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Jamel Debbouze dans Indigenes, en salles le 27 septembre 2006

Synopsis

1943. Ils n’avaient encore jamais foul√© le sol fran√ßais, mais parce que c’est la guerre, Sa√Įd, Abdelkader, Messaoud et Yassir vont s’engager comme 130 000 autres ¬ęIndig√®nes¬Ľ dans l’arm√©e fran√ßaise pour lib√©rer ¬ęla m√®re patrie¬Ľ de l’ennemi nazi. Ces h√©ros que l’Histoire a oubli√©s vaincront en Italie, en Provence, et dans les Vosges, avant de se retrouver seuls √† d√©fendre un village alsacien contre un bataillon allemand.

Entretien avec Rachid Bouchareb

Le bon moment

Rachid Bouchareb

Rachid Bouchareb

Il arrive un moment o√Ļ les choses ont fini de s’assembler, o√Ļ elles ont m√Ľri, et pour moi, cet instant-l√† est survenu lorsque je venais de finir LITTLE SENEGAL.

J’ai toujours baign√© dans l’histoire de l’immigration. C’est l’histoire de ma famille. Un de mes oncles a fait la guerre d’Indochine, nous avons v√©cu la guerre d’Alg√©rie, et j’ai m√™me un arri√®re-grand-p√®re qui a fait 14-18. J’ai toujours √©t√© au carrefour de la colonisation, de la d√©colonisation, de l’immigration, de tous ces hommes qui ont fait l’Histoire de France.

Avec Olivier Lorelle, mon cosc√©nariste, nous avons fait des recherches pendant plus d’un an. Nous avons commenc√© par √©cumer le service de documentation des arm√©es. J’ai m√™me trouv√© des documents du Minist√®re de la D√©fense au nom de Nac√©ry, Debbouze, les anc√™tres de ceux que nous connaissons tous. Nous avons aussi travaill√© en biblioth√®que mais surtout, nous sommes all√©s √† la rencontre de ceux qui ont v√©cu cette p√©riode. Nous voulions √©couter ce qu’ils avaient √† dire. Nous nous sommes donc rendus √† Bordeaux, √† Marseille, √† Nantes mais aussi au S√©n√©gal, au Maroc, en Alg√©rie. Nous nous sommes nourris de leurs exp√©riences, de leurs sentiments. C’est √† cette p√©riode que je me suis dit que le film ne pouvait pas √™tre l’histoire d’un seul homme. Il fallait ouvrir sur le continent africain.

Indigenes, le film

Indigenes, le film

Il a ensuite fallu dig√©rer tous les faits amass√©s. Je souhaitais faire un film et non un documentaire. Un docu-fiction aurait aussi √©t√© un pi√®ge. Le cin√©ma doit tenir compte du spectateur, il doit avoir une dimension qui d√©passe le contexte historique pour plonger au coeur de l’humain, au plus pr√®s de ce qui nous touche, au-del√† de toutes les diff√©rences.

Pour moi, le cin√©ma est un vecteur de rencontres, d’√©motions, qui donne d’abord √† ressentir m√™me s’il donne en plus √† d√©couvrir. Il n’y avait que comme cela que je pouvais porter l’histoire et cr√©er un lien avec le spectateur. Je ne voulais pas √™tre didactique, cela ne sert √† rien. Nous avons d√©velopp√© le sc√©nario sur deux ans et demi. Il nous a fallu vingt-cinq versions pour arriver √† d√©passer l’Histoire et nous concentrer sur la mati√®re humaine, sur les petits d√©tails du quotidien qui restituent la vie mieux que tous les discours.

En me documentant, j’ai trouv√© un article vieux d’il y a cinq ans qui parlait d’un village d’Alsace qui venait d’√©riger un monument aux morts d√©di√© √† une centaine de tirailleurs venus prot√©ger la population. Ils avaient tenu jusqu’au bout, subissant des pertes √©normes. Ce fait divers cristallisait mon envie de raconter la destin√©e d’un groupe h√©t√©rog√®ne qui se soude face √† l’√©preuve. J’√©tais en plus d√©cid√© √† ne m’appuyer que sur des √©l√©ments authentiques. J’ai donc √©crit l’histoire de la mission, de ces hommes qui se retrouvent dans un village perdu et vont se sacrifier au nom de la libert√© de la M√®re Patrie.

