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Truands, de Frédéric Schoendoerffer

ENTRETIEN AVEC FRÉDÉRIC SCHOENDOERFFER

Frédéric Schoendoerffer

Frédéric Schoendoerffer

Une des forces de ce film est de nous plonger au plus près du quotidien des caïds du grand banditisme. On est captivé par ce côté «documentaire». Quelles recherches avez-vous entreprises pour parvenir à un tel réalisme ?

Nous commençons toujours par un long travail d’investigation. Avec Yann Brion, mon co-scénariste, on s’est plongé dans tout ce qui existe sur le grand banditisme. Cela va de la lecture tous les matins du Parisien où vous avez deux pages de faits divers passionnants, en passant par les mémoires d’anciens voyous, ou des anciens fl ics qui les ont traqués. J’ai fait certaines rencontres aussi… Mon ambition était de faire «Microcosmos chez les voyous» pour permettre au spectateur d’approcher au plus près ce monde impénétrable, secret, dangereux. J’ai voulu développer une «intrigue shakespearienne» en la situant dans ce milieu avec la plus grande véracité. Dans cette histoire d’un chef de bande du grand banditisme à Paris trahi par le type en qui il avait le plus confi ance, je pourrais dire, bien humblement, que Caubère tient le rôle de Jules César, et Magimel celui de Brutus !

Les truands ne doivent pas se laisser approcher facilement.

Les quelques voyous que j’ai pu approcher, de plus ou moins près d’ailleurs, dégagent un truc très particulier. Quand on dîne avec le diable, il faut avoir une longue cuillère… Ils fonctionnent à l’instinct, ils sentent tout. J’ai rencontré un truand avec un ami policier qui m’a fait passer pour un de ses adjoints. Le lendemain, le type l’appelait pour lui dire, «tu es en train de m’entuber, c’était pas un fl ic !» Mon ami a été obligé d’avouer que j’étais dans le cinéma. Heureusement, comme la plupart des voyous, le type adorait le cinéma. Ce sont quand même des gens très dangereux.

SCÈNES DE CRIMES exposait la violence perverse d’un serial killer. AGENTS SECRETS montrait une violence d’État sans état d’âme. TRUANDS reflète les moeurs barbares de truands sans foi ni loi. Qu’est-ce qui vous intéresse dans toutes ces manifestations de la violence ?

Dans SCÈNES DE CRIMES, je parlais de flics au bord du précipice, mais qui, pour se raccrocher à la vie, ont la loi de leur côté pour servir un État. Les protagonistes d’AGENTS SECRETS étaient eux aussi au bord du gouffre, ils flirtent avec l’interdit, donc ils sont hors la loi, mais toujours au service d’un État. Avec TRUANDS, l’intérêt est de pénétrer un monde où il n’y a plus ni loi, ni État. On est au coeur du chaos… Et c’est intéressant de décrire le chaos !

Benoit Magimel

Benoit Magimel

Faut-il voir dans votre film le reflet d’une période de violence extrême qui fascine autant qu’elle inquiète ?

Le film peut être vu comme un divertissement, un film de gangsters avec tous ses ingrédients, plus ou moins épicés selon les goûts. Il peut aussi être vu d’une manière plus politique, sous l’angle d’une métaphore, d’un constat sur l’évolution des rapports humains. C’est assez triste à observer, et c’est aussi pour cette raison qu’il me semblait intéressant d’en parler. Il suffi t de regarder le spectacle que donnent les politiques, ils se tirent dans les pattes d’une manière invraisemblable. Sans parler du monde des affaires ! Les truands sont le produit de la société. Finalement, on a les voyous qu’on mérite ! On vit dans une société où il n’y a plus de valeurs, plus d’amitié. Les gens se trahissent les uns les autres. Ils sont pris dans une obsession égocentrique, il faut faire de l’argent, parvenir à une forme de notoriété ou de pouvoir, par tous les moyens. J’ai pensé que le milieu des voyous serait plus croustillant pour illustrer cet état des lieux.

Si ce milieu du grand banditisme peut être attractif, vous ne cherchez pas pour autant à en faire l’apologie.

Ce point de vue moral m’a animé pendant toute l’écriture et la réalisation. En sortant de la salle, je ne pense pas que le spectateur, quel que soit le plaisir ou non qu’il a pris à ce film de genre ait envie de faire partie du monde des voyous. La violence montrée dans le film n’est pas une violence chorégraphiée, ni esthétique. C’est une violence laide. Je pense qu’il est important de redire des choses aussi simples que cela : quand on met une balle dans la tête de quelqu’un, c’est dégueulasse. Il faut arrêter de faire croire que la mort est belle lorsqu’elle est donnée par l’homme.

