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Au nom de la liberté, au cinéma le 28 Février

L’HISTOIRE

Au nom de la libertéAu début des années 80, alors que le monde s’élève contre l’Apartheid, Patrick Chamusso est contremaître à la raffinerie de pétrole de Secunda. Pendant son temps libre, il entraîne une équipe de football locale. Se conformant scrupuleusement aux limites imposées aux Noirs par le régime, Patrick ne fait pas de politique.

De son côté, Nic Vos est colonel dans la police chargée de la sécurité. Perspicace et charismatique, il s’évertue à maintenir un ordre de plus en plus menacé par les agissements de l’African National Congress, une organisation militante hors la loi qui cherche à unir les Noirs contre l’Apartheid. Vos est préoccupé par la sécurité de sa famille et de ses deux filles. Lui et les siens vivent dans un monde bien différent de celui des Chamusso… Jusqu’à ce que Patrick, bien qu’innocent, soit suspecté du sabotage de la raffinerie et arrêté en juin 1980.

Son alibi est compromis, et Patrick cherche désespérément à protéger sa femme, Precious. Mais il est mal préparé aux interrogatoires brutaux des hommes de Vos. Celui-ci s’immisce de plus en plus dans la vie des Chamusso, et Precious est à son tour jetée en prison et torturée. Tous deux sont relâchés rapidement, mais Patrick est désormais un autre homme. Sa vision des choses et de lui-même a irrémédiablement changé, et il quitte sa famille pour rejoindre l’ANC. Devenu un rebelle et un combattant politique, Patrick se radicalise au nom de son peuple et de son pays. Il met au point une attaque d’ampleur contre la raffinerie, dans laquelle il n’hésite pas à risquer sa propre vie. Le changement doit avoir lieu, et il aura lieu, pour Patrick, sa famille, et pour toute l’Afrique du Sud…

REPERES HISTORIQUES

L’Apartheid a pris fin en Afrique du Sud il y a quinze ans, mais les racines de ce système remontent à plusieurs siècles. L’Afrique du Sud était à l’origine le foyer des San, un peuple vivant de chasse et de cueillette qui avait migré à travers tout le territoire pour suivre le gibier. Des éléments archéologiques font remonter leurs ancêtres à 10 000 ans. Au XIIe siècle, le pays est peuplé par les Bochimans, les Namas ou Hottentots, puis au XVIe siècle, par les Bantous (Xhosa, Zoulous, Sotho). Les Bantous ont migré vers le sud depuis l’Afrique centrale, apportant avec eux leur savoir-faire : travail du fer, élevage de bétail, agriculture. Au milieu du XVIIe siècle, il existe de grandes tribus réparties dans toute l’Afrique du Sud, possédant des langues et des cultures différentes.

C’est à cette époque, en 1652, qu’arrivent les premiers colons blancs, lorsque les navires de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales établissent une escale au Cap de Bonne- Espérance : les Hollandais fondent Le Cap. Des vagues d’immigrants venus de Hollande, de France, d’Allemagne et d’Angleterre arrivent durant les deux siècles suivants.