Les comédiens et les personnages

Indigenes, le film

Indigenes, le film

D√®s le d√©part, j’en ai parl√© aux com√©diens parce que je n’imaginais pas ce film autrement que collectif. J’ai choisi mes acteurs en fonction d’une sensibilit√©. J’en connaissais d√©j√† certains personnellement, mais je les appr√©ciais tous professionnellement. Je suis all√© les voir, je leur ai expos√© mon projet, ils ont tous √©t√© int√©ress√©s, et je leur ai dit qu’on se reverrait lorsque j’aurais un sc√©nario ! Ils ont √©t√© les premiers dont j’ai vu l’enthousiasme. Ce projet d√©passait le simple fait de faire un film, il y avait une dimension suppl√©mentaire.

Pour cr√©er les personnages, je me suis surtout inspir√© de mes rencontres avec les anciens. Yassir, le goumier, est n√© de ces moments – j’ai rencontr√© un Yassir dans un foyer de Nantes. Sa√Įd, le gardien de ch√®vres, existe aussi. D’autres personnages sont la somme de plusieurs personnalit√©s. Abdelkader s’inspire aussi de personnages comme Ben Bella, qui a fait la Seconde Guerre mondiale, a √©t√© d√©√ßu et a r√©agi en devenant nationaliste. J’ai aussi rencontr√© trois personnages qui ont connu des femmes en France, s’y sont install√©s et y ont fait leur vie.

Indigenes, le film

Indigenes, le film

Au d√©but, le sc√©nario durait trois heures et demie, et il commen√ßait en Afrique. On a √©t√© oblig√©s de resserrer sur les pays du Maghreb. Je n’ai pas √©crit de personnage pr√©cis pour chaque com√©dien. Je voulais me sentir libre au moment de l’√©criture. Jamel aurait tr√®s bien pu jouer Abdelkader. Je ne voulais pas de contrainte et les r√īles √©taient interchangeables.

Puisque Jamel allait gal√©rer avec nous et porter le film en tant qu’acteur, je lui ai demand√© de m’aider et d’accepter d’√™tre un des coproducteurs. Et nous nous sommes lanc√©s dans l’aventure. Un √† un, nous avons d√©march√© les financiers du cin√©ma, puis nous sommes all√©s voir l’Assembl√©e Nationale, le S√©nat, les r√©gions – m√™me certaines o√Ļ nous n’avons pas tourn√©. Nous sommes aussi all√©s en Alg√©rie, au Maroc, dans les minist√®res. La d√©marche a √©t√© longue et tout le monde a d√Ľ s’y mettre, mais je n’ai jamais eu de doute. Ce film allait se faire. La n√©cessit√© de raconter cette histoire √©tait une telle √©vidence qu’il n’y avait pas d’autre alternative ! Parfois, l’√©nergie d’un projet vous d√©passe et vous entra√ģne. C’est comme cela que j’ai v√©cu le film ! C’est gr√Ęce √† cette certitude que les choses ont pu avancer. Le sujet √©tait tellement porteur que je me sentais une obligation morale de le faire aboutir.

Jamel Debbouze dans indigenes

Jamel Debbouze dans indigenes

Sa√Įd, par Jamel Debbouze

Lorsque Rachid Bouchareb est venu me parler de son projet, il a d’abord fait un parall√®le entre ce que nous faisons tous les deux. Il m’a dit que m√™me si nous ne faisions pas le m√™me m√©tier, nous nous battions tous les deux pour faire reculer les pr√©jug√©s. √Ä ses yeux, il √©tait temps de faire ce film, ensemble. Il m’a aussi confi√© que selon lui, cela n’aurait pas √©t√© possible cinq ans auparavant parce qu’il n’y avait pas encore une diversit√© suffisante d’acteurs pour raconter une telle histoire.

