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Mon Meilleur Ami, au cinéma le 20 Décembre 2006

Il a 10 jours pour trouver un meilleur ami

Un marchant d’art fait un pari. Il a 10 jours pour trouver un meilleur ami. Il se lance alors dans un casting fou, pour finalement jeter son dévolu sur un chauffeur de taxi volubile et chaleureux : il va le séduire pour gagner son pari. Mais peut-on tricher avec l’amitié ?

Patrice Lecomte

Patrice Lecomte

entretien avec Patrice Leconte

Comment est née l’idée de Mon meilleur ami ?

Patrice Leconte : Elle est née avant le tournage des Bronzés, le jour où Jérôme Tonnerre m’a appelé pour me dire qu’il avait entre les mains un synopsis assez développé écrit par Olivier Dazat pour Fidélité. Ils avaient besoin d’un réalisateur et Jérôme a tout de suite pensé que ça pourrait m’intéresser. à juste titre. J’ai adoré le point de départ. Et même si, dans le développement de l’intrigue, j’avais plus de réserves, je suis allé rencontrer les producteurs. à la suite de ce rendez-vous fructueux, on a commencé à travailler en tandem à partir de cette base pour aller dans une direction qui nous plaisait à tous les deux.

Qu’est-ce qui vous a séduit précisément dans l’histoire imaginée par Olivier Dazat ?

PL : L’enjeu de son scénario : l’histoire d’un type à qui on dit qu’il n’a pas d’amis, qui se récrie avec violence et qui, pour prouver le contraire, engage une espèce de pari absurde et abstrait : montrer aux autres cet ami qu’il n’a pas ! Je trouvais original de lancer un pari sur une base aussi impariable. Et puis ça me permettait de parler d’amitié et de l’absence d’amitié. à mes yeux, c’est comme raconter une histoire d’amour. Il s’agit juste de changer les prénoms ! Mais si ce projet a tout de suite attiré mon attention, c’est aussi parce que je sentais que son sujet créait des résonances intimes chez moi. Ce n’est certes pas un film autobiographique mais si on me demandait à brûle pourpoint qui est mon meilleur ami, je serais bien embarrassé pour répondre. Sauf qu’à la différence de François que joue Daniel, ça ne m’empêche pas de vivre.

Comment travaillez-vous à l’écriture avec Jérôme Tonnerre ?

PL : C’est la deuxième fois qu’on travaille ensemble après Confidences trop intimes. Et on a collaboré exactement de la même manière. Le mode d’emploi du duo est simple. On se voit des après-midi entières, on parle beaucoup. Jérôme prend des notes et comprend vers où j’ai envie d’aller. C’est un vrai caméléon. Et je me retrouve donc à mettre en scène un film qu’il a écrit lui, dont on a discuté à deux mais que je sens très proche de moi. Car il a été dans mon sens sans oublier d’apporter sa touche personnelle.

Ce film est un mélange de genre, entre comédie et drame. La volonté de faire un film de cette couleur-là était présente dès l’écriture ?

PL : Non. Quand on a commencé à écrire, on pensait être davantage dans la comédie. Mais je ne suis pas arrivé à me contenter d’autant de légèreté sur ce sujet de l’amitié qui me passionnait autant. ça m’a plu d’imaginer, au contraire, un film qui se retournait complètement. Comme un avion qui, dans un meeting aérien, décolle normalement et se retrouve, après une vrille, à voler sur le dos.

Avez-vous aussi choisi Mon meilleur ami car vous avez trouvé judicieux de vous lancer dans cette aventure après Les bronzés ?

 

mon meilleur amiPL: Quand je suis en train de faire un film, je sais en général celui que je tourne après… sans pour autant avoir en tête un plan de carrière précis. En tout cas, je savais que Mon meilleur ami serait le film qui suivrait Les bronzés. Et ça m’allait bien. Car je n’ai plus envie de faire des films trop graves. La vie l’est bien assez comme ça… J’étais donc ravi de me plonger dans un film d’amitié intimiste qui joue une musique un peu provinciale – même si l’action se passe à Paris – avec des gens simples. Sans être un best-of de mes films précédents, on retrouve ici une bonne partie de mes inspirations.

Quand est venue l’idée des deux acteurs principaux?