Au nom de la libertéEn 1814, avec le traité de Paris, la colonie hollandaise du Cap passe sous administration britannique – un fait qui provoque le ressentiment des Afrikaners, les descendants des colons hollandais d’origine (Boers). Ceux-ci sont devenus un peuple distinct avec sa propre langue et sa religion. Farouchement indépendants et très pieux, ils s’élèvent contre les Britanniques qui souhaitent mettre fin à l’esclavage. Celui-ci est pourtant aboli en 1833. Cela mécontente les Afrikaners,qui migrent vers l’est et le nord en 1834 pour se libérer de la domination britannique (Grand Trek). Ce voyage renforce les confl its entre eux et les Britanniques. Les Afrikaners créent deux républiques indépendantes, Transvaal et Orange. La tribu noire Xhosa s’oppose à la pénétration européenne, ce qui engendre les neuf guerres « cafres », de 1779 à 1877. L’une des batailles décisives des Afrikaners est l’affrontement avec l’armée des Zoulous, à Bloodriver en 1838. Cette impressionnante victoire – aucun Afrikaner n’a perdu la vie alors qu’il y a eu plus de 3000 morts chez les Zoulous – contribue à la croyance des Afrikaners : ils ont été choisis par Dieu pour civiliser «les races barbares». En 1902, la guerre des Boers commencée en 1899 s’achève par la laborieuse victoire des Britanniques sur le Transvaal et l’Orange, qui sont annexées. En 1910, les quatre provinces d’Afrique du Sud (Etats du Cap, Natal, Orange et Transvaal) fusionnent en une seule entité nationale, l’Union sud-africaine. Des millions de Noirs sont placés sous la loi des Blancs. La préoccupation principale du gouvernement devient immédiatement de traiter «le problème des populations natives». En 1913, les premières lois de ségrégation raciale affectent les Métis, les Indiens et surtout les Noirs, très majoritaires mais exclus de la conduite des affaires. Le Natives Land Act en 1913 réserve 87 % de la terre pour les Blancs, dépossédant des millions de Noirs de leurs maisons et de leurs fermes. La réaction noire à cette spoliation constituera la dynamique politique dominante dans le pays pendant les 80 années suivantes.

L’identité des Afrikaners a longtemps été caractérisée par l’esprit pionnier de ceux qui avaient fait le Grand Trek et de leurs descendants, principalement des fermiers, qui avaient été brutalisés et oppressés par les Britanniques durant la guerre des Boers. Au milieu du XXe siècle, cette identité se durcit, se transformant en conviction que leur survie dépend de leur indépendance et de leur isolement. Elle s’exprime sous la forme d’un nationalisme centré sur eux-mêmes, profondément conservateur et défensif. Cette attitude repose sur une peur : leur survie en Afrique du Sud sera toujours précaire, parce que les Noirs sont tellement plus nombreux que les Blancs…

Au nom de la libertéGrâce à une campagne qui exploite la peur blanche de la «swart gevaar» (la «menace noire»), l’Afrikaner National Party s’empare du pouvoir en 1948. Le programme de ce parti de droite consolide et développe de façon importante la ségrégation raciale déjà en place et l’érige en un système idéologique et légal qui régule chacun des aspects de la vie sud-africaine, de la naissance à la mort, selon la race. Ce système est connu sous le nom d’Apartheid. L’objectif est de protéger la race Afrikaner du métissage, d’ancrer le pouvoir des Blancs et d’obliger les Noirs au travail salarié. Le résultat direct est le déplacement par la force de centaines de communautés noires et leur évacuation vers des zones rurales de plus en plus pauvres. Les Noirs sont sous la contrainte des Pass Laws, qui les obligent à se munir d’un document qui doit être montré à la demande sous peine d’emprisonnement et qui permet aux autorités de limiter encore davantage leur liberté.

La résistance noire contre l’Apartheid est forte, et culmine le 21 mars 1960 à Sharpeville, une petite commune au sud de Johannesbourg. La police tire sur les manifestants qui protestent contre les Pass Laws, tuant 69 personnes et en blessant 180 – aucun des manifestants n’était armé et on leur a tiré dans le dos. En réponse au tollé qui s’ensuit, le gouvernement impose un état d’urgence. L’African National Congress (ANC) et d’autres organisations politiques de gauche sont interdites. En quelques années, la majorité des leaders noirs sont soit exilés soit en prison, notamment l’activiste anti-Apartheid Nelson Mandela. Les Nations Unies déclarent l’Apartheid crime contre l’humanité.

Les nouvelles générations se radicalisent lorsque les protestations étudiantes à Soweto en 1976 finissent elles aussi dans le sang. Beaucoup de jeunes rejoignent alors la branche militaire de l’ANC.

