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La Mome, au cinéma le 14 Février 2007

22 JANVIER 2004, 15h46

La MomeOlivier Dahan, scénariste et réalisateur de La Môme, se souvient : “J’avais envie de parler du fonctionnement intérieur d’un artiste. Je me trouvais dans une librairie en train de feuilleter un livre sur Piaf et l’idée m’est venue subitement. J’ai immédiatement envoyé un texto à Alain Goldman. Cinq minutes plus tard, il me donnait son accord. Il a tout de suite été dans l’élan avec moi. Il a réagi si vite que sur le coup, je me suis demandé dans quoi je m’étais embarqué !”

Alain Goldman raconte : “J’avais évidemment envie de retravailler avec Olivier. Nous avons une vraie connivence aussi bien professionnelle que personnelle, mais je n’attendais rien de précis. Et puis le 22 janvier 2004, à 15 h 46, je reçois ce texto : “Un grand film d’amour, musical, populaire, tragique et romanesque. Un sujet français, un film international, un grand film sur Piaf.” Tout le film est là, dans ce pitch. J’ai gardé ce texto, cette impulsion originelle, comme un repère. Si dans l’écriture, voire même dans la fabrication du film, il nous arrivait de nous en éloigner, nous pourrions alors nous souvenir de cette vérité qui fut au départ de tout. Tout de suite, j’ai su que nous ferions le film, qu’il aurait probablement un destin et que ce texto nous rappellerait que nous y avions cru.”

Olivier Dahan reprend : “Piaf est pour moi le parfait modèle de quelqu’un qui ne pose aucune frontière entre son art et sa vie. Cette fusion entre un destin et une oeuvre est le fondement même d’un artiste véritable. Comme tout Français, je connaissais quelques-unes de ses chansons, quelques épisodes de sa vie, mais sans plus. Elle était le prétexte idéal pour que je puisse parler de ce qui me touche”.

“Le véritable élément déclencheur a été une photo d’elle jeune, dans la rue, avec Momone, son amie. Peu de gens l’ont vue à cet âge-là. On garde surtout d’elle l’image de ce qu’elle a été à partir des années 50-60, la frêle icône à la robe noire. Sur cette photo, j’ai perçu quelqu’un de très différent, qui ne s’appelait pas encore Edith Piaf et qui m’a intrigué. J’ai imaginé un pont entre l’image que tout le monde a plus ou moins d’elle et cette photo où elle apparaît de manière bien plus brute.”

PLUS QU’UN SUJET : UNE RENCONTRE

La MomeAlain Goldman commente : “Aborder la vie de quelqu’un à l’écran demande toujours un long processus. Mon expérience sur VATEL et CHRISTOPHE COLOMB m’a appris qu’il faut aux environs d’un an pour s’imprégner des informations, les digérer et trouver une forme narrative intéressante. Au départ, Olivier, homme de sensations et d’images, n’avait pas très envie d’écrire. C’est moi qui l’ai convaincu. Je voulais sa justesse, son sens de l’essentiel, je savais qu’il aurait envie de dire des choses très personnelles – que lui seul pourrait dire. C’est sa vision singulière de la vie de Piaf qui m’intéressait.”

Olivier Dahan explique : “J’ai lu tout ce qui avait été écrit sur elle, publié ou non, de son vivant jusqu’à aujourd’hui. En même temps, j’ai commencé à écrire le scénario en mélangeant ce qui me frappait au cours de ces lectures et ce que je souhaitais exprimer au-delà de Piaf elle-même. Je crois savoir ce que ressent un artiste, Piaf ou un autre, avec ses peurs, ses angoisses, ses envies. Je ne voulais pas faire une biographie, mais je souhaitais néanmoins que tout ce qui se trouve dans le film soit réel. Simplement, par moments, surtout en ce qui concerne sa jeunesse dont elle a très peu parlé, j’ai extrapolé autour des quelques éléments que j’avais.”