Dans chacun de vos films vous montrez qu’il y a toujours un prix à payer.

Une bande dure à peu près dix ou douze ans. Après, une autre bande prend le pouvoir, c’est vraiment comme dans la chaîne alimentaire. Les voyous le savent. L’histoire du voyou qui achève sa vie heureux à la campagne, est un mythe. Ce métier finit toujours très mal. L’addition leur est quand même présentée à un moment donné, il ne faut pas oublier ça.

La police est pratiquement absente du film.

Le grand banditisme en France concerne 400 personnes. On arrête combien de caïds par an ? Très peu. Les truands se flinguent entre eux. Pendant que je montais le film, au mois de janvier à Marseille, une bande s’est fait décimer par une autre bande. En regardant les photos dans les journaux, j’avais l’impression de voir des images de mon film ! En France, la voyoucratie opère par bandes, sur le modèle de notre conception clanique gauloise ! Elle ne repose pas sur une organisation pyramidale comparable à celle des triades en Asie, ou au système très hiérarchisé de la Mafia en Italie et aux États-Unis. Cette spécificité m’a permis de m’affranchir des codes américains ou asiatiques. Il était important pour moi de montrer comment tout cela se passe chez nous, les différents milieux, le gang des Maghrébins, des Gitans, etc. Toutes ces bandes qui cohabitent tant bien que mal pour se partager le butin.

Olivier Marchal

Olivier Marchal

En se tuant les uns les autres pour imposer leur pouvoir. On découvre une nouvelle génération de truands sans aucun scrupule, jamais de pardon…

Oui, le milieu a changé, les «codes de l’honneur» sont bafoués à l’image de notre société qui s’est dégradée avec les désillusions. Ces types sont totalement irresponsables, complètement barrés, hors limites. La violence est leur langage, leur moyen de survie pour garder le pouvoir. On retrouve là des hommes primaires dans leurs manières de dialoguer avec le monde et les autres. Corti torture le Chinois parce qu’il considère qu’il l’a baisé, alors la sanction est horrible, immédiate, et sans avertissement.

Aujourd’hui les voyous sont multicartes.

Oui, leur truc, c’est la flexibilité. C’est très simple, ils vont là où est l’argent. Et ils s’adaptent très vite. D’une certaine manière, leur système est une leçon de mobilité sociale ! C’est intéressant d’observer qu’à un moment donné, ces types sont capables de lâcher une affaire pour en prendre une autre, même s’ils ne connaissent pas le business. L’important, c’est le profit. À présent, comme on le voit dans le film, ça va jusqu’au trafic d’uranium.

Le film s’attache à deux hommes au comportement et au caractère opposés. Claude Corti, une sorte de «parrain», un fauve entouré de sa meute, et Franck, un tueur à gages, un loup solitaire.

Corti, c’est la figure du chef un peu dépassé par l’évolution du marché imposée par la nouvelle génération qui monte. Ce psychopathe extrêmement agressif et un peu largué se fait voler le pouvoir par une bande de mecs plus jeunes qui déciment sa bande. Cela me fait penser à ces sociétés rachetées par des diplômés d’Oxford qui, en arrivant au pouvoir, licencient 200 personnes pour alléger le groupe et augmenter les profits. Là encore, il y a un parallèle entre le monde des voyous et celui de grosses entreprises dont la seule préoccupation est de faire du profi t à tout prix. D’une manière plus policée, eux aussi inventent leurs propres règles.

Corti est un truand tout terrain, il contrôle la drogue, les boîtes, les filles, la boxe, les faux billets, les cartes grises…

C’est l’argent pour l’argent. Il lui en faut toujours plus. Ce genre de caïd ne veut pas faire de l’argent pour réaliser un projet précis. En Colombie, un trafiquant de drogue avait amassé tellement d’argent liquide qu’il avait vidé sa piscine pour la remplir à ras bord de liasses de billets. Ce type ne savait plus quoi faire de son fric, mais il continuait à développer son business !

Philippe Caubère

Philippe Caubère

Corti veut tout contrôler, même le sexe de son futur enfant !

C’était important d’aller dans la vie privée du personnage, et de découvrir finalement qu’il est confronté à des préoccupations simplement humaines. Ces types ne sont pas des extraterrestres. Voilà aussi ce qui m’intéresse, parler de la condition humaine dans un de ses versants les plus laids.