Dans les années 80, l’Afrique du Sud est en état de guerre civile virtuelle. L’armée occupe les «townships». Les émeutes anti-Apartheid font de nombreuses victimes : toute manifestation est réprimée avec violence, entraînant des milliers de morts. L’instauration de l’état d’urgence et la violence de la répression sont condamnées par plusieurs pays occidentaux, qui prennent des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud. Le pays est presque coupé du reste du monde. L’Afrique du Sud est radiée de toutes les manifestations sportives internationales. Ses biens de consommation sont boycottés, et des retraits internationaux et des sanctions pétrolières détruisent l’économie. Chaque jour, les témoignages des atrocités commises nourrissent la pression internationale. Le Président Frederik De Klerk, au pouvoir depuis 1989, finit par se plier à l’inévitable. En février 1990, il met en oeuvre une politique d’ouverture vers la majorité noire, avec la légalisation des organisations anti-Apartheid, la libération de Nelson Mandela après 27 ans d’emprisonnement, la mise en place de négociations directes avec l’ANC et l’abolition de la ségrégation raciale dans les lieux publics. Les exilés sont autorisés à rentrer chez eux. L’état d’urgence est levé. En 1991, les trois dernières lois régissant l’Apartheid sont abolies. En novembre 1993, au terme de négociations difficiles engagées en 1990, une Constitution intérimaire est adoptée, sous l’impulsion de De Klerk et de Mandela, malgré l’opposition des extrémistes noirs et blancs. En avril 1994, les premières élections multiraciales sont largement remportées par l’ANC, et Nelson Mandela est élu à la tête de l’État. C’est la fin du règne des Afrikaners.

Au nom de la libertéL’ANC ET SA BRANCHE MILITAIRE

En 1912, en réaction aux lois de plus en plus répressives du gouvernement sud-africain qui privent les Noirs de leurs droits, de leurs terres et de leurs libertés, un rassemblement de groupes tribaux, politiques et religieux se constitue : l’African National Congress (ANC) est né. L’organisation est radicalisée en 1949 par sa Youth League, dirigée par Nelson Mandela et Walter Sisulu. En juin 1952, ils lancent la Defiance Campaign, une campagne non-violentede désobéissance civile contre l’Apartheid. Le gouvernement, contrôlé à présent par l’Afrikaner National Party, un parti de droite, répond par des arrestations en masse. En réaction, les adhésions à l’ANC grimpent en flèche. En 1961, après le massacre de Sharpeville et l’état d’urgence brutal qui a suivi, l’ANC abandonne sa politique de résistance pacifique pour une lutte armée, et fonde son aile militaire, le MK (Mkhonto we Sizwe, la «lance de la nation»). Mandela en est nommé commandant en chef. Après une campagne de sabotage contre les installations gouvernementales, Mandela est arrêté en 1962. Avec d’autres leaders de l’ANC, il est condamné à la prison à vie et envoyé à Robben Island. En Afrique du Sud, l’ANC est, pour le moment, vaincu.

Le mouvement continue cependant à vivre grâce aux exilés et aux activistes qui mettent en place une campagne internationale visant à isoler politiquement l’Afrique du Sud, et également une campagne militaire secrète à l’intérieur des frontières sud-africaines. En 1978, après un voyage au Vietnam, le chef des ressources humaines du MK, Joe Slovo, met en place les Special Ops, une unité dédiée à la propagande armée. Les Special Ops organisent de spectaculaires actes de sabotage, avec pour double objectif de démoraliser le pouvoir blanc et de renforcer le prestige de l’ANC chez les Noirs.

Les membres des équipes opérationnelles d’élite de Slovo sont basés à Maputo, capitale du Mozambique. Les Special Ops visent les raffineries de pétrole possédées par le gouvernement, car elles permettent au pays de survivre aux sanctions pétrolières imposées par les Nations Unies et sont des symboles de l’intransigeance du Parti National.