Alain Goldman précise : “En suivant le processus d’écriture du scénario, je me suis aperçu à quel point la vie de Piaf était romanesque. Son destin est presque plus fort que ses chansons. C’est une tragédie où il y a tout ! Abandonnée, élevée dans un bordel, aveugle dans ses jeunes années avant de repartir sur les routes avec son père, elle atterrit à Pigalle sous la coupe d’un maquereau. Au moment où sa carrière décolle, elle est soupçonnée de meurtre et doit repartir de zéro. Le plus grand des romanciers n’aurait pas pu imaginer mieux.”

La MomePiaf est un des rares personnages qui fasse l’unanimité chez les hommes, les femmes, les jeunes et les moins jeunes. Elle ne nivelle pas par le bas, elle nous entraîne tous vers le haut. Sa voix fascine au-delà de toutes les barrières sociales ou culturelles. Tout le monde se reconnaît en elle. Piaf est une icône, un repère et nous en avons plus que jamais besoin. Son statut unique dépasse nos frontières et c’est aussi pour cela que le film intéresse de nombreux pays, y compris les Anglo-Saxons souvent hermétiques aux films français.”

Alain Goldman ajoute : “Le projet m’a aussi bouleversé parce que, pour des raisons qui resteront mystérieuses, c’est un sujet très personnel pour Olivier. Comme pour Piaf, l’amour et la musique sont des composantes essentielles de sa vie. Ils ont aussi en commun un même mode de vie, le goût de la nuit, cette force qu’ils tirent de leurs blessures d’enfance. Olivier a pu entrer dans ce personnage en restant lui-même. Comme elle, il n’a jamais oublié d’où il vient.”

Olivier Dahan confie : “Au cours de mes lectures, j’ai appris des choses factuelles, mais j’ai surtout le sentiment d’avoir simplement eu la confirmation de ce que je ressentais. Piaf est indéniablement la quintessence de l’artiste. En général, lorsqu’un artiste commence à s’autodétruire, son art régresse. De ce point de vue, Piaf est une exception. Alors que son physique déclinait, son art s’élevait, s’épurait. C’est assez rare. Même étiolée, tout était dans sa voix et dans sa volonté de continuer à chanter, d’interpréter les meilleures chansons possibles. Elle n’a jamais rien lâché.”

Il ajoute : “Je ne crois pas au malheur systématique. Comme tout le monde, Piaf a certainement eu des moments heureux, même là où on ne s’y attendrait pas. Je ne pense pas qu’il faille être malheureux pour être un grand artiste, ni même que cela suffise. Il faut au contraire travailler à ne pas l’être. Souvent, dans les biographies, l’enfance apparaît peu, or elle détermine une grande partie de notre vie. La clef se cache souvent dans les premières années.”

Olivier Dahan explique : “Quasiment toutes les scènes tournées, y compris les dialogues, correspondent au premier jet de l’écriture. J’ai retravaillé la coupe, la structure du scénario, mais pas le contenu. La scène d’ouverture correspond aux premières pages écrites. Piaf parlait et écrivait très bien. Pour les dialogues, j’ai utilisé ses mots. Elle allait toujours à l’essentiel sans verbiage. J’ai lu ses lettres, publiées ou non, et j’ai été frappé par sa qualité d’écriture, son honnêteté et sa justesse.”

