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C’est beau une ville la nuit, au cinĂ©ma le 8 novembre 2006

NOTES DE PRODUCTION

Richard Bohringer

Richard Bohringer

Au-delĂ  de toute l’amitiĂ© qui nous lie depuis une vingtaine d’annĂ©es, ce fut une rencontre d’une vie, de ma vie avec ce poète des temps modernes qu’est Richard Bohringer.

Richard, l’immense acteur, le mĂ©tronome a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© deux magnifiques tĂ©lĂ©films : « les Coquelicots » et « Poil de Carotte » qui ont Ă©tĂ© primĂ©s. « C’est beau une ville la nuit », le film est l’adaptation cinĂ©matographique de son roman du mĂŞme nom, un best-seller qui a sensibilisĂ© toute une gĂ©nĂ©ration d’adolescents dont je fus moi-mĂŞme acteur.

Son film fut avant tout une aventure humaine oĂą comme Ă  l’auberge espagnole, chacun a amenĂ© ce qu’il avait dans le ventre : ses propres convictions, ses propres envies, ses propres rĂŞves…

Son film, c’est le film d’une vie : sa vie et c’est tellement la vie, celle de l’amour des gens, de la sincĂ©ritĂ© et de l’authenticitĂ© des sentiments, Ă  fleur de peau dans chaque mot, chaque regard, chaque respiration.

C’est pour toutes ces raisons qu’il me fut tout naturel de produire ce film Ă©vènement, tant attendu, qui deviendra très certainement un film culte, un film de sociĂ©tĂ©, un film dit « de gĂ©nĂ©ration ».

« C’est beau une ville la nuit », le film, est un hymne Ă  la vie, Ă  l’amour et Ă  la jeunesse d’aujourd’hui en quĂŞte d’identitĂ© et de croyances.

Denis CHARVET

BOHRINGER BLUES, Par Jean-Pierre LAVOIGNAT

 

Je ne sais pas si comme les fĂ©lins, dont il a d’ailleurs le regard lumineux, le caractère imprĂ©visible et la fausse indiffĂ©rence, Richard Bohringer a neuf vies. Mais, assurĂ©ment, il en a plusieurs. Qu’il vit parfois parallèlement mais toujours intensĂ©ment, passionnĂ©ment, de coups de coeur en coups de gueule, de chants dĂ©sespĂ©rĂ©s en envolĂ©es lyriques, sans jamais s’Ă©conomiser, sans jamais se prĂ©server. Jusqu’au bout – rĂ©compenses, joies, brĂ»lures et blessures comprises.

La première, qui a nourri toutes les autres, est une vie d’enfant sans père ni mère laissĂ©e Ă  l’affection de sa grand mère (Mamie, personnage capital de la mythologie bohringienne) et livrĂ© Ă  lui-mĂŞme entre les villes et les champs, et entre ces deux soeurs que sont la solitude et l’imagination.

La deuxième est celle du jeune homme qui, tel un papillon attirĂ© par la lampe, va se brĂ»ler aux derniers feux de la grande Ă©poque de Saint-Germain des PrĂ©s, dĂ©couvrant dans ces rues et ces bistrots oĂą le dĂ©sir et l’inspiration circulent encore, les artistes et les gigolos, l’Ă©criture et la musique. Et tout ce qui va alors avec : la route, l’errance, le rĂŞve d’AmĂ©rique, l’Ă©blouissement de la beautĂ©, les blessures de l’amour, l’exaltation de l’alcool, l’ivresse de la libertĂ©, le paradis et l’enfer de la drogue…

 

Romane Bohringer

Romane Bohringer

Nourri de littĂ©rature et de jazz, curieux de toutes les rencontres, assoiffĂ© de toutes les aventures, le jeune homme fait feu de tout bois. Il fait alors parler de lui en Ă©crivant une pièce de théâtre (“Les girafes”) que produit Claude Lelouch, et des chansons qu’il enregistre et interprète dans des rĂ©citals rares et recherchĂ©s oĂą se pressent surtout musiciens et cinĂ©astes, lesquels ont d’ailleurs commencĂ© Ă  le faire tourner : Charles Matton (“L’italien des roses”), Alain Cavalier (“Martin et LĂ©a”), François Truffaut (“Le dernier mĂ©tro”). Sa rencontre avec un certain Jean-Jacques Beineix qui, dans son premier film, lui confie le rĂ´le d’un personnage plus zen que zen, grand amateur de tartines beurrĂ©es et de puzzles bleu marine, va bien sĂ»r modifier son destin.