Après plusieurs tentatives, le membre des Special Ops Motso «Obadi» Mokgabudi commandite une opération qui réussit à faire sauter plusieurs installations pétrolières dans la nuit du 31 mai 1980 – le Jour de la République. Il n’y a aucun mort, mais l’une des cibles touchées est une grosse raffinerie à Secunda, une ville du nord-est du pays. Les explosions et les feux qu’elles ont entraînés sont un coup de propagande majeur pour le MK, et constituent l’acte de sabotage le plus efficace de toute son histoire. En représailles, les forces de sécurité sud-africaines effectuent un raid illégal de l’autre côté de la frontière contre des membres de l’ANC vivant à Matola, une banlieue de Maputo. Douze membres de l’ANC sont tués, dont Obadi. Les campagnes du MK ont continué, avec une férocité accrue, pendant les dix années suivantes. Le MK a été officiellement dissout en août 1990 après que l’interdiction de l’ANC a été levée. Nombre des soldats du MK font à présent partie de la South African National Defence Force, qui comprend l’armée de terre, la marine, l’armée de l’air et les services médicaux du pays.

NOTES DE PRODUCTION

Au nom de la libertéMême si l’Apartheid a pris fin en Afrique du Sud il y a quinze ans, certaines histoires essentielles n’ont pas encore été racontées. Celle de Patrick Chamusso en fait partie. AU NOM DE LA LIBERTÉ retrace le parcours de cet homme vers la liberté, durant l’une des périodes les plus troubles du pays, au début des années 80.

Phillip Noyce, le réalisateur de ce thriller politique, explique : «Patrick Chamusso est un homme remarquable, une source d’inspiration pour nous tous. Il est allé au-delà du drame, au-delà de la haine pour apprendre à pardonner.» Cette histoire vraie plonge ses racines dans l’histoire de l’Afrique du Sud, et dans le parcours personnel des cinéastes. C’est en effet Joe Slovo, le père de la scénariste Shawn Slovo, qui lui a donné l’idée d’écrire ce film il y a plus de vingt ans. Joe Slovo avait été le chef de la branche militaire de l’African National Congress, le MK, et il a été ensuite membre du cabinet du premier gouvernement de Nelson Mandela après l’Apartheid. Joe Slovo a dit à sa fille que si elle voulait écrire une histoire sur la lutte armée de l’ANC contre l’Apartheid, elle devrait raconter le parcours de l’un de ses héros les plus discrets, Patrick Chamusso. Fin 1991, lorsque Chamusso a été libéré dans le cadre de l’amnistie accordée à tous les prisonniers politiques, Joe a mis Shawn en contact avec lui. Deux semaines après sa libération, elle a passé plusieurs jours à ses côtés afin qu’il lui raconte son histoire. Ces conversations ont constitué la base de AU NOM DE LA LIBERTÉ.

Shawn Slovo raconte : «Patrick est quelqu’un à qui les spectateurs du monde entier peuvent s’identifier. Ce n’est pas un héros typique de la lutte anti-Apartheid, il n’avait aucun engagement, aucun passé politique avant de rejoindre l’ANC. C’était un homme ordinaire qui aimait sa famille, avait un bon travail, et se passionnait pour le football. Mais lorsque les choses ont mal tourné, au lieu de laisser faire, il a décidé de réagir. C’est cela qui, pour moi, en fait véritablement un héros.» «Quand je l’ai rencontré, j’en suis sortie bouleversée, mais à l’époque je ne sentais pas l’axe selon lequel raconter l’histoire. Les choses n’étaient pas encore en place. J’ai donc mis les cassettes de côté et attendu.»