Corti a encore des vieux restes des truands de l’ancienne école. Il donne par exemple des enveloppes aux veuves de ses gardes du corps…

Absolument. Il fait partie d’une ancienne génération qui est en train de disparaître. Corti se lie avec les «Cousins» Maghrébins par fidélité au père d’Hicham. Mais plus il est doublé, plus il devient dangereux, car il doit affronter une nouvelle génération de voyous de plus en plus violents.

Si le personnage de Corti est montré avec son côté grande gueule, sa bande, ses putes, ses magouilles, le personnage de Franck est plus mystérieux.

Dans ce genre de film, Franck est la figure classique du tueur à gages, le professionnel chargé d’exécuter des contrats sans laisser de traces. C’est un loup solitaire, toujours à la périphérie de la meute. Vraisemblablement, le plus intelligent de tous, il fait ses affaires en solo, en se servant des uns contre les autres. D’ailleurs, hormis ceux qui ont «provisoirement» pris le pouvoir, Franck est le seul à s’en sortir. J’avais envie de montrer au sein de ce chaos où le pouvoir change de mains, un archétype du tueur solitaire qui traverse l’histoire avec une sorte de mélancolie, puis s’en va. On comprend, par de petits signes, que cet homme est sur le départ. Le film s’ouvre sur l’image floue de Benoît Magimel qui s’approche au ralenti vers nous dans la nuit jusqu’à ce que l’on découvre son visage avec une lassitude dans son regard. On le voit plus tard regarder un avion décoller. Et le film finit sur le même visage de cet homme baigné de lumière qui s’éloigne dans une ville africaine, et tout devient fl ou. Franck est un tueur, mais bizarrement, c’est le personnage auquel je peux m’identifier… J’espère que le spectateur pourra s’attacher à lui, car il est celui qui quitte le milieu, celui qui est le plus lucide sur le chaos.

Franck a un côté dandy de la racaille avec sa casquette, ses belles bagnoles…

Les voyous, c’est le monde de la flambe, du luxe, peut-être pas forcément du meilleur goût ! Ils claquent leur fric dans les bonnes tables, les belles bagnoles, les vêtements de marque, et ils payent en liquide pour ne pas laisser de traces. Les voyous sont quand même le produit d’une certaine misère. Les crapules issues des beaux quartiers font plutôt dans la Finance ! Pour ces caïds, avec le fric, on peut tout acheter, on a le pouvoir. Sortir une liasse de sa poche, c’est aussi une façon de dégainer.

Tomer Sisley

Tomer Sisley

Les décors précisent aussi leur personnalité. L’appartement de Franck, par exemple, niché comme un nid d’aigle, avec vue sur tout Paris.

Cet homme vit en état de méfiance permanente. On a longtemps cherché avant de trouver cet appartement en haut d’une tour, qui est pour la petite histoire, le plus haut d’Europe. Il appartient à des gens charmants, des nouveaux propriétaires qui nous ont appris qu’ils venaient de l’acheter à un ancien proxénète. Là, je me suis dit, c’est parfait, on y est. Comme quoi, on arrive à notre sujet par tous les chemins !

On parcourt tout le territoire investi par ce milieu, les bars de nuit, les boîtes à hôtesses, les partouzes dans les palaces… Et vous avez aussi tourné une séquence dans une mosquée.

Le grand banditisme et le monde du terrorisme peuvent parfois se croiser pour des raisons évidentes, mêmes besoins d’armes, d’argent, donc trafic. Mais en aucun cas, bien évidemment, cette séquence dans la mosquée ne cherche à insulter la religion, ni à agresser ou faire de la provocation. Comme cela est souvent reporté dans les journaux, en prison, l’un des deux cousins, Larbi, a pu se laisser attirer par des religieux, mais il reste opportuniste. Avec le co-scénariste Yann Brion, ce qui nous guidait dans l’écriture de cette scène était de montrer comment deux personnages d’une même famille peuvent ne pas avoir le même avis sur la religion. On aurait pu tourner la même scène entre deux juifs, ou deux catholiques. Nous montrons aussi que ce milieu est raciste envers les Maghrébins, comme peut l’être la société. Mais toujours de manière un peu plus primaire…

Pas de vrai polar sans arme. On voit dans votre film des truands lourdement équipés !

Pour eux, une arme est un instrument de travail, de négociation, leur manière de dire les choses ! Dans le film, on ne voit les armes que quand ils s’en servent. Je ne voulais pas de ce rapport fétichiste du gangster avec son arme comme on nous le sert dans certains films. Les truands ont aujourd’hui une puissance de feu phénoménale qui pose d’ailleurs d’énormes problèmes à la police. Pour taper une bande comme cela, il faut avoir des spécialistes. Dans des affaires d’attaques de fourgons où les types sortent un armement de guerre, il n’y a plus que le GIGN pour intervenir. Des flics m’ont raconté que dans certaines affaires où ça fl ingue à tout va, comme dans la séquence du parking, les truands agissent à visages découverts et sans silencieux. Plus il y a de bruit, plus les armes sont impressionnantes, plus les témoins de la scène sont en état de choc. Ce trauma les empêche d’enregistrer les faits et de s’en souvenir pour témoigner.

