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Friends With Money, au cinéma le 4 Octobre 2006

 ENTRETIEN AVEC NICOLE HOLOFCENER Scénariste et réalisatrice

Friends with moneyFRIENDS WITH MONEY parle avec honnĂŞtetĂ© de femmes, d’amitiĂ©, d’intimitĂ© et de confiance en soi. Pourquoi ces thèmes vous ont-ils attirĂ©e ?

J’ai Ă©tĂ© frappĂ©e de voir l’importance de l’argent dans les relations humaines. Il est souvent au cĹ“ur des problèmes ou des sujets de conversation. Cependant, FRIENDS WITH MONEY n’est pas un film sur l’argent ; l’argent n’est que l’angle qui m’a permis d’aborder les personnages et de me poser des questions Ă  leur sujet. Tout le monde, quel que soit le milieu social, a des idĂ©es bien arrĂŞtĂ©es sur l’argent et la manière de le dĂ©penser. Je voulais montrer son impact sur une amitiĂ© de longue date. Des amies d’enfance traversent diffĂ©rentes Ă©tapes de la vie ensemble. A quarante-cinq ans passĂ©s, on est censĂ© s’ĂŞtre intĂ©grĂ© dans la sociĂ©tĂ©, avoir une vie de famille, le mĂ©tier que l’on espĂ©rait et des revenus corrects. Mais que se passe-t-il quand des amies de longue date n’atteignent pas ces buts en mĂŞme temps, quand l’une est riche et l’autre non, quand toutes vos amies sont mariĂ©es et que vous en ĂŞtes encore Ă  des flirts de gamine ? VoilĂ  le genre de questions que pose le film.

Des actrices très connues ont accepté des rôles de femmes ordinaires : on les voit peu maquillées, en train de faire leurs courses, de conduire, de prendre un café… Pourquoi avoir privilégié la simplicité et le réalisme ?

Friends with moneyLes quatre amies sont pour moi des personnages très rĂ©els – certaines sont mĂŞme inspirĂ©es de personnes que je connais. Dans mon entourage, peu de femmes se maquillent, portent de hauts talons et des vĂŞtements sexy. Il nous arrive de nous maquiller un peu le matin, mais l’après-midi, il ne reste pratiquement plus rien ! C’est ce que je recherchais : un style que l’on reconnaisse, afin qu’il soit facile de s’identifier aux personnages du film. Les actrices n’y voyaient aucun inconvĂ©nient, au contraire. Il en va de mĂŞme pour les dĂ©cors. Mes amies et moi ne dĂ©jeunons pas dans les restaurants les plus chics, c’est pourquoi je n’ai pas choisi des lieux très glamour.

 


Friends with moneyJane (jouĂ©e par Frances McDormand) est une styliste rĂ©putĂ©e, mère d’un enfant et mariĂ©e Ă  un homme un peu effĂ©minĂ© mais très attentionnĂ© (Simon McBurney). Elle dĂ©cide tout Ă  coup de ne plus se laver les cheveux et se met Ă  piquer des colères en public. Est-ce une tentative de garder le contrĂ´le ou au contraire une perte de maĂ®trise de soi ?   Plus nous avons conscience de notre mort et de son inĂ©luctabilitĂ©, plus nous tentons de contrĂ´ler notre quotidien. C’est ce que fait Jane Ă  sa manière avec ses cheveux sales et ses coups de colère. Et ce n’est que lorsque nous rĂ©alisons que mĂŞme les choses les plus futiles nous dĂ©passent que nous commençons Ă  accepter les limites de notre existence. C’est ce que vit Jane, Ă  sa manière dĂ©sordonnĂ©e et chaotique. Sa rage est un sentiment que beaucoup comprendront – on se met parfois en colère contre les choses les plus vaines. C’est souvent vers quarante-cinq ans que nous nous rendons compte que nous n’avons qu’une vie et que la nĂ´tre est dĂ©jĂ  en partie jouĂ©e. En gĂ©nĂ©ral, Ă  cet âge, nous avons rencontrĂ© notre conjoint, eu des enfants et fait carrière. Ce sentiment soudain que les dĂ©s sont jetĂ©s est Ă  la fois excitant et dĂ©primant.

Bien qu’ils Ă©crivent ensemble, Christine et David (Catherine Keener et Jason Isaacs) ne se supportent plus. Ils reprĂ©sentent les extrĂŞmes de la difficultĂ© de vivre et de travailler avec une mĂŞme personne. En quoi leurs problèmes de couple servent-ils le propos du film?