PL : J’ai très vite pensé à Daniel Auteuil. Il semble si ouvert, amical et bienveillant qu’il me semblait original de le voir jouer un type qui n’a pas d’amis. Si on avait choisi un acteur qui aurait été un pléonasme du rôle parce qu’on pouvait imaginer cette situation plausible en le voyant, ça n’aurait pas aussi bien marché. Les dés auraient été pipés d’avance. Ensuite, on a eu beaucoup de mal à mettre la main sur l’acteur qui allait jouer Bruno. Beaucoup d’idées nous ont traversé l’esprit. Mais j’avais Dany Boon en tête depuis longtemps. Après avoir vu ses différents spectacles, j’avais depuis longtemps envie de travailler avec lui. Et ce d’autant plus que Daniel m’a poussé dans ce sens, tant il l’avait trouvé formidable dans La doublure. Pour lui comme pour moi, c’était l’acteur et l’homme qu’il nous fallait pour ce projet. ça a donc été lui.

Pourquoi précisément le vouliez-vous pour le film ?

PL: Dany Boon représente pour moi quelqu’un de merveilleux au sens simple du mot. Quelqu’un de lumineux. Quelqu’un d’ouvert. Et j’avais besoin de cette simplicité-là, de ce côté terre-à-terre. On retrouve chez lui cet émerveillement simple – et pas simplet – aux choses, ce rapport singulier aux gens qu’il entretient d’ailleurs dans la vie. Et c’est exactement ce qu’il fallait pour jouer son personnage. Il s’est d’ailleurs glissé dans Bruno comme on entre dans un bain à la température idéale.

Est-ce que l’alchimie a été immédiate entre Daniel Auteuil et Dany Boon ?

PL : Leur plaisir à travailler ensemble a tout de suite été palpable. Ils ont immédiatement eu l’un pour l’autre de l’admiration, de l’amitié et du respect, et ils possèdent tous deux cette générosité qui fait toute la différence. à aucun moment, l’un ne cherche à savoir s’il est meilleur que l’autre. Ils sont ensemble.

Quand on regarde votre filmographie, on s’aperçoit que vous aimez particulièrement les « buddy movies »…

PL : Je me suis rendu compte avec le recul que, dans pratiquement tous mes films, mes « duos » étaient composés à la fois de gens que j’avais déjà pratiqués et de gens totalement nouveaux. Comme s’il fallait que je me rassure avec des gens dont je connaissais le fonctionnement tout en affrontant l’inconnu. C’est le cas de L’homme du train, où je connaissais Rochefort et pas Johnny Hallyday, de La veuve de Saint-Pierre où je connaissais Daniel Auteuil mais pas Juliette Binoche, de Confidences trop intimes où je connaissais Sandrine Bonnaire mais pas Fabrice Luchini. Peu de mes films échappent à cette règle. Et ceux qui y échappent ne sont pas ceux que j’ai le plus réussis ! (rires) Et, voilà peu, un étudiant qui faisait un mémoire sur le couple dans le cinéma m’a fait remarquer un truc encore plus inouï : dans tous mes longs métrages ou presque, je mets toujours en scène des personnages qui se rencontrent pendant le film sans se connaître avant. C’est le cas de Daniel et Dany Boon ici, L’homme du train, La fille sur le pont, Confidences trop intimes… Seul Tandem échappe à la règle. Mon métier de cinéaste consisterait donc à organiser des rencontres. Je n’aurais jamais pu écrire Le chat avec Signoret et Gabin sur un couple vivant ensemble depuis des années. Je ne saurais pas traiter de l’effilochage des rapports car j’aurais alors trop besoin de me nourrir de ce qui s’est passé avant le film. J’aime organiser les rencontres dans le présent du film car il n’y a plus qu’à observer ce que vont faire les personnages. Serge Frydman m’a dit un jour que les vrais scénaristes d’un film ce sont ses personnages. Il a raison. à partir du moment où les personnages sont dessinés comme il faut, il n’y a plus qu’à les regarder vivre. Comme un chimiste.

 

mon meilleur amiPourquoi avoir choisi Julie Gayet pour jouer l’associée du personnage de Daniel Auteuil ?