Après “Diva”, une nouvelle vie s’ouvre devant Richard Bohringer, qui lui apporte confort et reconnaissance mĂ©diatique et professionnelle. Sa carrière d’acteur s’envole et prend le pas sur tout le reste. Les films s’enchaĂ®nent. “Le grand pardon”, “J’ai Ă©pousĂ© une ombre”, “L’addition”, “PĂ©ril en la demeure“, “Subway”, “Les folles annĂ©es du twist”… Jusqu’Ă  ce “Grand chemin”, de Jean-Loup Hubert, qui lui vaut en 1988 le CĂ©sar du meilleur acteur.

Il inscrira ensuite sur son carnet de bal Mocky, Zidi, Greenaway, Gainsbourg, Jugnot, Miller, Leconte, Giraudeau… Et aussi, le succès ne lui a pas fait perdre la tentation de l’inconnu, de nombreux premiers films.

 

C’est beau une ville la nuitAlors qu’il est au sommet de sa carrière d’acteur, il publie en 1988 « C’est beau une ville la nuit ». Ni un roman, ni une autobiographie, mais tout cela Ă  la fois. Des souvenirs, des blessures jamais refermĂ©es, des rencontres magiques, des histoires d’amitiĂ©s enfuies et d’amours malheureuses, des signes mystĂ©rieux, des Ă©motions partagĂ©es, des vertiges et des descentes aux enfers. Le livre d’un Ă©crivain. Un vrai, qui a traversĂ© les tĂ©nèbres et trouvĂ© sa lumière. Un auteur hantĂ© par Cendrars, Kerouac et London, bercĂ© de jazz et de blues. Le succès est tel qu’il noue Ă  jamais entre Bohringer et le public des liens chaleureux indĂ©fectibles.

Est-ce Bohringer qui, au milieu des annĂ©es 90, est trop grand pour le cinĂ©ma ou le cinĂ©ma qui est trop petit pour lui et ne lui offre pas l’occasion de faire vivre les mille personnages qui l’habitent ? Est-ce sa grande gueule, sa soif d’absolu, son incapacitĂ© Ă  rester en place, Ă  marcher sur des chemins tout tracĂ©s, son insatiable curiositĂ©, son irrĂ©pressible dĂ©sir d’ailleurs ? En tout cas, il prend ses distances avec le cinĂ©ma autant que le cinĂ©ma les prend avec lui. Et Ă  partir de lĂ , toutes ses vies cohabitent, se croisent, se rĂ©pondent, se prolongent. L’acteur, le metteur en scène, l’Ă©crivain, le voyageur, le musicien, le chanteur.

Au cinĂ©ma, il aime les aventures improbables. A la tĂ©lĂ©, il est le hĂ©ros de fictions qui lui vont comme un gant (“Un homme en colère” qui lui vaudra le 7 d’or du meilleur acteur) et il y fait ses premiers pas de rĂ©alisateur (“Les coquelicots sont revenus” et “Poil de carotte”).

CĂ´tĂ© Ă©dition, il publie deux autres livres aux titres toujours aussi Ă©tranges et aussi beaux : “Le bord intime des rivières” et “L’ultime conviction du dĂ©sir”.

CĂ´tĂ© musique, il forme un groupe, Aventures, avec lequel il prend la route et sillonne le monde. D’autant qu’entre temps, l’Afrique, d’abord mythique et imaginaire, a fait concrètement irruption dans sa vie (grâce au tournage d’“Ada dans la jungle” de GĂ©rard Zingg, et des “Caprices d’un fleuve” de Bernard Giraudeau) et l’a imprĂ©gnĂ© Ă  jamais, nourrissant son inspiration, son quotidien et sa musique. Richard Coeur de Lion est devenu Bohringer l’Africain. L’acteur-poète est devenu griot. Et chante tout naturellement … les pages de « C’est beau une ville la nuit » !

Car, depuis le succès du livre et cette fraternitĂ© qu’il a suscitĂ©e, ce titre, aussi pur, aussi simple, aussi Ă©vocateur que le plus beau des poèmes, est devenu sa marque, ses armoiries, son Ă©tendard.

Un Ă©tendard qu’il a portĂ© sur tous les champs de bataille. « C’est beau une ville la nuit » Ă  la radio, pour des Ă©missions nocturnes et musicales d’heureuse mĂ©moire ; Ă  la tĂ©lĂ©, pour une sĂ©rie sur quelques grandes villes mythiques ; et donc sur scène, en musique.
Et enfin, aujourd’hui, au cinĂ©ma …

Ce film, il y a longtemps qu’il tournait autour. Et puis, un jour, il y a deux ou trois ans, il a senti qu’Ă  soixante ans et quelque, il ne pouvait plus se dĂ©rober devant ce qui Ă©tait son destin. « Il n’y a pas eu de vrai dĂ©clic, dit-il. Juste l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© ».