Ils vivent un bouleversement au sens littĂ©ral et au sens figurĂ© : leur mĂ©nage se gâte de jour en jour, alors mĂŞme qu’ils agrandissent leur maison. Il n’y a plus rien entre eux, ils se disputent continuellement. Leur relation ne tient plus qu’Ă  un fil : les travaux qu’ils entreprennent. Cela leur donne un but commun qui est tout ce qu’ils partagent dĂ©sormais, et c’est pourquoi ils s’y accrochent tant. Ils espèrent que leur vie de couple s’amĂ©liorera en mĂŞme temps que le confort de leur domicile. Mais ils bâtissent sur du sable car, mĂŞme s’ils ont sĂ»rement eu plaisir Ă  travailler ensemble, aujourd’hui il leur manque la patience et le respect de l’autre pour que leur tandem fonctionne de nouveau. Et tout s’Ă©croule – l’amour comme le travail.

Frannie et Matt (Joan Cusack et Greg Germann) forment au contraire un couple harmonieux. Ils sont d’accord sur tout hormis quelques points touchant Ă  l’Ă©ducation des enfants. Que symbolisent-ils ?

Friends with moneyLe couple idĂ©al : ils sont heureux, très amoureux l’un de l’autre, ont des enfants charmants et aucun souci financier. Lorsque tout semble parfait pour un couple, on a tendance Ă  vouloir trouver le point faible. Il n’y en a pas chez Frannie et Matt. Leur bonheur absolu n’est pas liĂ© Ă  leur richesse. Je pense que ses racines sont plus profondes.

Bien qu’un peu plus jeune, Olivia (Jennifer Aniston) est en dĂ©calage par rapport Ă  ses amies. Elle apporte un contraste intĂ©ressant. Dans quelle mesure reprĂ©sente-elle le personnage central du film ?

Friends with moneyLes gens se comparent trop souvent aux autres. C’est ce que font les amies d’Olivia pour se rassurer. A cĂ´tĂ© d’elle, elles se sentent fières de leur mariage et de leur carrière professionnelle – mĂŞme si aucune d’elles n’est Ă  l’abri de la douleur ou du changement. Ce qu’Olivia perçoit elle-mĂŞme comme une « immaturitĂ© » oblige les autres Ă  affronter leurs propres problèmes… Olivia se cherche encore. Je considère comme une Ă©norme chance d’avoir su très tĂ´t ce que je voulais faire. Olivia a besoin de plus de temps. Face au succès de ses amies, elle se voit comme une moins que rien alors qu’elle ne fait qu’avancer Ă  son propre rythme. Son manque de confiance l’entraĂ®ne dans des relations amoureuses difficiles et humiliantes. Rien ne l’oblige Ă  devenir mĂ©decin ou avocat. Rien ne l’oblige Ă  se marier. Peut-ĂŞtre qu’entourĂ©e diffĂ©remment, elle aurait une tout autre image d’elle-mĂŞme. Le fait d’ĂŞtre plus jeune rend sa situation moins pathĂ©tique : cela lui laisse encore le temps de rattraper ses amies…

Bien qu’un peu surprenante, la fin du film est plutĂ´t optimiste en ce qui la concerne sur le plan sentimental…

Elle apprend Ă  ne pas s’en tenir aux apparences. Elle considère aussi qu’elle n’a plus rien Ă  perdre.

Pour ce troisième long métrage, vous avez travaillé avec des stars. Vous avez dirigé quatre actrices très célèbres dans ce qui est finalement un film choral. Quelles ont été vos impressions ?

J’Ă©tais très anxieuse, surtout lors de notre première rĂ©union pour la lecture du scĂ©nario. L’ensemble de l’Ă©quipe paraissait très intimidĂ©. Je devais les rassurer et prouver que je maĂ®trisais la situation. J’Ă©tais encore un peu tendue au moment de donner les premières directives de jeu, mais les actrices se sont montrĂ©es très ouvertes. Ensuite, je me suis sentie plus Ă  l’aise. Elles se sont très vite appropriĂ© leurs personnages, les nourrissant tout en restant fidèles Ă  ce que j’avais imaginĂ©, mĂŞme dans les scènes les plus difficiles. Quand nous avons tournĂ© la scène au Farmer’s Market Ă  Santa Monica, l’acharnement mĂ©diatique sur le divorce de Jennifer Aniston et Brad Pitt battait son plein. Nous Ă©tions entourĂ©s de paparazzi et j’ai Ă©tĂ© impressionnĂ©e de voir avec quelle facilitĂ© Jennifer Aniston et Frances McDormand ont su se concentrer sur leur jeu. La complicitĂ© entre les deux amies perceptible Ă  l’Ă©cran ne laisse absolument rien transparaĂ®tre des conditions de tournage.

Friends with moneyVous semblez apprécier Catherine Keener. Comment cette entente a-t-elle évolué au cours de vos trois collaborations ?

Je suis bien plus Ă  l’aise avec elle aujourd’hui qu’il y a dix ans, oĂą je m’Ă©vertuais Ă  utiliser de grandes tournures pour paraĂ®tre professionnelle. Je suis Ă  prĂ©sent beaucoup plus directe et naturelle – je lui demande par exemple « de marcher vers la porte et d’avoir l’air triste » ! Notre respect et notre confiance mutuels nous permettent de travailler efficacement, dans la bonne humeur.