Je connaissais mal la r√©alit√© de l’engagement des ¬ęIndig√®nes¬Ľ pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme pour toutes les jeunes g√©n√©rations, c’est un aspect qui a √©t√© occult√©. C’est Rachid qui m’a montr√© le certificat du Minist√®re de la D√©fense Nationale attestant de l’engagement de mon grand-p√®re, Sa√Įd Debbouze, dans le 7√®me bataillon du deuxi√®me r√©giment. On ne m’en avait jamais vraiment parl√© dans ma famille, sauf un peu ma m√®re et ma grand-m√®re, qui savait seulement que son mari √©tait parti se battre. J’ai √©t√© agr√©ablement surpris de voir √† quel point tout ce que j’avais toujours cru √©tait vrai. Savoir que mon grand-p√®re avait √©t√© tirailleur et s’√©tait battu pour la M√®re Patrie renfor√ßait encore un sentiment profond que j’ai toujours eu en moi. Ce pays est le mien, je suis un enfant de la France. Il n’est pas question d’autre chose que d’√™tre en paix, √† sa place, en sachant qui on est, d’o√Ļ l’on vient, et d’en finir une fois pour toutes avec ce sentiment d√©testable qui, parfois relay√© par les institutions, essaie de vous faire croire que vous √™tes un √©tranger.
Cette impression bizarre de se sentir √©tranger chez soi est schizophr√©nique. Apr√®s ce film, beaucoup seront tranquillis√©s, ils sauront qu’ils sont √† la maison !

Ce film ne va rien exacerber, il va apaiser, simplement parce qu’il dit. Nos parents ne se sont jamais sentis tranquilles. Aujourd’hui, les gens de ma g√©n√©ration, issus de la m√™me histoire que la mienne, sauront qu’ils sont chez eux et que leur avenir est l√† ! Aussi curieux que cela puisse para√ģtre, je me suis toujours senti fran√ßais, et uniquement fran√ßais ! Je ne comprends pas pourquoi il serait n√©cessaire de pr√©ciser mes origines marocaines. Comme tous mes potes, je suis un enfant de ce pays. Quand je vais au Maroc, on m’appelle immigr√© ; quand je suis ici, on me traite d’immigr√© ! Jusqu’√† quand ?

Rachid savait que le projet ne serait pas facile √† monter, et il m’a aussi demand√© d’√™tre l’un des coproducteurs du film. En plus de participer financi√®rement, je me suis personnellement investi avec lui pour aller chercher des fonds. Nous avons demand√© aux r√©gions, √† l’√Čtat fran√ßais, au Royaume du Maroc et le plus souvent, nous avons trouv√© un soutien. C’√©tait la premi√®re fois que je m’investissais dans une production et j’ai accompli des choses que je n’aurais jamais crues possibles !

Rachid fait un cin√©ma au service des autres, et j’aime √ßa. Il ne se contente pas de distraire, il met aussi des mots sur les non-dits. Au-del√† de l’aspect historique, c’est une aventure humaine absolument incroyable. Rachid nous entra√ģne sur les traces de quatre hommes que rien ne pr√©disposait √† se rencontrer et √† vivre ce qui les attend. La guerre fait cet effet √† tout le monde, elle change les destins, elle √©crit l’Histoire. Mais Abdelkader, Messaoud, Yassir et Sa√Įd sont des humains, avec leurs limites, leurs r√™ves, et ils se retrouvent dans quelque chose qui les d√©passe. Ils sont l√† pour lib√©rer la M√®re Patrie, l’ennemi est d√©sign√©, c’est le nazisme, mais leur camp n’est pas toujours d’une grande loyaut√©. C’est tout cela qu’ils vont affronter, ensemble, jusqu’√† finir √† quelques-uns, seuls, loin des drapeaux et des ordres, confront√©s √† leur seule conscience. C’est un parcours bouleversant, qui parlera √† tout le monde. On est avec eux, on se met √† leur place, et c’est une des forces du cin√©ma de Rachid.