Au nom de la libertéShawn Slovo a alors proposé l’idée du film à Working Title, qui avait déjà porté à l’écran son premier scénario, UN MONDE À PART, une histoire autobiographique se déroulant en Afrique du Sud. Tim Bevan, producteur de AU NOM DE LA LIBERTÉ et coprésident de Working Title, explique : «J’ai toujours été convaincu que Shawn est encore meilleure quand elle écrit sur des sujets personnels. Lorsqu’elle nous a parlé de l’histoire de Patrick Chamusso, nous avons tout de suite été partants. Cette histoire était universelle dans ses émotions et son humanité. C’est un film dont nous sommes fiers.» Robyn Slovo, la soeur de Shawn, a rejoint le projet comme productrice. Les deux soeurs ont travaillé ensemble sur la phase de développement. Robyn commente : «L’histoire de Patrick Chamusso est profondément émouvante. Elle parle de la bravoure d’un homme simple, mais c’est aussi une histoire qui est très liée à mon père. Shawn et moi avions le sentiment que nous pouvions apporter notre contribution en racontant une partie de l’histoire de l’Afrique du Sud.» L’histoire de la famille Slovo est étroitement liée à celle de l’Afrique du Sud. Dans les années 60, plusieurs membres de la famille ont été emprisonnés pour leurs actes anti-Apartheid, et la famille a dû fuir le pays. Ruth First, la femme de Joe et la mère de Shawn et de Robyn, a été assassinée en 1980 par le régime de l’Apartheid en ouvrant une lettre piégée.

Mirage Enterprises a rejoint la production après avoir lu une des premières versions du scénario. Anthony Minghella et Sydney Pollack ont signé pour respectivement produire et assurer la production exécutive du film. Shawn a continué à affiner le scénario, et en 2004 Mirage l’a envoyé à Phillip Noyce.

L’histoire de Patrick Chamusso a tout de suite trouvé un écho en lui. Il observe : «Le scénario de Shawn Slovo possédait tous les ingrédients que l’on aime au cinéma : une histoire d’amour, une histoire de guerre, une histoire d’aventure, le tout avec des thèmes d’actualité.» Tim Bevan souligne : «Phillip Noyce est un cinéaste d’une intelligence brillante qui a fait aussi bien des petits films d’art et d’essai que des superproductions hollywoodiennes. AU NOM DE LA LIBERTÉ devait être confié à quelqu’un qui maîtrise les deux aspects parce qu’il fallait à la fois émouvoir le public et réussir l’aspect thriller.» Pour Phillip Noyce, «le plus difficile a été, étant un Australien blanc, de m’attaquer à une histoire sud-africaine qui traite d’autant d’éléments ayant une signification historique pour ce pays.»

Au nom de la liberté«L’histoire porte autant sur Patrick Chamusso que sur Joe Slovo et ses valeurs, et sur sa femme et ce au nom de quoi elle est morte. Shawn s’est profondément investie dans cette histoire. Ce film, ainsi que UN MONDE À PART, est son hommage à ses parents et à son pays – J’étais très conscient de ce poids, et de l’engagement que j’avais envers Shawn et Robyn et leur famille.»

Phillip Noyce a sillonné le pays avec Robyn et Shawn, interviewant le plus possible des gens qui avaient été liés à l’histoire de Chamusso. Ils ont visité les lieux réels où se sont déroulés les événements de AU NOM DE LA LIBERTÉ : la raffinerie de Secunda, la propriété de l’ANC à Maputo… Ils ont aussi retracé le parcours de Chamusso hors d’Afrique du Sud jusqu’en Angola, puis son retour jusqu’à son emprisonnement sur Robben Island.

La première rencontre de Phillip Noyce avec Patrick Chamusso a eu un profond impact sur le réalisateur, qui a ensuite demandé à Shawn d’intégrer davantage d’éléments réels à son scénario. Elle raconte : «J’avais «fictionnalisé» certaines parties, parce qu’aussi bonne soit une histoire, aussi réelle soit-elle, il y a des choses qui ne fonctionnent pas forcément pour un film. Mais lorsque Phillip a rencontré Patrick, il a voulu intégrer encore plus de vérité. Il disait : «Si c’est arrivé, il faut que ce soit dans le scénario.»

