Articles Commentaires

Cine Blog » Films » Chacun sa nuit, au cin√©ma le 20 septembre 2006

Chacun sa nuit, au cinéma le 20 septembre 2006

point de départ du film

Pascal Arnold

Pascal Arnold

Pascal Arnold : C’est dans un journal que j’ai d√©couvert le fait divers qui a inspir√© CHACUN SA NUIT. Le fait que les protagonistes de ce fait divers n’ont jamais expliqu√© leurs actes a provoqu√© mon imaginaire. S’il y avait eu des raisons pr√©cises derri√®re tout √ßa, je n’aurais jamais √©crit cette histoire. En passant un tel fait divers au prisme de la fiction, je cherchais √† cerner comment des adolescents pouvaient arriver √† cet extr√™me-l√†. R√©guli√®rement des adolescents ou des jeunes adultes passent √† l’acte, dans une r√©volte √† priori inexplicable, dans la sph√®re de l’intime. Notre film n’entend pour rien d√©montrer, ni livrer de quelconques explications psychologiques. On souhaitait juste questionner un manque de rep√®res de plus en plus √©vident dans notre soci√©t√©, o√Ļ, par voie de fait, la trahison comme ce meurtre est le point ultime. On en arrive √† tuer ceux qui nous ressemblent puisque certains jeunes, s’affirmant peut-√™tre dans un rejet de ce qu’ils sont, s’en prennent de plus en plus √† ceux auxquels ils ressemblent. √Ä l’heure des r√©volutions introuvables, ces adolescents-l√† sont √† la recherche de moyens pour exprimer leur mal-√™tre existentiel.

 

Jean-Marc Barr

Jean-Marc Barr

Jean-Marc Barr : On avait alors d√©j√† un autre long-m√©trage en projet mais j’ai imm√©diatement su qu’il fallait commencer par celui-ci. Parce que son sc√©nario me plaisait vraiment avec √† la fois du r√©alisme et de la po√©sie. Il y avait un exotisme √©vident dans l’univers cr√©√©. Je voyais dans cette histoire une joie et un amour qui permettaient une trag√©die humaine √† laquelle on pouvait s’identifi er. Il y a dans ce film quelque chose capable de relier le spectateur avec le mal-√™tre qui a cours dans notre √©poque : un certain manque de rep√®res. Pour cela, on a souhait√© montrer toute la lumi√®re qui entoure nos personnages malgr√© la noirceur de leur environnement et de leurs actes. Entre eux, il y a quelque chose de rassurant et d’apaisant. Donc de troublant pour le spectateur. CHACUN SA NUITpeut offrir des rep√®res un peu diff√©rents √† la jeunesse, une autre mani√®re d’appr√©hender le monde. L’individualit√© du personnage de Pierre repr√©sente un espoir : l’humain, chacun dans ses particularit√©s, peut exister malgr√© l’√©touffement de l’√©poque. Pierre manifeste son d√©sir de vie. Il nourrit cet espoir jusqu’√† la mort car il assume jusqu’au bout son individualit√©. On ne fait pas assez attention aux √™tres ‚Äúsacrifi √©s‚ÄĚ d’une √©poque.

travail en duo

Pascal Arnold et Jean Marc Barr

Pascal Arnold et Jean Marc Barr

Pascal Arnold: Pour la premi√®re fois dans notre collaboration, j’ai √©crit le sc√©nario seul. Mais cela n’a rien chang√© √† notre travail commun. Et on l’a d’ailleurs retravaill√© ensemble, une fois la premi√®re version achev√©e. Pour autant, je suis toujours incapable d’entrer dans les d√©tails pr√©cis de notre collaboration. C’est une alchimie qui rec√®le sa part de myst√®re. Comme dans toute exp√©rience forte, trop expliquer tue l’illusion (rires). Nos diff√©rences sont un terreau cr√©atif stimulant.

Jean-Marc Barr : Moi je dirais que dans notre duo, ma force est de privil√©gier l’instinct √† la perfection. Pascal, lui, fait le plus dur. Il accouche de l’histoire, il d√©fi nit un style. Il poss√®de cet art du sc√©nario que je n’ai pas. Il se nourrit de tout ce qu’il a lu et vu pour cr√©er un univers de plus en plus singulier. Et je le laisse s’envoler ! (rires) J’aime notre collaboration pour son dynamisme, pour notre capacit√© √† rebondir, √† encha√ģner. En sortant du laboratoire Eclair avec les pellicules sous le bras, j’avais en t√™te l’id√©e que ce fi lm allait sans doute bousculer des vies, comme TOO MUCH FLESH, √† son √©poque, a pu infl uencer des gens.