La Mome“Malgré l’immensité de sa célébrité, c’était pour moi un sujet intime puisque je n’ai mis dans ce film que ce que j’avais envie de dire. Je ne me suis jamais senti écrasé par son statut. Je voulais faire un portrait. Raconter sa vie ne m’intéressait pas en soi. Les événements que je présente me servent à dresser ce portrait. J’ai toujours voulu être vrai, respectueux, en connexion avec elle sans aucune complaisance. Elle n’en faisait preuve ni vis-à-vis d’elle-même, ni de son art. Pendant l’écriture, je n’ai, volontairement, jamais rencontré personne qui l’ait connue directement. Un jour, Ginou Richer, qui avait été sa meilleure amie pendant vingt ans, me contacte. Je lui envoie le scénario en me disant que c’était là le vrai test. Elle m’a rappelé pour me dire que je ne m’étais pas trompé sur le personnage. Pour moi, c’était un peu comme faire des fouilles, reconstituer quelque chose sans savoir si le résultat serait exact. Je n’avais pourtant pas eu une démarche d’archéologue, mais – je l’espère – une démarche d’artiste avec la volonté de ne pas me tromper. Je voulais dire, à ma manière, des choses vraies et justes par rapport à la personne, sans la trahir et sans dissocier ces deux démarches. Tout ce que je voulais exprimer librement à travers elle ou avec elle, devait s’inscrire dans sa vraie vie.”

AU-DELÀ DE L’ICÔNE : INCARNER L’HUMANITÉ

Oliver Dahan confie : “Pour le casting, j’ai fonctionné par intuition. Il y a beaucoup de rôles. Pour chacun, mon choix se situait par-delà le travail, c’était une affaire de ressenti. Au-delà de leur technique de comédien, tous me touchent.”

La MomeIl poursuit : “Bien que ne la connaissant pas personnellement, j’ai tout de suite pensé à Marion Cotillard pour le rôle de Piaf. J’ai vu plusieurs de ses films et elle y révèle une dimension de tragédienne qui me semblait essentielle et que très peu d’actrices possèdent.”

“Piaf est un personnage en soi, une icône. Tout le monde connaît son visage, sa voix, sa silhouette. Pour que le public accepte ce que je racontais, le décalage entre l’actrice et Piaf ne devait pas être trop grand. La ressemblance était nécessaire. Marion est plus jolie mais elle ressemble vraiment aux premières photos de Piaf. Je lui ai d’abord envoyé le scénario, puis nous nous sommes rencontrés. Faute de temps, nous n’avons pas vraiment fait d’essais, uniquement une demi-journée pour le maquillage. Mais j’avais demandé à Marion de faire le même travail que moi, c’est-à-dire de lire, de voir des films. Je pense qu’elle a, tout comme moi, fait ce film à l’intuition, et c’était la meilleure façon.”

Alain Goldman précise : “Olivier a tout de suite senti que Marion ressemblait à ce qu’était Piaf dans les années où on ne pouvait pas tricher. Elle a accompli un travail incroyable. Non seulement elle est entrée dans le personnage, mais elle a réussi à le faire physiquement. Par je ne sais quel miracle, elle a changé sa voix jusqu’à retrouver celle d’Edith Piaf, y compris dans ses intonations. Elle a recréé ses postures, et même les difficultés que lui causait l’arthrite de ses mains. Marion va au-delà de l’imitation ; à son travail, elle insuffle une humanité, une puissance incroyable. Lorsque je l’ai vue pour la première fois en Piaf, alors que le fabuleux travail de maquillage de Didier Lavergne n’était pas encore tout à fait abouti, j’ai été saisi et j’ai su que ça fonctionnerait.”

Oliver Dahan explique : “Faute de temps, il nous a fallu affiner le maquillage jusque pendant le tournage. Nous n’étions pas allés assez loin. J’ai arrêté la journée de tournage pour essayer d’autres maquillages. Didier Lavergne a fait un travail énorme. Il me disait que des maquillages aussi importants ne supportaient pas de gros plans. Je l’ai poussé jusqu’à ce qu’il réussisse. Nous avons lutté ensemble. J’avais prévenu Marion que, quel que soit le maquillage, c’est elle que je désirais voir. Je ne souhaitais pas faire de l’imitation. Il ne fallait en aucun cas qu’elle disparaisse. Je voulais que les deux se rejoignent.”