PL: Voilà quelques années, j’ai tourné un film publicitaire pour France Inter, où une jeune femme faisait du vélo. On cherchait une actrice et j’ai lancé le nom de Julie au cours d’une réunion. Et tout le monde a été d’accord. J’ai donc rencontré Julie pour la première fois à cette occasion en lui expliquant que j’allais la filmer en noir et blanc en train de faire du vélo, avec une robe rouge. Elle m’a fait confiance. Et je me suis bien entendu avec elle. Je m’étais donc mis son visage dans un coin de mon crâne en guettant le film où je pourrais faire appel à elle. Et pour ce personnage de Catherine, la plus lucide de tous, qui a toujours un métro d’avance sur tout le monde, j’ai tout de suite pensé qu’elle serait absolument parfaite. Elle a cette forme d’intelligence qui n’est jamais intellectuelle, composée ou frelatée. Je lui ai donc proposé le film et elle a accepté.

Après La fille sur le pont et La veuve de Saint-Pierre, c’est la troisième fois que vous collaborez avec Daniel Auteuil. Avez-vous encore besoin de vous parler ?

PL : Daniel fait plus confiance à un regard ou à un sourire qu’à mille mots. Il ne fait pas partie de ces acteurs qui ont besoin d’être nourris de psychologie. Tant mieux car je ne suis pas du genre à expliquer aux comédiens d’où leurs personnages viennent et où ils vont. Ce qui m’intéresse, c’est de faire les choses, de les sentir. Quand un scénario est bien écrit, les acteurs doivent être dedans naturellement. Et Daniel est comme ça. Avant le film, on s’est juste vu pour l’essayage des costumes et on a dû se téléphoner seulement deux ou trois fois jusqu’au premier jour de tournage. C’était la scène de Drouot et Julie était aux 400 coups. C’est toujours un peu stressant de commencer à jouer avec un metteur en scène qu’on ne connaît pas, un acteur qu’on ne connaît pas mais qui connaît bien, lui, le metteur en scène. C’est simple : Daniel, j’avais l’impression de l’avoir quitté la veille. C’est ce qu’on dit de tous les gens qu’on aime et qu’on perd de vue !

Et par rapport à cette complicité entre vous, avez-vous fait plus attention aux nouveaux venus – Dany Boon et Julie en tête – pour les intégrer dans votre univers ?

 

Daniel Auteuil et Dany Boon

Daniel Auteuil et Dany Boon

PL: C’est tout un équilibre. Un jour, j’ai fait une grosse bêtise. Sur La fille sur le pont, je tournais pour la première fois avec Daniel alors que je venais de diriger Vanessa Paradis dans Une chance sur deux. Et, le premier jour, j’avais accordé toute mon attention à Daniel en tant que nouveau venu, laissant un peu tomber Vanessa. Et je sais qu’elle l’a très mal vécu, car le soir même, elle m’a glissé que ce n’était pas parce qu’on avait déjà tourné un film ensemble qu’il fallait que je la laisse tomber. Elle m’a expliqué qu’elle avait tout autant besoin de moi que la première fois. J’ai réalisé mon erreur. Cela m’a servi de leçon. Depuis, dans les premiers jours de chacun de mes tournages, j’ai évidemment toujours fait un peu plus attention aux nouveaux mais je n’ai plus jamais laissé tomber les « anciens ». Dans les deux cas, la base de ma direction d’acteur reste de toute manière identique : la confiance que je leur porte. Un acteur qui joue sans sentir la confiance dans l’œil du metteur en scène qui le regarde, c’est comme un oiseau sans aile. Il ne peut pas voler ! Il se casse la gueule de son nid.

Après avoir fait un clin d’œil au jeu radiophonique Le jeu des 1000 francs dans Tandem, c’est cette fois-ci un autre jeu – télévisé celui-là – qui est à l’honneur dans Mon meilleur ami : Qui veut gagner des millions avec Jean-Pierre Foucault dans son propre rôle. Pourquoi ce choix ?

PL : C’est très simple. Quand on échafaudait le scénario avec Jérôme Tonnerre, on savait que le personnage de Bruno devait à un moment participer à une émission de jeu. Et un beau jour, on a eu la révélation : un des jokers de Qui veut gagner des millions est l’appel à un ami ! à partir de là, on était malades à l’idée que la production de Qui veut gagner des millions nous dise non ! Je ne me voyais pas imaginer un faux jeu. Il fallait que ce soit en prise directe avec la vie, que les gens aient leurs repères. Et j’ai trouvé sensationnel de filmer en scope Jean-Pierre Foucault dans son propre rôle. Je le connaissais un peu avant. Il y avait de la bienveillance entre nous. Je lui ai simplement dit de respecter le texte écrit, d’être lui-même et de ne pas chercher à faire l’acteur. Et ce fut un régal.