MĂŞme si l’histoire se concentre sur les quatre amies, les hommes ont un rĂ´le important. Comment s’est passĂ© le casting des rĂ´les masculins ?

Aaron, le mari de Jane, a Ă©tĂ© le rĂ´le le plus dur Ă  distribuer car je ne voulais pas qu’un hĂ©tĂ©rosexuel ou un homosexuel fasse l’homosexuel. Quand j’ai rencontrĂ© Simon McBurney, j’ai tout de suite su qu’il Ă©tait parfait pour le rĂ´le. Il a un cĂ´tĂ© plus prĂ©cieux qu’effĂ©minĂ©. Son jeu est naturel et brillant.

L’histoire se passe Ă  Los Angeles…

En effet, mais elle aurait pu se dĂ©rouler n’importe oĂą. DĂ©goĂ»t de soi, narcissisme et souffrance ne se trouvent pas qu’Ă  Los Angeles.

Quels films vous ont influencée dans votre carrière de cinéaste ? Quand avez-vous décidé de créer des personnages aussi réalistes et complexes ?

Ce sont des films comme CONRACK, LA RANDONNEE, POPI, qui m’ont fait rĂ©aliser, enfant, combien le cinĂ©ma peut Ă©mouvoir. Adulte, j’ai Ă©tĂ© influencĂ©e par Woody Allen et Fellini avec leurs personnages un peu marginaux mais toujours très humains et drĂ´les. J’ai aussi Ă©tĂ© marquĂ©e par THE HEARTBREAK KID d’Elaine May, Albert Brooks, Jane Campion, Martin Scorsese, Jim Jarmusch et Steven Soderbergh. Après avoir vu STRANGER THAN PARADISE puis SEXE, MENSONGES ET VIDEO, j’ai sur ce que je voulais faire. J’aime qu’un film montre des personnages rĂ©alistes aussi divertissants que ceux qui sont en dĂ©calage par rapport Ă  la rĂ©alitĂ©. Voir combien les rĂ´les fĂ©minins sont artificiels m’agace. Des perdantes jouĂ©es par des femmes remarquablement sĂ©duisantes, des filles pauvres qui portent des vĂŞtements chics… Mais il y a toujours des exceptions ! MalgrĂ© son cĂ´tĂ© glamour, j’adore « Sex and the City » car cette sĂ©rie reste assez vraie quant au vĂ©cu des femmes. Le contenu dĂ©passe l’Ă©clat, le superficiel. Je me souviens, enfant, avoir lu les livres de Judy Blume, et m’ĂŞtre dit « Ce livre ne parle que de gens ordinaires menant une vie normale, et pourtant je suis incapable de le refermer… Peut-ĂŞtre que ma vie Ă  moi peut ĂŞtre aussi divertissante que la sienne ? ». C’est aussi cela que je m’efforce de livrer Ă  travers mes films.

FICHE ARTISTIQUE

Christine : …………………………………………………………………………………………. CATHERINE KEENER
Olivia : ………………………………………………………………………………………………. JENNIFER ANISTON
Jane : ………………………………………………………………………………………….. FRANCES MCDORMAND
Franny : ……………………………………………………………………………………………………. JOAN CUSACK
Aaron : ………………………………………………………………………………………………. SIMON MCBURNEY
David : …………………………………………………………………………………………………….. JASON ISAACS
Mike : …………………………………………………………………………………………………………. SCOTT CAAN
Aaron n°2 : ………………………………………………………………………………………………….. TY BURRELL
Marty : ……………………………………………………………………………………………….. BOB STEPHENSON
Matt : …………………………………………………………………………………………………….. GREG GERMANN

Gretchen : ROMY ROSEMONT, Richard : TIMM SHARP, Tammy : HAILEY NOELLE JOHNSON
Debbie : Lazarus JENN FEE, Wyatt : JAKE CHERRY, Maya : MARIN HINKLE, L’homme sĂ©duisant : TROY RUPTASH, La vendeuse : ELIZABETH KEENER, Le vendeur : JOHN SREDNICKI, Max : MAX BURKHOLDER, Marcus : BOBBY COLEMAN, Teresa : TONITA CASTRO, Raymond : MITCH ROUSE, Edie : CHRISTINE MOURAD, Marla : ILLEEN GETZ, Maria : ALEJANDRA FLORES

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Ciné Blog. Passionné de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai créé en 2005 le site Fan de Cinéma. J'aime le cinéma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en général plutôt bon public et je ne m'attache pas tant à la facture des films qu'a l'histoire qui m'est contée. En dehors de ma passion pour le cinéma, je dirige une petite Web Agency.


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