Le réalisateur confie : “C’est la première fois que j’ai une relation aussi forte avec une actrice. Nous partagions la même perception de Piaf. Son travail et le mien se sont faits en symbiose. Elle chante elle-même à quelques reprises, mais la plupart du temps, nous avons utilisé le play-back. Le play-back de Piaf est complexe. Il ne s’agit pas seulement de mettre un disque et de chanter dessus. C’est quelque chose qu’elle a travaillé en amont pour retrouver les souffles, les rythmes. Elle a réussi à associer l’âme du personnage à son incarnation. Elle la rend vivante.”

CEUX QUI ONT COMPTE POUR ELLE

La MomeAlain Goldman déclare : “Le film n’est pas une carte postale de la vie d’Edith Piaf. L’une des fulgurances d’Olivier est d’avoir su faire la différence entre ceux pour qui Piaf a compté et ceux qui ont compté pour elle. Le film est vécu avant tout par le coeur de Piaf. C’est une sorte de voyage émotionnel, un authentique film d’auteur et non un docu-drama.”

Olivier Dahan explique : “Il ne s’agissait pas de dérouler des chansons, encore moins le florilège de toutes ses rencontres. Je me suis attaché aux personnages qui l’ont construite. C’est pourquoi son manager et son assistante sont évoqués alors que Montand, Aznavour et d’autres grands ne le sont pas. J’étais intéressé par l’intime et non par la représentation. Marlène Dietrich est la seule entorse. J’avais aussi écrit une scène de rencontre avec Chaplin qui lui a dit qu’elle avait fait par la chanson ce que lui-même avait fait par le cinéma. D’ailleurs, Marion joue beaucoup de scènes à la manière d’une actrice de cinéma muet. Comme Chaplin, Piaf a construit un personnage en soi. Elle savait exactement ce qu’elle faisait et construisait sa légende, quitte à inventer – en particulier auprès des journalistes qui reprenaient ensuite ses propos, quitte à voir certains faux éléments encore validés aujourd’hui.”

Clotilde Courau incarne Anetta, la mère d’Edith, qui l’a abandonnée enfant pour aller tenter sa chance en tant qu’artiste.

Olivier Dahan confie : “Clotilde a un rôle court mais déterminant. C’est un personnage très difficile. La mère de Piaf demandait régulièrement de l’argent à sa fille qui, malgré sa rancune, l’a toujours aidée. C’est la seule de sa famille à ne pas être enterrée avec elle…”

Jean-Paul Rouve joue Louis Gassion, le père d’Edith, artiste itinérant. Le réalisateur commente : “Je connais Jean-Paul depuis longtemps et j’avais envie de travailler avec lui. J’aime ce qu’il dégage, la sensibilité qu’il donne physiquement au personnage.”

Sylvie Testud interprète Momone, l’amie d’Edith qui était là dès ses débuts. Olivier Dahan se souvient : “Je ne connaissais pas Sylvie et je l’ai vraiment découverte sur le film. J’avais vu ses films, mais ils donnent d’elle une image très différente de ce qu’elle est. Elle est très drôle. C’est une actrice aussi simple que géniale, sans aucune prétention. J’aime le recul qu’elle a sur tout.”

La MomeLe réalisateur poursuit : “Je ne connaissais pas personnellement Gérard Depardieu et c’est Alain quim’en a parlé. Il joue Leplee, celui qui offrira sa première chance professionnelle à Piaf. Dès notre première rencontre, nous nous sommes tout de suite très bien entendus. Il a le même profil que Piaf, il ne fait aucune différence entre sa vie et son art. Les deux se mélangent.” Alain Goldman commente : “Nous nous sommes connus sur CHRISTOPHE COLOMB. C’est le premier acteur que j’ai signé dans ma vie de producteur. Lorsque nous revenions du tournage au Costa-Rica, il m’avait prédit que nous travaillerions vingt ans ensemble. Depuis, je lui propose de participer à chacun de mes projets, même si ce n’est que pour quelques jours. Faire un film avec lui,ce n’est pas seulement faire un film, c’est écrire une petite page de l’histoire du cinéma.”