Quel parti pris visuel aviez-vous décidé pour Mon meilleur ami ?

PL : Comme les films que je fais sont assez différents, j’essaie à chaque fois d’avoir, modestement, un projet de mise en scène. Mais quand j’ai abordé Mon meilleur ami, je dois avouer honteusement que je ne me suis posé aucune question. Je faisais suffisamment confiance au scénario et aux personnages pour m’en passer sans crainte. J’ai donc mis en scène ce film au jour le jour sans avoir un réel parti pris. Sauf celui qui ne me quitte jamais: celui des acteurs donc des personnages. Tant dans la mise en scène que dans les cadres, je voulais un film qui ait toutes les apparences du naturalisme et où des choses inconfortables, bizarres et grinçantes nous arriveraient dessus sans qu’on y prenne garde. Je ne souhaitais pas que ma mise en scène soit décalée car cela aurait constitué un pléonasme avec le parti pris proposé par le scénario. J’espère évidemment que c’est mieux mis en scène qu’un mauvais téléfilm ! (rires) Mais je ne voulais pas faire mon intéressant.

Comment avez-vous choisi les musiques ?

PL : J’ai fait appel à un groupe qui s’appelle “L’attirail”, que dirige Xavier Demerliac. J’ai fait sa connaissance voilà quelques années, alors que je cherchais des musiques pour La fille sur le pont. Je suis tombé sur leur premier album. J’ai adoré, je l’ai rencontré, j’ai assisté à des concerts. Et je lui avais dit que si, un jour, j’en avais l’occasion, je lui demanderai une musique de film. J’ai trouvé que Mon meilleur ami pouvait lui ressembler comme deux gouttes d’eau. Parce qu’il n’allait pas se diriger vers l’émotion facile. Et que sa musique parfois à la limite de la fanfare a quelque chose de très joyeux. Ses sonorités peuvent être exubérantes tout en ayant des accents très tristes. Ce mélange non convenu m’a séduit. Et, à l’arrivée, je suis fou de joie car il y a une couleur musicale très particulière qui n’avait pas a priori à voir avec ce film mais qui se marie parfaitement avec lui.

On dit souvent qu’un film se réécrit au montage. Est-ce le cas pour Mon meilleur ami ?

PL : Ce film s’est en effet réécrit au montage mais de manière inattendue. Dans tous mes films, l’évidence de telle ou telle scène, la puissance évocatrice de telle ou telle image m’ont fait changer leur construction. Là, ce fut plus singulier. La première version du scénario a été préminutée à 2h05. Jérôme Tonnerre et moi avions alors tout de suite indiqué aux producteurs qu’on allait faire des coupes préalables au tournage. Mais – luxe formidable car cela coûte beaucoup d’argent – ceux-ci nous ont demandé de tourner la version complète et de voir au montage ce qui irait le mieux. J’ai accepté la règle du jeu. Et mon premier montage abouti faisait… 2h05. A partir de là, avec ma monteuse Joëlle Hache, on s’est donc posé les questions du pourquoi et du comment des coupes. Comme un jeu de Lego. Ce fut très amusant à faire.

On a pu lire ici et là que vous allez bientôt arrêter le cinéma. Est-ce que ce film vous a donné envie de continuer ?

 

Daniel Auteuil et Dany Boon

Daniel Auteuil et Dany Boon

PL: Cette décision n’est pas née d’une déception sur tel ou tel film. Ce n’est donc pas parce que le tournage de Mon meilleur ami m’a emballé que cela peut me faire revenir sur mon choix. Je n’ai pas perdu le goût du cinéma. J’aime toujours autant faire des films. Je voudrais juste m’arrêter avant de perdre ma fraîcheur. J’agis en quelque sorte comme Anna Galiena dans Le mari de la coiffeuse qui, sachant que l’amour exceptionnel qui la liait au personnage de Jean Rochefort ne serait pas éternel, choisissait de se jeter dans l’écluse alors qu’elle était encore dans les nuages. Après Mon meilleur ami, je ne tournerai donc plus que trois longs métrages, dont je sais d’ailleurs précisément ce qu’ils vont être. Il n’y a donc plus de place pour rien ! En l’annonçant publiquement, je ne cherche pas à faire un effet d’annonce mais à me pousser à respecter ma parole. à le faire vraiment, sans pour autant rejoindre Anna Galiena en me jetant dans une écluse…