Pour ces «mâles», les femmes ne sont que des objets de plaisir.

Oui, c’est un milieu très macho. Ces hommes n’ont pas de relations normales avec les femmes. Mais là encore, je pense que l’on parle du monde d’aujourd’hui. On en revient au chaos. Je ne suis pas un «père la pudeur», mais notre société est érotisée. On suscite les pulsions sexuelles même pour faire acheter une bagnole. La femme est un objet dans la plupart des pubs. Alors chez ces hommes au comportement primaire, le regard sur la femme n’est pas meilleur ! Dans la scène de livraison de putes au Monténégro, on voit que ces types font subir les pires violences aux filles de manière à les casser psychiquement, à les déstructurer mentalement. Il faut que la terreur règne. Comme ça, arrivées en France, elles feront tout ce qu’on leur dit. Et tout ça se passe à deux heures de Paris !

Vous allez loin dans les scènes de sexe où ces mâles déchargent leur trop plein de violence. Ce n’est plus du plaisir, c’est de la rage…

Ces types ont tous les objets de la virilité, les bagnoles, les flingues, les filles, et pourtant, ces démonstrations de virilité sont en fait une forme d’impuissance. La description de ce milieu effarant est assez crue, en effet, mais soit on s’arrête à la porte de la chambre, on entend les dialogues sans rien voir, ce qui suscite les fantasmes, soit on entre dans la chambre et on voit jusqu’où ils sont capables d’aller. C’est du cinéma, mais on a décidé de s’approcher au plus près de leur vérité. Et ce n’est pas toujours joli à voir. C’est aussi ce qui donne le point de vue moral du film.

Comment avez-vous composé le personnage de Béatrice Dalle, Béatrice, la femme de coeur de Corti ?

Derrière chaque chef de bande, il y a une femme. Derrière les Zeitoun, Francis le Belge ou Mesrine, une femme était là, c’est classique. À mon avis, Béatrice est le personnage positif du film. Elle a des flashs prémonitoires, elle sent ce qui va se passer. Elle sait que son voyou de mec est une ordure, mais elle l’aime. Contrairement à toute sa bande, elle est la seule qui soit sincère. Personne ne parle à Corti comme elle lui parle, et à la fois, ils ont un rapport de couple presque normal. J’étais enchanté que Béatrice Dalle accepte ce rôle de femme de truand, d’ailleurs c’est elle qui a tenu à ce que son personnage s’appelle Béatrice. Je savais qu’elle seule pouvait apporter une telle intensité, un tel impact émotionnel, elle l’a rendu lumineux. Béatrice Dalle est particulièrement émouvante par sa sincérité dans la scène où elle demande à son Corti de lui faire un enfant.

TruandsVotre mise en scène est de plus en plus incisive, tranchante, efficace.

Dans SCÈNES DE CRIMES, les enquêteurs de la SRPJ ne pouvaient pas participer à des fusillades, et les agents de la DGSE dans AGENTS SECRETS devaient faire leurs coups en douce. Avec TRUANDS, le sujet se prêtait à des défourraillages, des scènes d’action spectaculaires, il ne fallait pas bouder l’idée. Et puis ces scènes permettent de rythmer le film.

Vous collez au genre, tout en le renouvelant, en le débarrassant de tout le folklore du film noir et de ses cortèges de clichés.

Ces trois ans d’immersion dans le monde des voyous pour la préparation de ce film m’ont appris un certain nombre de choses. Plus on se rapproche de la vérité, plus on évacue les clichés. Je voulais un travail d’anthropologue, pas du grand carnaval ! Plus on démystifie, ou on «déglamourise» la vérité, plus elle prend sa place. J’ai essayé d’être le plus brut et le plus honnête possible dans cette représentation du grand banditisme, sans porter aucun jugement, de manière à ce que le spectateur puisse se faire sa propre idée sur ce milieu. Je ne suis pas un moralisateur, mais j’en ai assez de cette idée des voyous romantiques au grand coeur qui aident les vieilles dames à traverser la rue. C’est de la blague, surtout aujourd’hui ! Je ne suis pas en guerre contre ce monde-là, mais j’ai des enfants, et ce phénomène m’intéresse. Je pense qu’il n’y a rien de glorieux à être un voyou.