Pascal Greggory interprète le manager de Piaf, Louis Barrier. Olivier Dahan raconte : “J’ai déjà travaillé avec Pascal. C’est lui qui m’a appelé et pour lui, j’ai entièrement réécrit le rôle. C’est le seul que j’aie modifié, sur les conseils de Ginou, qui m’a confiél’un des secrets du personnage. Louis était éperdument amoureux de Piaf et ils étaient même sortisensemble au tout début. Ce n’est mentionné dans aucune biographie. Cela teinte tout le personnageet Pascal a eu raison de me pousser.”

Le réalisateur explique : “Le rôle de Marcel Cerdan est le seul pour lequel j’ai dû faire un casting. J’avais besoin d’un comédien présentant une certaine ressemblance et pouvant boxer. Je connaissais Jean-Pierre Martins depuis longtemps mais je ne l’avais pas imaginé dans le personnage. Il fait partie d’un groupe de musique, les Silmarils, dont j’avais réalisé le premier clip il y a une douzaine d’années. Au bout de trois séances, il est devenu évident dans le rôle.”

Emmanuelle Seigner joue Titine, la prostituée qui s’attache à Edith enfant. Olivier Dahan intervient : “J’avais déjà rencontré Emmanuelle pour un autre film qui ne s’était pasfait et j’avais envie de travailler avec elle. Piaf a réellement passé son enfance dans une maison close,mais j’ai inventé le personnage de Titine à partir de données précises. J’ai pensé que les prostituées,avec leur côté maternel, devaient aimer avoir cette petite fille auprès d’elles.”

TOUS LES UNIVERS D’UN DESTIN

Olivier Dahan se souvient : “D’un point de vue financier, le film ne s’est pas monté très facilement, et Alain a dû travailler beaucoup pour réunir le budget. Un film sur Piaf ne semblait pas évident pour les éventuels partenaires. La préparation s’est donc faite en très peu de temps, trois à quatre mois. Plus que jamais, je devais fonctionner à l’intuition. Il n’y a eu ni lectures ni répétitions – d’ailleurs je ne les aime pas. Sur le plateau comme en écriture, c’est le premier jet, la spontanéité qui m’intéresse. Nous allions si vite que parfois, je découvrais le décor le matin même car l’équipe travaillait en non-stop. Dans certains cas, nous avons tourné alors que la peinture n’était pas encore sèche…”

Alain Goldman raconte : “Tous nos choix ont été artistiques. Il y avait un vrai parti pris, mais je suis heureux d’avoir tenu bon. Ma société a supporté tous les risques. Nous étions à la merci du moindre dépassement, et il y en a eu ! Mais le film était si prenant que nous nous devions de lui donner tous les moyens dont il avait besoin. Certains partenaires du début nous ont laissé tomber. Je n’ai aucune rancune mais il a fallu tenir. Le groupe TF1 nous a heureusement soutenus. Le résultat final doit être mis entièrement au crédit d’Olivier, mais je suis heureux d’avoir résisté pour lui donner les moyens.”

La MomeOlivier Dahan reprend : “Le tournage s’est étalé sur quatre mois et demi à l’hiver 2006. Nous avons essentiellement tourné à Prague en studio, mais aussi à Paris et à Los Angeles. Les scènes à New York ont été réalisées en studio. Le sujet impliquait énormément de décors d’époque. Certains – un couloir d’hôtel avec une découverte sur New York par exemple – ont été construits pour une seule scène ou même un seul plan. Les décors étaient très importants, très variés, avec une vaste évolution dans le temps – passant des charrettes à bras aux limousines. Piaf est passée du XIXe siècle rural au XXe siècle urbain. Je ne voulais pas une reconstitution, mais une immersion. La narration devait être impressionniste et non pas linéaire. Je souhaitais pouvoir entrelacer plusieurs époques. Je voulais passer d’une époque à l’autre avec des associations d’idées ou d’images, comme lorsque des souvenirs reviennent. Olivier Raoux, le chef décorateur, a fait un travail monumental. D’autre part, le travail tout en finesse et en clair obscur de Tetsuo Nagata m’a apporté une précision étonnante dans le traitement de l’image. C’était la première fois que je travaillais avec lui et j’ai été fasciné par sa maîtrise de la lumière.”