Entretien croisé Daniel Auteuil et Dany Boon

DECOUVERTE DU FILM

Daniel Auteuil : ça n’est pas pour minimiser le scénario mais je n’ai pas eu besoin de le lire pour dire oui à Patrice. Il m’a juste parlé d’un film sur l’amitié sous forme de fable puisque celui-ci repose sur un pari osé. Et cela m’a suffi pour attendre ce scénario sereinement. Au départ, on me l’a présenté comme une comédie. Mais dès la lecture, j’ai trouvé que cela s’apparentait surtout à la comédie italienne. On frôle en effet sans cesse le drame humain. On y parle de solitude… On y rit certes, on y sourit beaucoup mais c’est une comédie, pas un film comique. Car l’émotion prime souvent. Et cela, on le doit à la personnalité de cet immense acteur qu’est Dany Boon.

Dany Boon : Je connais Patrice depuis longtemps car il est venu voir tous mes spectacles. On avait une sorte d’admiration réciproque. Il se trouve que Jean-Marie Dreujou, qui faisait la lumière sur mon film La maison du bonheur, est un collaborateur régulier de Patrice. C’est lui qui m’a prévenu de l’appel de Patrice. Au téléphone, il a commencé à m’expliquer le contenu de son film, cette réflexion sur l’amitié. Puis il m’a très vite dit que Daniel, que je n’avais même pas croisé sur le plateau de La doublure, serait de la partie. Inutile de vous dire que la perspective d’être dirigé par Patrice et de tourner avec Daniel m’a suffi pour répondre oui à sa proposition. Ce sont deux cadeaux magnifiques ! Ensuite, évidemment, il y a l’histoire que raconte ce film. Dès la première lecture, je me suis rendu compte que ça allait bien au-delà de l’aspect comédie dont on m’avait parlé. Mon meilleur ami se révèle bouleversant car il parle de choses vraies et touche à l’intime au point d’en être parfois dérangeant. Au delà du pari qui n’est qu’un prétexte, j’ai surtout aimé ce que propose ce film : la confrontation de deux solitudes. Un mec seul parce qu’il a réussi brillamment dans la vie et ne se rend pas compte que ses pseudo-amitiés ne sont rien de plus que des relations de travail. Et un autre – que je joue – qui bien qu’ayant l’air extraverti et semblant ami avec tout le monde, est tout aussi seul que le premier.

 

VOTRE PERSONNAGE

Daniel Auteuil

Daniel Auteuil

DA : C’est un type qui n’a pas eu le temps. Un type qui croyait vivre, être dans le vrai et qui s’est trompé mais ne peut vraiment s’en apercevoir que tardivement, lorsqu’il a enfin le recul nécessaire. Cependant, comme toujours chez Patrice, l’histoire devient quelque peu miraculeuse puisque mon personnage a la chance de se voir offrir le déclic d’une rencontre amicale. Au-delà de cette situation, une chose est sûre : ce François n’est pas quelqu’un de sympathique et je n’ai pas essayé de le sauver. Il fallait au contraire aller au bout pour rendre possible sa rédemption finale. On peut rire de ce type qui demande à un autre de lui donner des cours de sympathie mais ça ne le rend pas aimable pour autant. C’est cependant de là que naît toute l’originalité de cette histoire.

DB : C’est quelqu’un qui à force de sembler être ami avec tout le monde ne l’est en fait avec personne. Bruno renferme une blessure cachée. Et ça n’a pas été difficile de se glisser dans sa peau car Patrice m’y a parfaitement aidé. Quand on est allé ensemble choisir les vêtements de mon personnage avant de tourner, ses certitudes m’ont déjà permis de comprendre précisément qui était Bruno. par exemple c’est Patrice qui a choisi la canadienne bleue que je porte tout au long du film, alors que j’aurais été totalement incapable de le décider seul à ce moment-là. Cela a tout de suite dessiné le personnage.

LA PREPARATION

DA : Je me prépare toujours à une seule chose : à être surpris. Sur ce film, je n’ai rien eu d’autre à faire qu’à me laisser porter. Je me suis adapté au metteur en scène tout en entrant en osmose avec mes partenaires. C’est vrai qu’avec un réalisateur qu’on ne connaît pas, il y a toujours un temps d’adaptation, de décodage pour savoir ses attentes et son fonctionnement. Dans le cas de Patrice, ce n’est plus le cas et même lors de notre premier tournage commun, La fille sur le pont, le temps d’observation avait été très court. Cet homme raconte ses histoires avec sa caméra donc il sait à merveille saisir l’instinct de l’acteur en face de lui. Sa caméra nous suit et devient vite un partenaire. On est très vite en confiance.