Noyce précise : «Je voulais que Patrick me raconte l’histoire de sa vie depuis le début, ses souvenirs complets depuis sa naissance jusqu’à l’heure actuelle. Il s’est assis devant une caméra et un micro, et pendant deux jours, il a parlé, et parlé encore…»

«Je voulais savoir ce qui l’avait poussé à quitter une vie relativement confortable, à passer la frontière pour aller au Mozambique et devenir un soldat de l’ANC. Pourquoi il avait senti qu’il lui fallait prendre les armes, riposter et se battre contre le régime de l’Apartheid. Ce que c’était de s’entraîner à devenir un soldat en Angola. Comment il s’était introduit dans la raffinerie de Secunda. Ce qui lui était arrivé quand il était en prison à Robben Island… Il fallait que je sache tout.»

Au nom de la liberté

LES ACTEURS ET LEURS PERSONNAGES

Pour le rôle de Patrick Chamusso, la productrice a organisé un casting mondial et a rencontré des acteurs de nombreux pays. Au final, seuls six acteurs ont été sélectionnés et sont venus pour trois jours d’essais à Los Angeles. Au bout de ces trois jours, il était clair que Derek Luke était le meilleur acteur pour incarner ce héros tout à fait réel. Phillip Noyce commente : «Derek apporte une grande richesse d’émotions à son portrait de Patrick et révèle toute son humanité. En tant qu’acteur, il offre une profonde dignité à ce rôle. C’était vital pour le film.»

Au nom de la libertéDerek Luke explique : «Je voulais que dans les salles, les gens se sentent liés à Patrick parce que c’est ce qui m’est arrivé quand j’ai lu le scénario. Cet homme mène une existence ordinaire, il commet des erreurs, et il essaie de continuer quand même. Quand il est placé face à l’adversité, on lui force la main, et en tant qu’homme, quand vous ne pouvez pas défendre votre famille, vous vous sentez vulnérable. Patrick a trouvé la force de réagir.»

Pour aider Derek Luke, qui est afro-américain, à devenir un héros sud-africain, Phillip Noyce l’a emmené en Afrique du Sud six semaines avant le début du tournage. Il s’est rendu au nord de Johannesbourg, près du parc national Kruger, pour rencontrer Patrick Chamusso, qui vit aujourd’hui dans une vallée avec son épouse et les 80 orphelins qu’ils ont adoptés. Phillip Noyce raconte : «C’était fantastique de voir Patrick et Derek ensemble. Patrick faisait tout son possible pour transmettre ce qu’il est à Derek, qui de son côté était passionné et se consacrait totalement à l’assimilation de l’essence même de cet homme.»

Derek Luke avait déjà joué un personnage réel avec son premier grand film, ANTWONE FISHER. Il confie : «C’est une énorme responsabilité parce que vous voulez honorer la personne que vous incarnez. Lorsque j’ai rencontré Patrick, cela a rendu l’histoire encore plus réelle pour moi. Ce qui m’a touché le plus, c’est sa capacité à pardonner, et à se libérer de son passé.»

Au nom de la libertéPhillip Noyce commente : «Je ne crois pas que Derek avait vraiment ressenti ce que c’était d’être Noir en Afrique du Sud dans les années 80 avant que je l’emmène au Cap, à Robben Island. Cet endroit est tristement célèbre, c’est là que Mandela a été incarcéré pendant plus de vingt ans, et que Patrick a passé dix ans comme prisonnier politique. Derek est allé dans les cellules d’isolement où les leaders de l’ANC ont été emprisonnés, puis il a parcouru le couloir jusqu’à une cellule précise, ce petit cube où Mandela a été enfermé tellement d’années… Derek y a passé un temps très long, et il s’est étendu à l’endroit où Mandela a dormi.»