Le réalisateur poursuit : “Nous avons commencé par les scènes dans le bordel, avec la petite Manon Chevallier qui joue Edith. Plus jeune, c’est Pauline Burlet qui l’interprète. Toutes les scènes, depuis celles de l’enfance jusqu’à celles interprétées par Marion, ont la même intensité puisqu’il s’agit de la même personne, quel que soit son âge. Je dirigeais les deux petites filles dans le même esprit que Marion.” Olivier Dahan raconte : “Je me suis demandé comment aborder l’un des temps les plus forts de la vie de Piaf, l’instant maintes fois raconté où elle a appris la disparition de l’amour de sa vie, Marcel Cerdan. Il était venu la rejoindre et l’avion s’est écrasé. J’ai imaginé la scène comme un plan séquence, un résumé de sa vie en quelque sorte. Heureuse le matin, brisée le soir, mais en scène quand même. Cette scène a été tournée dans un décor conçu exprès, elle a été répétée et chorégraphiée.”

Au sujet de la musique, le réalisateur explique : “J’ai choisi les chansons du film guidé par mes envies et mon ressenti. Les plus connues étaient incontournables. J’avais aussi envie d’entendre Piaf chanter en anglais, pour la sortir de l’image d’icône française. En tant qu’artiste, elle n’appartient à personne en particulier, mais à tous ceux qui l’écoutent. L’idéal de tout artiste est de parvenir à l’universel.” Olivier Dahan ajoute : “La réalisation de ce film a demandé environ trois ans, Beaucoup de choses se sont passées. Tout le monde s’est vraiment investi, non pas pour faire un film en soi, qui plaise et marche, mais pour faire un film ensemble, avec l’ambition qu’il soit à la hauteur du personnage dont il raconte la vie, et de nos aspirations. Il me reste le souvenir des soirées passées avec mes amis de l’équipe dans l’appartement que j’avais à Prague. Par contre, je garde rarement des souvenirs de plateau.”

La MomeAlain Goldman commente : “Si tout est bien préparé et si tout se passe bien, un producteur ne sert à rien sur un tournage. Là, je venais pour le plaisir de voir travailler Olivier, Marion, cette équipe et Gérard Depardieu que je pourrais presque considérer comme un grand frère. Nous allions tous dans le même sens, inspirés par Piaf et Olivier. En voyant le film achevé, on n’a pas l’impression de voir défiler une vie illustrée d’Edith Piaf mais étrangement, on a le sentiment de l’avoir connue personnellement. C’est certainement le film le plus émouvant que j’aie produit.”

Olivier Dahan confie : “Ce film est certainement celui qui touche au plus près de ce que je suis. Pour moi, l’histoire est toujours un prétexte, une façon de communiquer des sentiments que je ne peux exprimer que par des images et des sons. Je viens d’une école d’art, pas d’une école de cinéma. J’essaie d’avoir une démarche de peintre, non pas au point de vue pictural, mais dans le processus créatif. Au fil des années, j’essaie d’épurer, de m’améliorer en puisant au plus profond de moi. En fait, tout en passant avec respect par le personnage de Piaf, ce film est très autobiographique. Si un film racontait ma propre vie au premier degré, il ne me serait pas plus proche que celui-ci. Tout indique qu’Edith Piaf avait une foi. Pour ma part, je la cherche mais je ne l’ai pas. Il me manque cette espèce de voix intérieure qui me guiderait. A moins que ce ne soit l’intuition…”

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Ciné Blog. Passionné de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai créé en 2005 le site Fan de Cinéma. J'aime le cinéma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en général plutôt bon public et je ne m'attache pas tant à la facture des films qu'a l'histoire qui m'est contée. En dehors de ma passion pour le cinéma, je dirige une petite Web Agency.


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