Il vous donne du plaisir et l’impression que vous avez quelques neurones en plus !

C’est une belle expérience.

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Ciné Blog. Passionné de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai créé en 2005 le site Fan de Cinéma. J'aime le cinéma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en général plutôt bon public et je ne m'attache pas tant à la facture des films qu'a l'histoire qui m'est contée. En dehors de ma passion pour le cinéma, je dirige une petite Web Agency.


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