les intentions

Pascal Arnold : A mes yeux, notre trilogie sur la libert√© – LOVERS, TOO MUCH FLESH, BEING LIGHT – constitue un seul et m√™me fi lm. CHACUN SA NUIT est donc en quelque sorte notre deuxi√®me long m√©trage. Nous souhaitions avancer dans notre fa√ßon de faire du cin√©ma. Ainsi, avec ce fi lm, on ne voulait pas de structure lin√©aire. On souhaitait prendre des ingr√©dients du fi lm de genre – le polar avec l’enqu√™te – pour les distiller √† l’int√©rieur des relations tr√®s fortes qui unissent ce groupe d’adolescents. Le pari du fi lm r√©sidait dans la r√©ussite de ce cocktail. Car avec Jean-Marc, on est tr√®s √©clectiques dans nos go√Ľts et nos d√©sirs de cin√©ma. Si on avait envie d’aller vers le fi lm de genre et de¬Ľ marquer une rupture visuelle dans notre mani√®re de r√©aliser, il n’√©tait pas question de perdre pour autant notre style en cours de route. CHACUN SA NUIT devait aussi s’appuyer sur des personnages forts, des relations passionn√©es et nos th√®mes de pr√©dilection : le corps et la sexualit√©. On voulait aborder ce sujet sans complaisance en se focalisant sur le contraste entre les √©nergies √† priori insouciantes de ce groupe d’adolescents et un acte violent o√Ļ coupables et victime se ressemblent √©trangement.

Jean-Marc Barr : Avant CHACUN SA NUIT, on avait d√©j√† √©crit deux polars en anglais. Il y a donc chez nous le d√©sir d’une nouvelle trilogie, cette fois-ci consacr√©e aux fi lms noirs. C’est un univers que je connaissais pourtant mal il y a encore cinq ans mais durant toute cette p√©riode, Pascal m’a nourri d’auteurs du genre. Je me suis alors peu √† peu impr√©gn√© de cet univers et l’envie de nous y plonger est donc n√©e tout naturellement. Avec, bien √©videmment, en toile de fond le d√©sir de tisser des liens entre l’intrigue polici√®re de notre fi lm et la r√©alit√© de la soci√©t√© d’aujourd’hui. Le cin√©ma na√ģt de la r√©union de personnes sur un projet, pas de la seule volont√© de l’auteur. Et on a eu ici la chance de r√©unir une bande de jeunes com√©diens qui a vraiment eu envie de faire cette histoire. D√®s la phase de casting, on a vu qu’ils avaient d’embl√©e su capter nos intentions : montrer tr√®s vite √† l’√©cran la force de l’amour qui unissait leurs personnages pour pouvoir ensuite entrer dans la trag√©die. On a travaill√© avec des com√©diens purs et pas encore corrompus par le syst√®me. On avait juste envie de faire un beau film tous ensemble. Aucun ego n’√©tait mis en avant. Les conditions de travail √©taient loin d’√™tre g√©niales mais se sont av√©r√©es id√©ales pour ce film. On √©tait tous ensemble tout le temps dans cette grande maison lou√©e pour l’occasion et on pouvait donc concentrer √† chaque instant notre envie de communiquer un espoir dans un monde qui en est cruellement d√©pourvu en ce moment.

Chacun sa nuit, le film

Chacun sa nuit, le film

 

Le casting :

Pascal Arnold : Au d√©part, on s’√©tait focalis√© sur la recherche d’acteurs connus pour faciliter le financement du film. A cause de la sexualit√© et de la violence inh√©rentes √† notre sujet, on savait en effet qu’on n’obtiendrait sur sc√©nario ni l’avance sur recettes (* nous l’avons obtenue mais apr√®s r√©alisation, √† la vision du film) ni l’aide financi√®re des cha√ģnes t√©l√© hertziennes. Et on s’est plant√©. On est sorti effondr√© de notre premi√®re lecture avec les cinq com√©diens choisis pour les r√īles principaux ! On √©tait √† c√īt√© du film. On avait trop vieilli les personnages en passant de 18-20 ans √† 20-25 ans, ce qui change beaucoup √† cet √Ęge. Bref, on avait perdu la couleur qu’on souhaitait donner √† notre projet et on allait droit dans le mur. On a donc tout mis par terre. Cela constituait un risque au niveau du financement. Mais on √©tait oblig√© d’en passer par l√† pour faire le film qu’on voulait. On est donc reparti en casting. On a auditionn√© 300 jeunes acteurs pour en retenir √† nouveau cinq.

Quand Lizzie Brocher√© est entr√©e dans le bureau, on a tout de suite su qu’on avait trouv√© notre Lucie. Elle d√©gage une d√©termination incroyable, une sensibilit√© intelligente et on a d√©couvert, plus tard sur le plateau, son extr√™me professionnalisme. C’est une grosse bosseuse et une grande actrice en devenir.