Vous offrez à Philippe Caubère un come-back surprenant à l’écran !

Un soir, en regardant Thalassa à la télé, j’ai découvert cet acteur qui participait à l’émission. Étant claustrophobe, je vais peu au théâtre. Frappé par son charisme, je téléphone aussitôt à mon producteur Éric Névé, pour le prévenir, «regarde, ce comédien ferait un formidable Corti». Éric me dit, «c’est Philippe Caubère, une légende du théâtre. Malheureusement, il n’a pas fait de cinéma depuis quinze ans, il refuse tout.» On le contacte tout de même. Par chance, Caubère avait aimé mes deux premiers films, il accepte ! Philippe Caubère s’est totalement investi dans son personnage de truand paranoïaque en apportant des remarques pertinentes sur l’écriture de telle ou telle scène. Et surtout il a donné à Corti toute sa violence et sa rage, il a osé aller dans la cruauté, et la crudité des scènes de sexe.

Et Benoît Magimel ?

Benoît m’a donné son accord sitôt après avoir lu le scénario. Benoît m’a étonné par le sérieux avec lequel il se prépare. Il fait partie de ces acteurs qui travaillent énormément leurs personnages. En visionnant les rushes de la séquence du bar panoramique, j’étais admiratif de sa façon bouger, de lancer ses répliques à Caubère tout en picorant des olives et en avalant son whisky, tout cela dans un rythme, une tension, comme s’il avait chorégraphié ses mouvements. Le lendemain, en le félicitant, je lui ai demandé s’il avait travaillé cette scène du bar. Il m’a répondu, «oui, je l’ai répétée pendant une semaine chez moi».

Benoît est un bosseur. Il a peaufiné son look en se faisant teindre et gominer les cheveux, il a aussi choisi tous les colliers qu’il porte autour du cou, sa montre, etc… Benoît Magimel adore les films de mon père. Cela m’a permis de glisser un hommage à la 317e SECTION où il est question d’un coup vicelard, une ruse de guerre. Une séquence qui parle aussi du film.

La distribution est un sans-faute, avec une mention spéciale à Olivier Marchal, Tomer Sisley et Mehdi Nebbou.

J’avais rencontré Olivier Marchal dans un festival au moment de la sortie de 36 QUAI DES ORFÈVRES, on avait sympathisé. Quand Olivier a su que je préparais TRUANDS, il m’a appelé pour me dire son désir de faire partie de l’aventure. Quand je lui ai proposé le rôle de Jean-Guy, ce personnage un peu bas de plafond, Olivier m’a dit : banco ! J’avais repéré Mehdi Nebbou dans MUNICH de Spielberg. C’est un formidable acteur qui travaille beaucoup en Allemagne. Tomer Sisley aujourd’hui est une vedette avec son one man show. Quand je l’ai rencontré pour le casting de TRUANDS, il était moins connu. Tomer m’avait séduit par son élégance teintée d’insolence. Avec le premier assistant, on a auditionné pendant quatre mois près de 500 comédiens, et on a trouvé des perles, Anne Marivin, Cyril Lecomte… Il faudrait tous les citer. Tourner avec des acteurs aussi doués et qui mettent autant de foi dans leur travail, ça aide énormément. C’est comme une piqûre de vitamine !

Vous êtes toujours fidèle à Bruno Coulais. Comment avez-vous défini la couleur musicale du film avec lui ?

Dès qu’on a dix minutes de films montées, je les lui montre. Bruno a passé cinq mois à réfléchir, à composer des thèmes avec son fils, Hugo Coulais, à faire des maquettes. On discutait en écoutant certaines musiques de films, certains styles d’arrangements. On se connaît tellement bien maintenant. Sans être envahissante, sa musique renforce l’action et le rythme du film.

D’où vous est venue l’idée de la chanson, «A lean and hungry look» de Marianne Faithfull au générique de fin ?

C’est Bruno Coulais qui a eu l’idée de demander à Marianne Faithfull d’écrire les paroles et d’interpréter cette chanson qu’il a composée pour le film avec son fils. Le côté icône du rock un peu destroy de Marianne Faithfull colle parfaitement au film. Je ne pouvais pas rêver mieux !

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Ciné Blog. Passionné de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai créé en 2005 le site Fan de Cinéma. J'aime le cinéma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en général plutôt bon public et je ne m'attache pas tant à la facture des films qu'a l'histoire qui m'est contée. En dehors de ma passion pour le cinéma, je dirige une petite Web Agency.


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