 

C’est beau une ville la nuitIl se met au travail avec un scĂ©nariste, Gabor Rassov pour qu’il l’aide Ă  trier dans ses souvenirs, tout en sachant que ce scĂ©nario n’est « qu’un prĂ©texte, qu’une rampe de lancement, qu’une porte ouverte sur le hasard et la vie qui, j’en Ă©tais sĂ»r, ne manqueraient pas de faire irruption sur le tournage ». Il embarque avec lui dans l’aventure Denis Charvet, ancien international de rugby, qui, depuis une dizaine d’annĂ©es, s’invente un chemin dans le cinĂ©ma. « Je l’ai connu quand il Ă©tait sportif de haut niveau, on a appris Ă  devenir potes. Et je lui ai demandĂ© de venir produire le film pour qu’on rĂ©ussisse quelque chose ensemble. Trouver le financement d’un projet pareil, aussi atypique dans le cinĂ©ma formatĂ© d’aujourd’hui, n’a pas Ă©tĂ© chose facile.. Ce qui est sĂ»r, c’est que sans France 2, Canal+, Air SĂ©nĂ©gal et sans Claude LĂ©ger du QuĂ©bec, on n’aurait pas pu le faire.»

S’il y joue son propre rĂ´le, il demande Ă  François NĂ©gret, qu’il considère « comme un fils », d’interprĂ©ter son personnage jeune et Ă  Robinson StĂ©venin de jouer en quelque sorte son double imaginaire : un jeune Ă©crivain qui, ne lâchant jamais sa vieille Underwood, Ă©crit l’histoire au fur et Ă  mesure qu’elle se dĂ©roule, et s’apprĂŞte donc Ă  revivre tout ce que Richard a vĂ©cu « mais en plus gai ». Bien sĂ»r, il engage sa fille, Romane, pour lui faire jouer son propre rĂ´le dans cette histoire oĂą l’on ne sait jamais oĂą s’arrĂŞte la vĂ©ritĂ© et oĂą commence la fiction – belle manière aussi de montrer tout Ă  la fois la place qu’elle a dans son parcours, dans sa vie, et l’Ă©tendue de son talent d’actrice.

Puis, pour les entourer, il fait appel Ă  des acteurs rares, « compagnons magnifiques » qu’il aime depuis toujours, peut-ĂŞtre justement parce qu’ils sont en marge et qu’ils ne sortent pas toujours indemnes de ce feu qui les brĂ»le : Luc Thuillier, RĂ©mi Martin, Jacques Spiesser… Enfin, Ă  la Mamie de son enfance, il donne les visages d’Annie Girardot et d’Annie Cordy.

Le tournage se dĂ©roule sur trois mois, de septembre Ă  dĂ©cembre 2005, entre la France, le Canada et l’Afrique. Le scĂ©nario n’est vraiment qu’un point de dĂ©part. Lui qui disait dans “Le bord intime des rivières”, « je ne suis pas un gars de la syntaxe, je suis de la syncope, du bouleversement ultime », entend filmer comme il Ă©crit. « A l’inspiration ». Et il reconnaĂ®t que ça ne simplifie pas toujours le travail de l’Ă©quipe. Il rĂŞve en effet d’un cinĂ©ma sans plan de travail, sans autorisation, lĂ©ger, mobile, Ă  la volĂ©e. Il voit son film comme il voyait son livre. Ni roman, ni autobiographie, ni document-vĂ©ritĂ© mais tout cela Ă  la fois. Entre le rĂ©cit initiatique, le road-movie, le home-movie et le carnet de voyage d’un groupe de blues en tournĂ©e. Entre les souvenirs, le chant d’espoir, la dĂ©claration d’amour d’un père Ă  sa fille, d’un Ă©crivain Ă  l’Ă©criture, d’un musicien Ă  la musique, d’un homme Ă  la vie… Un film comme son livre, comme ses livres, qui serait comme l’un des morceaux choisis d’un blues incessant et cadencĂ© et ne ressemblerait Ă  rien d’autre qu’Ă  son auteur.