DB : Le travail en amont est évidemment important. Mais quand on arrive sur le plateau, c’est totalement autre chose. C’est comme le baptême du feu quand on monte sur scène avec un nouveau texte : on a beau l’avoir énormément travaillé avant, on n’a aucune idée précise de ce qui va en résulter. Sur Mon meilleur ami, chacun est arrivé avec sa vision. Pour ma part, j’ai tout de suite senti ce personnage assez proche de moi : un mec simple, convivial, attachant, drôle. Ce n’était pas un rôle de composition. Car je vous rassure, je ne suis pas une ordure dans la vie ! (rires) C’est ce qui explique que j’ai pu me glisser facilement dans sa peau.

TRAVAILLER AVEC Patrice Leconte

 

Dany Boon

Dany Boon

DA: J’ai un plaisir énorme à travailler avec Patrice. Pour la beauté du regard qu’il pose sur vous et la précision de ses sentiments. Il sait contenir ses émotions et les lâcher pile au moment parfait. Nous deux, on a commencé avec un film très fort, La fille sur le pont puis poursuivi notre route commune avec un deuxième film encore plus fort, La veuve de Saint-Pierre. à chaque fois, avec lui – et Mon meilleur ami en apporte une nouvelle preuve – j’ai eu la chance de raconter des histoires extraordinaires dans lesquelles chacun peut s’identifier. Comme acteur, c’est enthousiasmant de participer à ces aventures-là avec lui.

DB : Sur le plateau, c’est quelqu’un de très heureux et très euphorique qui n’a jamais cessé de nous complimenter. On est porté par son enthousiasme débordant qui ne s’est jamais démenti tout au long du tournage. L’échange est en permanence possible avec lui. Il ne nous a jamais empêché de changer des choses si on ne se sentait pas à l’aise. Pourtant passer directement de Francis Veber à Patrice Leconte sans le moindre palier de décompression, comme je l’ai fait là, n’a, a priori, rien de simple ! (rires) Francis fait un nombre de prises hallucinantes, Patrice très peu. ça aurait pu me fragiliser. Il n’en a rien été. Patrice agit en effet sciemment. Il a envie d’attraper des choses à la volée. Et au final, leurs deux manières de travailler divergentes conduisent au même résultat. Quand on refait et refait une scène avec Francis, on arrive à une concentration extrême où chaque geste est pensé. Mais cette concentration est la même en tournant avec Patrice, sauf qu’à savoir qu’on a un nombre de prises limité pour s’exprimer, elle surgit instantanément. On sait que c’est tout de suite ou jamais… même si évidemment Patrice accepte d’en refaire quand ses acteurs le demandent.

DANY PAR DANIEL, DANIEL PAR DANY

DA : Sur La doublure, on s’est juste croisé. On n’a pas tourné ensemble. C’est donc la première fois qu’on tournait vraiment ensemble. Et ce fut une révélation. Dany Boon porte le film. Il est la solitude incarnée, l’émotion même. Et comme tous les grands acteurs qui viennent de la comédie, ce potentiel d’humanité ressort en permanence. Et c’est magique : quand ça doit faire rire, ça fait rire et quand ça doit faire pleurer, ça fait pleurer !

DB : On a commencé par une scène au téléphone, celle de Qui veut gagner des millions. C’est la première fois qu’on a vraiment discuté. Evidemment, j’ai beaucoup d’admiration pour Daniel. Je connais sa carrière, sa réputation. On le sait généreux sur un plateau. Et rien n’est usurpé. Car il n’a pas l’attitude de sa notoriété. C’est quelqu’un de simple, de très accessible, tout en mettant évidemment des distances. Il aurait pu par exemple, douter de la capacité d’écoute de quelqu’un comme moi, un comique habitué à jouer seul sur scène. Il n’en a rien été. On s’est vite rendu compte qu’on était tous les deux très généreux et tout entre nous s’est fait de manière très naturelle. On plaisantait beaucoup. Et on avait surtout ressenti tous les deux que ce film était plus profond qu’il n’y paraissait. On était sur la même longueur d’ondes.