Arthur Dupont, lui, joue Pierre. Comme pour Lucie, on avait du mal √† trouver notre com√©dien et on avait tendance √† chercher quelqu’un de plus costaud physiquement. Mais, l√† encore, d√®s qu’on l’a vu, on a su que c’√©tait lui. Son petit c√īt√© James Dean fran√ßais nous amusait. Et on a tout de suite compris √† quel point la cam√©ra le transfigurait. Pour le r√īle de S√©bastien, on avait cast√© Pierre Perrier avant de le voir dans DOUCHES FROIDES. On l’a choisi parce qu’il nous faisait penser √† son personnage – un peu carr√©, un peu macho – mais aussi parce qu’on sentait derri√®re tout cela une sensibilit√© extr√™me. On ne s’est pas tromp√©.

Guillaume Bach√©, lui, nous a aussi emball√©s lors des essais. On aimait son c√īt√© ¬ęoff-Paris¬Ľ, sa fa√ßon de parler et son aisance corporelle. C’est un sportif, un surfeur.

Quant à Nicolas Nollet, il est le dernier arrivé sur ce projet. Pour jouer Baptiste, on avait choisi un autre comédien qui nous a plantés à dix jours du tournage. Comme on était déjà à Aix-en-Provence, on a organisé un nouveau casting sur place. Et on est tombé sur lui qui correspondait pile à nos yeux au personnage de Baptiste. Un peu plus réservé que les autres mais très cash quand il a à dire quelque chose.

Enfin, pour jouer la m√®re de Lucie et Pierre, on a tout de suite eu envie de quelqu’un de d√©cal√© . On aime ce type de challenge. On essaie toujours de ne pas √™tre dans le formatage. On a pens√© √† Val√©rie Mairesse, dont j’appr√©cie depuis longtemps le travail chez Varda, Tarkovski ou au th√©√Ętre.

Chacun sa nuit, le film

Chacun sa nuit, le film

 

Jean-Marc Barr : Pour le r√īle interpr√©t√© par Lizzie, il fallait un genre de Simone Signoret, une actrice avec la m√™me audace, la m√™me intelligence et la m√™me beaut√© naturelle. Lizzie est arriv√©e en retard au casting et quand j’ai commenc√© √† la filmer pendant l’audition, l’honn√™tet√© et la simplicit√© avec lesquelles elle lan√ßait les phrases, et sa beaut√© √©vidente montraient qu’elle √©tait Lucie.

Quand j’ai film√© Arthur √† l’audition, il pr√©sentait quelque chose de tellement normal dans ses gestes et dans son attitude que le r√īle de Pierre devenait n’importe quel jeune. Tout √† coup il √©tait √©vident que l’histoire serait plus forte si pour l’incarner on ne choisissait pas une sorte de ¬ęDieu¬Ľ mais quelqu’un qui ressemble au fils du voisin. Et c’√©tait encore plus sexy d’imaginer une sexualit√© libre chez quelqu’un auquel le pouvoir d’identification est plus fort.

J’avais aussi un r√īle dans CHACUN SA NUIT, une des fausses pistes cens√©es expliquer le meurtre de Pierre. Mon personnage s’appelait Philippe. Mais le premier bout √† bout du film faisait 2h20 et il a donc fallu couper. Et tout de suite Pascal a dit : ¬ęil faut absolument couper Philippe !¬Ľ Et je lui ai r√©pondu ¬ęMais c’est qui Philippe ?¬Ľ (rires). Cela n’a donc pas fait grand mal √† mon ego de me voir sacrifi√© au montage ! (rires) Que je joue ou non dans les films qu’on signe avec Pascal ne modifie pas notre mani√®re de travailler. Ce qui compte, c’est que le bateau avance. Faire un film, c’est inciter les gens √† √™tre concentr√©s. Moi, j’essaie de faire √ßa dans le silence. Et Pascal dans l’action. Je pense que mon regard repose les gens tout en les poussant dans leur retranchement. En tout cas, sur ce plateau, on a tous r√©ussi √† effacer nos egos – chose rare dans ce m√©tier.

avatar A propos de l'auteur : fandecine (217 Posts)

Administrateur du site Cin√© Blog. Passionn√© de S-F, fan d'Isaac Asimov et Philip K. Dick, j'ai cr√©√© en 2005 le site Fan de Cin√©ma. J'aime le cin√©ma de Kubrick, de Tim Burton, de terry Giliams et de Ridley Scott. Je suis en g√©n√©ral plut√īt bon public et je ne m'attache pas tant √† la facture des films qu'a l'histoire qui m'est cont√©e. En dehors de ma passion pour le cin√©ma, je dirige une petite Web Agency.


Class√© dans : Films · Mots-Cl√©s:

Contenus sponsorisés
loading...

Commentaires Clos.