C’est beau une ville la nuitBien sĂ»r, il recrĂ©e ce qu’il a Ă©crit, fait revivre des situations qu’il a vĂ©cues et des personnages qu’il a croisĂ©s, mais se laisse aussi porter par ce qu’il voit, par ce qu’il vit. ObsĂ©dĂ© par la libertĂ© de cinĂ©astes comme Cassavetes, par le champ des possibles qu’arpentent poètes et jazzmen, il traque « les errances de l’âme » partout oĂą elles se trouvent, et saisit sur le vif « de grands moments humains » comme dans ce cabaret de la dernière chance qui sonne plus vrai que nature. Il invente la vĂ©ritĂ© – ce qui n’empĂŞche pas la mythologie. Il transforme MontrĂ©al en Harlem, un pavillon de banlieue en champ de bataille. Il rajoute des images de ses concerts, y mĂŞle des scènes avec Robinson StĂ©venin et Romane, y inclut Paul Personne venu un soir faire un boeuf … Il rĂ©Ă©crit au jour le jour, dĂ©place des scènes d’un acteur Ă  l’autre, en invente de nouvelles. Ce n’est peut-ĂŞtre pas orthodoxe mais, comme dirait Depardieu, on ne change pas les rayures du zèbre. C’est comme ça qu’il est. Il fait le cinĂ©ma qu’il aime – et dont il rĂŞve. Un cinĂ©ma oĂą l’on ne sait plus ce qui est vĂ©cu, rĂŞvĂ©, craint, subi, inventĂ©, fantasmé…

Et voilĂ  d’ailleurs, qu’entre le scĂ©nario et le film terminĂ©, une fois encore l’Afrique a fait irruption. Comme un personnage dĂ©sormais incontournable. Images brulĂ©es et brulantes – qu’il retournera pour la plupart chercher en Ă©quipe encore plus rĂ©duite, une fois le tournage « officiel » terminĂ© ! LĂ  aussi, le hasard l’accompagne, qui a mis sur sa route un grand bateau blanc semblable Ă  celui qui hante ses rĂŞves et ses cauchemars depuis des annĂ©es, depuis qu’il a failli y laisser la vie alors qu’il naviguait Ă  son bord sur une mer de l’autre cĂ´tĂ© du globe…

Tout ça, bien sĂ»r, n’est pas toujours simple ni Ă©vident. « Le tournage, c’est du bonheur, notamment quand les acteurs magnifient une scène, la portent jusqu’Ă  l’incandescence, mais Ă  la condition aussi qu’au mot bonheur, on ajoute âpretĂ©, vertige, marmonnement intĂ©rieur, doute… »

 

C’est beau une ville la nuit

Les prises de vues terminĂ©es, il rĂ©Ă©crit le film une troisième fois. Avec la complicitĂ© Ă©clairĂ©e et chaleureuse du monteur quĂ©bĂ©cois, Yves Langlois. Comme des musiciens faisant des variations sur un thème, ils cherchent ensemble le rythme des images, la cadence des sĂ©quences, dĂ©plaçant les unes et les autres au grĂ© de leur inspiration, rajoutant une voix off, modifiant la musique, soulignant un effet, libĂ©rant une Ă©motion, sans cesse remettant sur le mĂ©tier leur ouvrage. Jusqu’au tout dernier moment. Jusqu’au moment oĂą il lui faut bien accepter que, dĂ©sormais, le film vive sa vie sans lui. « Ce film, c’est un hymne Ă  la libertĂ©, Ă  l’amour, au droit de rĂŞver, au droit d’envoyer sa jeunesse plus loin que l’horizon. C’est aussi une prière, un film incantatoire, qui dit que si on n’est pas bien lĂ  oĂą l’on est, il faut prendre la route, il faut se jeter avec passion dans quelque chose qui vous ressemble… Je me dis que ce sont des choses qui devraient parler Ă  tous ces jeunes lascars, Ă  toutes ces jeunes filles que je croise sur la route, dans mes concerts, dans la rue… » Et lĂ , on se met Ă  penser Ă  ces mots du “Bord intime des rivières” : « J’Ă©cris pour ĂŞtre avec les autres. Ceux que j’ai connus. Ceux que je vais connaĂ®tre. Ceux que je ne connaĂ®trai jamais. J’Ă©cris pour ĂŞtre meilleur humain. Pour Ă©viter la disgrâce » Il suffit juste de remplacer le mot Ă©crire par le verbe filmer pour comprendre que le blues âpre et profond qui monte de l’oeuvre de Bohringer ne connaĂ®t pas de frontière et qu’il est riche d’autant de mĂ©lancolie que d’espĂ©rance.

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Ciné Blog. Passionné de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai créé en 2005 le site Fan de Cinéma. J'aime le cinéma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en général plutôt bon public et je ne m'attache pas tant à la facture des films qu'a l'histoire qui m'est contée. En dehors de ma passion pour le cinéma, je dirige une petite Web Agency.


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