Jamel Debbouze dans indigenes

Jamel Debbouze dans indigenes

Au-del√† des motivations personnelles, il y avait aussi un magnifique personnage √† d√©fendre, √† faire exister. Lorsque j’ai eu fini de lire le sc√©nario, je me suis dit que c’√©tait exactement le film que j’attendais. C’est une impression unique ! Tout me touchait. Je me suis laiss√© gagner par ce personnage th√©oriquement assez √©loign√© de moi. Sa√Įd est introverti. Sa m√®re a beaucoup d’importance pour lui et c’est un point que nous avons en commun. Sans la foi qu’avait la mienne en moi, je n’aurais jamais r√©ussi. Lui par contre, se sent un peu √©touff√© par cette femme qui le surprot√®ge. Pour lui, l’engagement est aussi une fa√ßon d’aller voir ailleurs, d’avoir une chance de devenir libre. Sa√Įd n’a jamais d√©cid√©. Il a le respect de tout. Sa relation avec le sergent Martinez va faire de lui un homme. Il a fallu que j’aille au fond de moi pour retrouver cette fragilit√©. Je pensais que le succ√®s l’avait √©limin√©e mais je me suis vite aper√ßu qu’elle ne m’a jamais quitt√© et qu’elle n’est pas loin. J’ai en moi, pour toujours, un c√īt√© gardien de ch√®vres.

Ce personnage est venu vers moi, comme je suis venu vers lui. Plus Rachid me demandait d’entrer dans Sa√Įd, plus je m’apercevais qu’il me ressemblait ! Je l’ai compris d√®s la premi√®re sc√®ne, lorsque je prends le coup de crosse au ventre de la part du sergent. Tout mon personnage est l√†. C’est le plus fragile de tous. Il va d’abord √™tre la ris√©e de ses camarades mais ira jusqu’√† forcer leur respect. Sa relation avec Martinez va aussi l’obliger √† choisir par lui-m√™me. Ce sergent est un peu un p√®re pour lui. Paradoxalement, tout en √©tant le plus fragile et le plus innocent, Sa√Įd est certainement le plus libre de la bande. Il vit au contact des gens, sans attaches et sans grands discours.

Nous avions tellement pr√©par√© le film que lorsque nous nous sommes tous retrouv√©s en costumes, il y avait comme une √©vidence. Personne n’avait la m√™me fa√ßon de travailler, de se concentrer, mais au moment o√Ļ Rachid disait ¬ęAction !¬Ľ, tout s’embo√ģtait parfaitement. Nous √©tions tous au service d’une histoire, d’un metteur en sc√®ne qui savait exactement ce qu’il voulait raconter. Pour tous ceux qui aiment le cin√©ma, INDIG√ąNES est un film aussi spectaculaire qu’humain, et pour beaucoup, je crois qu’il va enfin leur permettre de trouver sereinement leur place dans notre pays.

Indigenes, le film

Indigenes, le film

Liste artistique

Jamel Debbouze (Sa√Įd)
Samy Nacéri (Yassir)
Roschdy Zem (Messaoud)
Sami Bouajila (Abdelkader)
Bernard Blancan (Martinez)
Mathieu Simonet (Leroux)
Beno√ģt Giros (Capitaine Durieux)
Mélanie Laurent (Jeune fille village Vosges)
Antoine Chappey (Le Colonel)
Assaad Bouab (Larbi)

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Cin√© Blog. Passionn√© de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai cr√©√© en 2005 le site Fan de Cin√©ma. J'aime le cin√©ma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en g√©n√©ral plut√īt bon public et je ne m'attache pas tant √† la facture des films qu'a l'histoire qui m'est cont√©e. En dehors de ma passion pour le cin√©ma, je dirige une petite Web Agency.


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