FILM A TANDEM

 

mon meilleur ami

mon meilleur ami

DA: Je n’éprouve pas de plaisir particulier à faire un film à tandem. Mon seul plaisir est de faire un bon film ! (rires) Ce qui m’intéressait ici, c’est qu’on allait au-delà de la situation classique de deux héros, que tout oppose, lancés dans de multiples aventures. Dans Mon meilleur ami, chacun a sa vie, ses préoccupations, ses désirs et ses rêves. On prend le temps de les détailler et de les confronter. C’est beaucoup plus profond que ce à quoi on peut s’attendre sur le papier.

DB : Le risque était que la sauce ne prenne pas. ça n’a pas été le cas car il se passe vraiment quelque chose entre nous deux. Patrice aurait même pu continuer de tourner après les prises, hors plateau : notre relation avec Daniel ne variait pas d’un iota. On est vraiment devenu amis sur ce tournage.

REACTION A LA VISION DU FILM

DA : J’ai vu une de ces œuvres que j’adore car les rires succèdent toujours à des moments de forte émotion. En découvrant Mon meilleur ami pour la première fois, j’ai été très touché par ces deux hommes qui en composent le cœur, leur volonté de se débattre, de s’en sortir. Par la naïveté de l’homme accompli qu’est François et par l’engagement de Bruno.

DB : En le découvrant, ce n’était pas vraiment éloigné de ce à quoi je m’attendais. à un détail près. Je ne pensais pas que ça aille aussi loin dans l’émotion. Et puis, plus personnellement, je ne me suis jamais vu comme ça dans un film. Car, contrairement à Joyeux Noël ou La doublure, ce personnage peut vraiment me ressembler. Et c’est la première fois que ça m’arrivait au cinéma. J’ai été cueilli. Quand le film démarre, on se doute alors que les deux personnages vont devenir amis. Mais dès que la convention est mise en place, ça décolle ! On oublie ce qu’on a pu s’imaginer au départ. C’est ce qui est formidable dans les grands films. On y va avec le désir de voir quelque chose de précis et très vite, ce désir est assouvi et on se régale à partir vers autre chose. Cela m’est arrivé ici tout en ayant été partie prenante de l’aventure ! La sensibilité que Patrice amène avec ses mouvements de caméra est impressionnante. Mon meilleur ami déborde d’humanité. C’est un film profond et bouleversant sur l’amitié.

SCENE PREFEREE

 

mon meilleur amiDA: La scène où Dany casse le vase et demande : « elles sont où les larmes ? ». Je l’ai trouvé grandiose. Mais vous aurez compris que cet acteur va faire une carrière prodigieuse. Ce sera ni Bourvil, ni quelqu’un d’autre. Juste lui. Il a un potentiel énorme, pas encore totalement exploité. Il peut absolument tout jouer.

DB : J’aime énormément la scène où j’arrive dans la galerie que tient Daniel, lorsque je lui dis que sa boutique ne semble pas marcher fort et qu’il m’explique que ce n’est pas une boutique mais qu’il est antiquaire. Puis le moment qui suit où il hallucine alors que je lui explique que moi aussi je suis collectionneur… de vignettes Panini ! (rires) J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à tourner la scène à table, où le personnage de Daniel me demande de lui apprendre à être sympathique. Finalement, la séquence où j’ai le plus souffert restera le passage de Qui veut gagner des millions, même si Jean-Pierre Foucault a formidablement joué le jeu alors qu’il n’est jamais évident de tenir son propre rôle à l’écran. Il est, en effet, toujours difficile de faire semblant d’être ému dans ce type de situation, en particulier quand comme ici, pour des raisons de production, j’ai dû commencer le tournage de Mon meilleur ami par elle alors qu’elle se situe à la fin de ce film.

RETOURNER AVEC Patrice Leconte

DA : Il a intérêt à me proposer de retravailler avec lui. Il est obligé ! Il est obligé ! (rires)

DB : Je dis oui tout de suite, sans la moindre hésitation.

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Ciné Blog. Passionné de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai créé en 2005 le site Fan de Cinéma. J'aime le cinéma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en général plutôt bon public et je ne m'attache pas tant à la facture des films qu'a l'histoire qui m'est contée. En dehors de ma passion pour le cinéma, je dirige une petite Web Agency.


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