«Je crois que c’est à ce moment qu’il a fait le lien émotionnel, qu’il a senti le poids et a compris les milliers de prisonniers politiques qui avaient vécu dans ce lieu. Il a aussi pris conscience de la sagesse d’un homme comme Nelson Mandela qui, dans cette cellule même, a en partie mûri le miracle qu’est l’Afrique du Sud d’aujourd’hui.» Pour jouer le personnage du colonel Nic Vos, Phillip Noyce a choisi Tim Robbins. Il explique : «Tim est non seulement un interprète hors du commun, mais il ressemble physiquement à un Africain du Sud blanc : il est grand, avec le physique d’un blond. Ceci dit, j’avais aussi le sentiment que Tim saurait aller au-delà du stéréotype du méchant raciste blanc sud-africain. Tim fait passer cette notion que n’importe lequel d’entre nous aurait pu se comporter exactement comme Vos, et il nous conduit peut-être même à s’identifier à lui.»

Shawn Slovo précise : «Nic n’a rien du cliché du flic de l’Apartheid corrompu. C’est un homme intelligent qui est réellement convaincu que si l’ANC prend le pouvoir, son pays sera détruit. Il lutte pour protéger ce qui est précieux à ses yeux : sa famille, la loi et l’ordre. En même temps, il est suffisamment fin pour sentir qu’il est du côté des perdants. Cela introduit une magnifique contradiction au coeur de son personnage.» Tim Robbins observe : «A travers la relation entre ces deux hommes, un Sud-Africain noir et un Afrikaner, se dessine un portrait du pays à cette époque-là, et on approche les deux points de vue. C’est une histoire bouleversante sur ce que provoque un changement radical de vie et sur le fait de se battre pour ce en quoi l’on croit.»

Au nom de la libertéComme Derek Luke, Tim Robbins a mené des recherches considérables et a préparé son personnage pendant des semaines, travaillant aussi son accent et répétant face à Derek Luke. Il explique : «Une part de ma démarche d’approche a été de mieux comprendre l’ère de l’Apartheid, de passer par-dessus mes idées préconçues. Lorsque j’ai commencé à passer du temps là-bas, je me suis rendu compte que les choses étaient bien plus complexes que ce que je croyais – ce qui ne les rendait pas plus justifiables pour autant. Pour aider Tim Robbins à cerner son personnage, Robyn Slovo a fait appel à un ancien policier de la Security Branch des années 80, Hentie Botha. Tim Robbins a passé plusieurs jours à s’entretenir avec Botha, et ils se sont rendus tous les deux à Vlakplaas, le centre d’interrogation utilisé par la Security Branch pour contraindre les Sud-Africains à devenir des traîtres (Askaris).»

Le troisième rôle principal, celui de Precious Chamusso, a conduit les cinéastes à une recherche en Afrique du Sud, au Royaume-Uni et en Amérique. Phillip Noyce effectuait un voyage de recherche au Cap lorsque quelqu’un lui parla d’une jeune actrice sud-africaine pour le rôle. Il raconte : «Lorsque j’ai vu pour la première fois Bonnie Henna, j’ai été immédiatement frappé par son humanité, et aussi par sa présence à l’écran. Ses essais caméra ont été fabuleux.» Bonnie Henna confie : «Pendant longtemps, je me suis tenue à distance de ce qui s’est passé ici autrefois. J’ai vu ce film comme une bénédiction, le moyen de retrouver émotionnellement et spirituellement le passé de mon pays.»

 

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Ciné Blog. Passionné de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai créé en 2005 le site Fan de Cinéma. J'aime le cinéma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en général plutôt bon public et je ne m'attache pas tant à la facture des films qu'a l'histoire qui m'est contée. En dehors de ma passion pour le cinéma, je dirige une petite Web Agency.


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